Benoît Cauffet, « FOODEX doit devenir une véritable boîte à outils pour les restaurateurs » 

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À la tête de FOODEX depuis trente ans, Benoît Cauffet accompagne l’évolution des cuisines asiatiques en Europe. Longtemps identifié comme spécialiste du Japon, le groupe affirme aujourd’hui une vision panasiatique, attentive aux tendances culturelles, aux usages des restaurateurs et à la qualité des produits

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Benoît Cauffet, directeur général de FOODEX. Crédit : FOODEX.

FOODEX est historiquement identifié comme un spécialiste du Japon. Pourquoi était-il stratégique aujourd’hui d’affirmer plus clairement votre dimension panasiatique ?

FOODEX a été créé il y a trente ans, à une époque où le sushi était encore très peu présent en France. En trois décennies, la cuisine japonaise s’est profondément transformée, tout comme l’accès aux produits asiatiques en général. Le Japon reste évidemment prépondérant dans notre ADN, mais il a aussi été une porte d’entrée vers d’autres cultures culinaires asiatiques, longtemps méconnues ou confidentielles. La gastronomie japonaise, que je respecte énormément, a permis aux professionnels européens de découvrir de nouveaux ingrédients, de nouvelles recettes et surtout une culture de l’authenticité produit. Chez les Japonais, le premium est naturel : le soin du détail, la précision, le respect du produit font partie intégrante de leur culture. Le Japon étant une île, ils ont aussi développé une gastronomie très identitaire, façonnée par leurs ressources propres.

Chez FOODEX, nous avons souhaité prolonger cette ouverture. Les restaurateurs ont aujourd’hui besoin de renouveler leurs cartes, de proposer de nouveaux goûts. La cuisine coréenne, par exemple, longtemps confidentielle, est en train de s’implanter fortement en Europe, portée par des phénomènes culturels puissants : mangas, K-pop, cinéma, street food… La cuisine asiatique s’est définitivement démocratisée

Notre idée principale est donc de proposer aux restaurateurs des gammes de produits asiatiques premium, accessibles, conformes à la législation européenne, avec une traçabilité et une qualité irréprochables. FOODEX a structuré son développement autour de certifications comme l’ISO 22000 afin de garantir à ses clients des produits sûrs, techniquement maîtrisés et adaptés au marché français.

Qu’est-ce qui a le plus changé ces dernières années dans les attentes des chefs et des professionnels européens vis-à-vis des cuisines asiatiques ?

Chez les chefs, étoilés ou non, le besoin d’innover a toujours existé. Ce qui a surtout évolué, ce sont les concepts de restauration. L’émergence des food courts, par exemple, a profondément modifié la manière de consommer : des lieux conviviaux, chaleureux, où l’on peut découvrir dix à quinze concepts différents et explorer une grande diversité de goûts.

Aujourd’hui, les chefs recherchent cette pluralité, cette capacité à proposer plusieurs expériences culinaires dans un même espace. Notre rôle est de les accompagner avec des produits cohérents avec ces nouveaux formats.

La Corée occupe une place centrale dans votre nouvelle dynamique. En quoi l’essor de la K-culture influence-t-elle concrètement la demande en produits alimentaires en Europe ?

La cuisine japonaise et la cuisine coréenne sont différentes, mais elles partagent une exigence commune : la finesse, la précision, une forme de haute couture gastronomique. Dans un omakase japonais comme dans certaines tables coréennes, le temps, la technique et le produit sont au centre.

Aujourd’hui, la K-culture agit comme un accélérateur. Séries, musique, cinéma… tout cela crée une curiosité forte pour la gastronomie coréenne. De notre côté, nous ne cherchons pas à devenir des spécialistes exclusifs de la Corée, mais à proposer des produits adaptés aux palais européens, notamment français. Par exemple, nous savons que le consommateur français n’aime pas forcément la cuisine trop épicée mais il sait l’apprécier lorsqu’elles sont bien équilibrées.

Vous mettez fortement en avant les produits de la mer, notamment ceux qui viennent de Corée. Pourquoi le seafood est-il aujourd’hui un axe de développement prioritaire pour FOODEX ?

Ce n’est pas vrai pour tout le groupe, mais c’est clairement le cas en France. À l’origine, nous avions fait le choix de ne pas marcher sur les plates-bandes des poissonniers. Or, le développement massif du snacking nous a naturellement amenés à travailler davantage le seafood, souvent sous des formes frites ou transformées, comme le poulpe ou les huîtres. Aujourd’hui, ces produits répondent parfaitement aux nouveaux usages de consommation.

Comment sourcez-vous vos produits ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec des organisations agricoles et parfois directement avec les ministères de l’Agriculture des pays concernés. C’est un véritable réseau, nourri par de nombreuses connexions. Nous accueillons avec plaisir des producteurs qui souhaitent développer le marché européen. Par ailleurs, chaque produit est dégusté en interne, souvent avec nos clients. Nous organisons des tests marchés réguliers. Nous disposons également d’un service achats structuré, composé de six personnes, qui veille à la sélection, à la conformité et à la cohérence de nos gammes.

FOODEX ne se limite plus à importer des produits, mais propose de véritables expériences, notamment à travers les accords mets & sakés. Est-ce une évolution volontaire de votre rôle ?

Oui, clairement. Nous sommes en France, un pays de fermentation du raisin, et FOODEX évolue aujourd’hui sous une bannière japonaise. Le saké souffre encore d’une image floue, parfois associée à tort à d’autres cultures asiatiques.

Notre objectif est d’élargir sa perception auprès d’un public plus large. Nous travaillons beaucoup sur les accords mets & sakés : fromage, viande, et surtout le saké pétillant, qui constitue un pont évident entre les cultures japonaise et française. C’est un produit encore méconnu, mais dont le marché est en pleine croissance.

Enfin, comment imaginez-vous FOODEX dans cinq ans ?

Je pense que notre développement suivra naturellement l’évolution de la restauration ethnique et fusion. Notre ambition est d’être capables de proposer des références à l’ensemble des acteurs de la restauration : ethnique, fusion, mais aussi française.

FOODEX doit devenir une véritable boîte à outils : produits secs, surgelés, boissons, matériel… des références parfois rares, à forte valeur ajoutée, destinées à un marché européen de l’Ouest qui s’étend progressivement vers l’Est. Aujourd’hui, nous sommes présents dans cinq pays, et je vois FOODEX continuer à se structurer autour d’un réseau européen solide et influent.

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