L’amande corse, le joyau rare de l’île beauté
- Temps de lecture : 4 min
Discrète mais pleine de potentiel, l’amande corse renaît peu à peu dans les vergers de l’île. Entre savoir-faire agricole et volonté de valoriser un produit local, les producteurs redonnent vie à une culture longtemps délaissée. Rencontre avec Lydia Casciani, productrice d’amandes corses.
Qu’est-ce qui vous a amenée à vous lancer dans la culture des amandes en Corse ?
Mon père possédait déjà des amandiers, j’ai donc repris son exploitation. Les arbres étaient en fin de vie et ne produisaient plus — un amandier a une durée de vie relativement courte, d’environ vingt ans. J’ai donc fait le choix d’en replanter.
Au départ, mon père souhaitait plutôt planter de la vigne, mais moi, j’ai toujours adoré l’amande corse. Elle est issue d’un arbre, qui, contrairement aux agrumes, perd ses feuilles, ce qui permet de voir toute sa structure. Je trouve cet arbre magnifique et bien sûr, son fruit est incroyable — on peut en faire énormément de choses.
Quelles sont les spécificités du climat et du terroir corse pour la production d’amandes ?
Nous n’avons pas d’IGP pour l’instant, mais l’amandier se développe très bien dans les zones méditerranéennes. C’est le premier arbre à fleurir, dès le mois de février. Cela le rend particulièrement vulnérable : en cas de gel pendant la floraison, il n’y a tout simplement pas de récolte.
Le climat corse est toutefois un atout majeur. Il est plus doux que sur certaines zones du sud du continent, et nous sommes relativement protégés par les montagnes. Cela limite les risques climatiques.
Travaillez-vous avec des variétés locales d’amandiers ou des variétés importées ?
Nous travaillons principalement avec des variétés françaises. Il existe bien d’anciennes variétés corses, mais elles sont peu cultivées aujourd’hui car leur rendement est trop faible.
Dans la coopérative, nous utilisons notamment trois variétés principales :
-La Ferragnès : très appréciée des pâtissiers pour son gros calibre, mais difficile à produire car très sensible aux maladies fongiques.
-La Mandaline : ma préférée, avec un goût proche de la pâte d’amande. Elle est utilisée notamment pour les calissons d’Aix et se montre plus résistante aux maladies.
-La Lauranne : un bon compromis entre les deux, facile à produire mais moins demandée. Elle est souvent utilisée pour le nougat.
Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans votre production aujourd’hui ?
Le principal défi est économique. L’amande française est fortement concurrencée par celles d’Espagne et d’Italie, ce qui rend sa présence en grande distribution difficile. Nous sommes sur un produit de niche, principalement destiné aux professionnels.
La filière reste fragile : la production est limitée et l’amandier est un arbre sensible, notamment aux maladies, en particulier fongiques.
Votre exploitation suit-elle des pratiques biologiques ou agroécologiques ?
Nous n’utilisons pas d’herbicides : le désherbage est mécanique. Nous rencontrons peu de problèmes liés aux insectes, mais davantage de maladies fongiques qui attaquent le bois.
Lorsque j’ai repris l’exploitation, les arbres n’avaient pas été entretenus et étaient très affaiblis. Il a fallu repartir sur de bonnes bases.
Comment se déroule la récolte des amandes et quelles sont les étapes clés ?
La floraison a lieu en février. Ensuite, nous entretenons le verger et apportons des engrais, au sol et en foliaire. Le fruit se développe progressivement.
À partir de la mi-août, l’enveloppe verte (la « brou ») sèche et s’ouvre. Il faut ensuite attendre que l’amande sèche naturellement à l’intérieur pour éviter les problèmes d’humidité.
La récolte se fait à l’aide d’un parapluie inversé : on secoue l’arbre et les amandes tombent dedans. Une écaleuse permet ensuite de retirer l’enveloppe sèche. Les amandes sont ensuite envoyées à la coopérative pour être décortiquées.
À qui destinez-vous principalement votre production ?
La majorité de ma production passe par la coopérative, qui se charge de la commercialisation. Je conserve une partie pour la vente locale, car il y a une vraie demande.
Je propose des amandes natures mais aussi des préparations avec du chocolat et du miel corse. Par ailleurs, j’ai également développé une gamme de savons et suis entrain de lancer ma gamme de cosmétiques à base d’amande.
Quels sont vos projets ou ambitions pour l’avenir de votre exploitation et de la filière amande corse ?
À mon échelle, je souhaite continuer à valoriser l’amande à travers différents produits. C’est une matière première qui mérite d’être mieux exploitée.
À l’échelle de la filière, l’enjeu est de gagner en visibilité. Il faut faire connaître les variétés françaises et convaincre les professionnels de privilégier ces productions face à la concurrence étrangère.
Aujourd’hui, par exemple, une amande bio italienne se vend autour de 9 € le kilo, alors que nous sommes entre 13 et 14 € en conventionnel. Cela montre bien le défi de compétitivité auquel nous faisons face.