Elections municipales 2026 : l’Umih se met en ordre de marche
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Tous les futurs maires ne connaissent pas forcément les problématiques des acteurs du CHR. D’où la création d’un kit de communication spécial municipales. Une première pour l’Umih. Rencontre avec son président confédéral, Thierry Marx.
Jusqu’à présent, l’Umih ne proposait pas de kit pour les élections…
C’est en effet une première pour le syndicat. Lors de mon arrivée à la présidence voilà trois ans, je me suis fixé trois objectifs. Tout d’abord, la communication. Ensuite, la problématique sociale. L’Umih a obtenu, par exemple, une revalorisation salariale pour les apprentis de la branche HCR. Enfin, les impacts environnementaux. A quoi ressembleront les restaurants et les hôtels de demain ? Comment réduire la pollution issue de l’industrie touristique ? N’oublions pas cette donnée : le tourisme, dans sa globalité, c’est 8 % de notre PIB. Toute la problématique est de savoir comment, au minimum, préserver ce pourcentage. Quoi qu’il en soit, pour les futures élections, notre livret a pour objectif d’aider les présidents de branche et ceux départementaux à prendre une part active aux débats. Pas tant pour insuffler telle ou telle orientation politique mais plutôt pour faire connaître aux candidats nos problématiques que nous rencontrons sur le terrain tous les jours. Les maires disposent de multiples pouvoirs, comme celui d’autoriser des clubs et des associations à disposer de buvettes, voire d’une partie restauration. Or, les restaurateurs sont soumis à de nombreuses contraintes et paient des charges conséquentes. Des dérégulations existent, pour autant, elles ne sont pas arbitrées.
Comment se décompose le livret ?
Si nous leur parlons de la DMA, le Digital Markets Act (Réglementation sur les marchés numériques – NdlR), ils ne le connaissent pas
Ce manifeste s’intitule « Travaillons ensemble ! ». Il comprend à la fois une lettre type pour contacter son maire, des argumentaires synthétiques et un récapitulatif de ses pouvoirs. Nous sommes en contacts réguliers avec les édiles tout au long de l’année. Mais dans le cas qui nous intéresse ici est de savoir ce qu’ils comptent faire pour leur ville s’ils sont élus ou réélus. La profession du CHRDT doit mieux communiquer. Elle ne doit pas subir, être à la traîne. Bien au contraire, elle se doit d’être une force de propositions. Et non de contestation ! Notre kit est là pour éclairer les débats. Les élus, les candidats, ne sont pas forcément au courant de tout. Nous sommes là pour les accompagner et les éclairer.
(Et après un bref silence). Il en va de même pour nos adhérents. Pour ceux installés dans nos terroirs, le fait maison est une évidence. En revanche, si nous leur parlons de la DMA, le Digital Markets Act (Réglementation sur les marchés numériques – NdlR), ils ne le connaissent pas.
Quelles problématiques sont abordées ?
Plusieurs questions cruciales pour l’avenir de nos professions. A savoir : les meublés touristiques, l’uberisation du travail, les franchises qui ne payent pas leurs charges en France, le fait maison… Tout se résume en une seule question : comment défendre la gastronomie française ? Les faits sont là. Nous assistons à une raréfaction des restaurants traditionnels. Quand 25 d’entre eux ferment, 20 autres ouvrent mais ils appartiennent à l’industrie, à des franchises internationales.
Face aux déserts commerciaux, nous agissons avec Philippe Coy (président de la Confédération nationale des buralistes – NdlR) pour redéployer des tiers lieux dans nos campagnes. A savoir ces établissements qui sont à la fois, des cafés, des restaurants, des tabacs… des îlots de vie en somme.
Votre kit pour les municipales s’adresse plutôt au monde rural, aux villes moyennes…
Non, absolument pas. Il concerne toutes les villes, comme Paris. Quid des terrasses sauvages dans la capitale ? Et des nuisances sonores qui en découlent la nuit. La peur du gendarme a disparu. Nos adhérents respectent les règles, craignent les contrôlent. Alors que dans le même temps, d’autres dérogent sans vergogne aux règles. Il existe des personnes qui se prétendent restaurateur en ouvrant une cave dans laquelle il propose du fromage et quelques plats. Que faire? Des maires luttent contre cela et défendent la cuisine française. Notre kit doit pour répondre aux problèmes locaux mais aussi à ceux nationaux. Le profil des entrepreneurs de la restauration change. Ce ne sont plus des cuisiniers auteurs mais des étudiants issus d’écoles de commerce, de marketing, avec des business plan bien précis.
Je pense à la loi Lang pour les livres. Elle est à la fois respectée et respectable. Mon objectif est de faire de même pour le fait maison, réaliser une loi cadre pour sauvegarder notre gastronomie
Même si vous souhaitez être force de proposition et non de contestation, vous faites tout de même de la politique...
Faire de la politique n’est pas un gros mot. Il est nécessaire de défendre les TPE, les PME et l’artisanat afin que ces acteurs soient le moins taxés. Il n’est pas normal que le titre-restaurant profite, au final, à la GMS, au détriment des artisans restaurateurs. Nous avons ainsi fourni aux grandes surfaces alimentaires quelque 600 millions d’euros de gains supplémentaires, alors qu’elles ne les réclamaient pas.
Notre manifeste s’intitule « Travaillons ensemble ! ». Car nos professions sont une des forces de notre économie, avec ses plus de 16 000 hôtels, ses quelque 180 000 restaurants et ses plus de deux millions de salariés. Il faut savoir reconnaître quand nos politiques agissent dans le bon sens ; je pense à la loi Lang pour les livres. Celle-ci est à la fois respectée et respectable. Mon objectif est de faire de même pour le fait maison, réaliser une loi cadre pour sauvegarder notre gastronomie. Que les restaurateurs, les charcutiers, les boulangeries, les traiteurs, etc., bénéficient d’une TVA inférieure.
Nous sommes une industrie. Mais nos politiques ne le prennent pas suffisamment en compte. Comme la plupart des secteurs industriels du reste. Nous avons assisté à l’Assemblée nationale ces derniers mois au concours Lépine des taxes. Nous attendons du monde politique qu’il réalise des études d’impacts avant d’appliquer telle ou telle loi. Jusqu’à présent, il n’a pas su protéger, sauf exception, le monde des TPE et des PME. A l’occasion d’un salon des maires, j’ai déclaré à l’auditoire qu’ils allaient devenir des directeurs de parcs d’attractions. D’aucuns ont été surpris par mes propos. Or, avec Airbnb et autres, cela a de fortes chances de se dérouler ainsi. Les maires ont entendu l’appel. D’où la loi Le Meur sur les locations touristiques. Pour autant, nous attendons toujours les décrets d’application… Certes, les cafetiers n’ ont toujours pas été à la hauteur de l’hospitalité. Pour autant, il n’est pas normal que Starbuck ne paie pas ses impôts en France.
Publierez-vous les réponses des candidats ?
Notre kit est fait pour poser des questions. Mais également pour enregistrer les réponses. Ainsi, les données recueillies seront publiées. Cela dit, il me reste une année à exercer la présidence de l’Umih (le mandat est de quatre ans – NdlR). A la fin de celui-ci, j’éditerai un recueil sur ces quatre années que j’aurais vécu en tant que président confédéral. Le monde syndical se cale aujourd’hui sur celui du monde politique. Vous subissez des procès en illégitimité dès que vous êtes élu…