Katerina Milakis, l’héritage Evi Evane
- Temps de lecture : 4 min
Fille de restaurateurs grecs, Katerina Milakis incarne aujourd’hui la nouvelle génération d’Évi Evane. Entre Paris et la Grèce, elle veille à préserver l’authenticité des recettes familiales tout en développant l’aventure culinaire initiée il y a vingt ans par sa mère et sa tante.
Le jour où nous rencontrons Katerina Milakis, fille de Maria Milakis, cofondatrice du groupe Evi Evane, c’est dans l’un de leurs points de vente traiteur. Ici, les clients viennent aussi bien à l’heure du déjeuner pour dévorer une pita sur la petite terrasse donnant sur la rue de Bretagne que faire leurs emplettes à la sauce hellénique.
La jeune femme a passé son enfance dans les cuisines et les salles, au rythme des services et des odeurs d’huile d’olive chaude. « J’ai grandi dans un restaurant », résume-t-elle simplement. En effet, ses deux parents ont toujours travaillé dans la restauration. « Lorsqu’il était jeune, mon père a rejoint ses frères qui faisaient partie des premiers restaurateurs grecs à Paris. Aujourd’hui il travaille aussi au sein du groupe », explique cette dernière. Mais ce lien intime à la cuisine, Katerina Milakis le doit à sa grand-mère, « grande cuisinière et gardienne de recettes ancestrales.»
Une aventure familiale
Portée par deux femmes – sa mère et sa tante Dina Nikolaou – la maison Évi Evane voit le jour il y a vingt ans. « Ma tante a notamment été formée chez Alain Ducasse. Elle incarne le pan créatif du projet tandis que ma mère a suivi un parcours en gestion. C’est elle qui assure la structure de l’entreprise », explique Katerina Milakis. « Il faut tout de même préciser que deux femmes grecques dans un milieu très masculin, il y a vingt ans, ce n’était pas simple… », ajoute-t-elle.
À l’époque, la cuisine grecque en France souffre encore de clichés tenaces. Elle se cantonne aux nombreuses adresses touristiques du quartier Saint-Michel. Pourtant, les deux femmes en sont persuadées : il existe une autre Grèce à raconter. Une Grèce faite de terroirs, de saisons, de plats mijotés et de recettes hivernales « grandes oubliées des cartes dans en France.»
Dès l’ouverture, Évi Evane, « à votre santé » en grec ancien, affirme une volonté claire : s’éloigner du folklore, proposer une cuisine authentique, colorée et terrienne. « Elles ne voulaient pas de blanc partout, ni d’un décor touristique », confie Katerina Milakis.
Revenir à l’essentiel
Pourtant, durant longtemps, Katerina Milakis a préféré prendre ses distances avec l’entreprise familiale. « Quand j’avais 12 ou 13 ans, mon père m’emmenait à Rungis à 3 heures du matin. Je crois qu’il faisait cela pour me dégoûter du métier », plaisante la jeune femme. Par la suite, j’ai suivi des études de finances et je suis passée par de grandes maisons comme Louis Vuitton. »
Mais Évi Evane n’a jamais quitté les conversations familiales ni son esprit. Alors, en 2020, Katerina Milakis se décide enfin à rejoindre l’aventure. Aujourd’hui, son rôle est pluriel. « Je fais de la communication, du marketing, je travaille également au développement des produits d’épicerie, de la finance », déclare-t-elle.
L’art du sourcing
Chez Évi Evane, tout est fait maison et ce, sans aucun compromis. « On connaît le producteur de la crème de poivron. On sait d’où vient chaque fromage », insiste Katerina Milakis. Dina Nicolaou – qui a notamment sillonné la Grèce pendant plus de dix ans pour des émissions culinaires – a constitué un carnet d’adresses précieux entre fromages du Nord, moules, huile d’olive, miel, yaourt et pâte filo.
À la carte du restaurant et des traiteurs ? Peu de viande mais beaucoup de légumes et de légumineuses, des recettes anciennes et parfois méconnues comme le petimezi, un concentré de moût de raisin utilisé depuis l’Antiquité. « Nous proposons des plats familiaux que l’on peut poser au milieu de la table. Tout doit être symbole de partage », déclare Katerina Milakis.
Si certaines recettes ont été légèrement adaptées au public français, l’essentiel reste fidèle aux grandes lignes de la cuisine grecque. Parmi les incontournables : la moussaka, « bien plus légère et onctueuse », le tarama, ou encore les emblématiques feuilletés à la spanakopita.
Entre Paris et la Grèce
Katerina Milakis partage aujourd’hui son temps entre les boutiques parisiennes, la cuisine centrale du Kremlin-Bicêtre et la Grèce, où elle se rend régulièrement. « On goûte tout. Les produits, les recettes, les nouveautés. » Chaque voyage est l’occasion de rencontrer de nouveaux producteurs, notamment dans les Cyclades, où la famille possède une maison.
Parmi ses souvenirs les plus forts, l’ouverture de la boutique de Condorcet occupe une place particulière. « J’ai tout piloté, de l’architecte à la décoration. C’était très stressant, mais extrêmement concret. J’en avais besoin. » Elle se souvient aussi du tout premier client, du premier ticket de caisse — douze euros, précieusement conservés.
Aujourd’hui, Katerina Milakis se plaît à imaginer de nouvelles boutiques mais également une gamme d’épicerie Évi Evane encore plus affirmée. Elle se réjouit aussi du renouveau de la scène grecque. « Plus on est nombreux à montrer une autre image de cette cuisine, mieux c’est », affirme cette dernière.