Infiltré : la quête de la convoitée coquille Saint-Jacques
- Temps de lecture : 4 min
La pêche à la coquille saint-jacques de la baie de Seine vient d’obtenir la certification Marine Stewardship Council (MSC), gage de pratiques respectueuses et de qualité des fruits de mer. Dans ce reportage, nous avons bravé la mer et les vents pour suivre, durant quelques heures, les coquillards dans leur quête de la tant recherchée Pecten maximus.
Partis de la gare Saint-Lazare à 8 h 29 ce jeudi 4 décembre, nous arrivons à Caen à 10 h 37. Après 25 min de trajet en voiture, le port de Ouistreham s’ouvre à nous. « Quelqu’un a-t-il le mal de mer ? Nous avons des cachets Mercalm pour ceux qui n’ont pas le pied marin, si besoin. » « Ça ira, merci. »
Pister la saint-jacques
12 H 30. À l’heure où nous embarquons sur notre bateau, les marins, partis plus tôt, sont déjà loin. En effet, il nous faut une bonne heure pour les rejoindre. Si les premières minutes du trajet à bord s’avèrent simples à vivre, nous déchantons très vite après quelques kilomètres en mer. « La plus grande complexité de la pêche à la coquille Saint-Jacques, c’est qu’elle s’effectue en hiver, lorsque les conditions météorologiques ne sont pas souvent au beau fixe », lance Dimitri Rogoff, président du comité des pêches de Normandie et ancien pêcheur de saint-jacques. Et c’est peu dire. Si la veille le soleil battait son plein, offrant aux coquillards des conditions « franchement favorables », ce jour-là, les quelques éclaircies venues nous rendre visite, accompagnées de leurs amies les mouettes, ne suffisent pas à calmer l’agitation des eaux, bien décidées cette fois à donner du fil à retordre aux coquillards.
13 H 30. « Et voilà les premiers chalutiers », annonce le commandant de bord. Bien que nous ne soyons qu’à quelques kilomètres seulement du littoral, les chalutiers que nous apercevons semblent perdus au beau milieu de l’étendue maritime. Les imperméables trempés par la brume et l’écume, les pêcheurs recherchent les zones où les coquilles Saint-Jacques sont les plus abondantes. « C’est ce que nous appelons des gisements », précise Dimitri Rogoff. Notre voyage, comme celui des coquillards, n’a rien d’une croisière de plaisance. Plusieurs journalistes présents sur le bateau semblent regretter la non-prise du fameux Mercalm. Si prendre des photos relève du branle-bas de combat, échanger avec les autres l’est tout autant. « Eh bien là, vous vivez un peu la vie d’un coquillard. Vous ne pourrez pas dire que les coquilles Saint-Jacques sont trop chères », plaisante Dimitri Rogoff, à l’aise comme un poisson dans l’eau.
Pêche raisonnée
13 H 45. Une fois le gisement découvert, les coquillards sont enfin prêts à plonger leur chalut (un filet en forme d’entonnoir attaché à l’arrière du bateau). Ils font ensuite traîner leurs mailles fines sur le fond pour récolter les coquillages. « Lorsque le filet touche le sable, tout devient une question de technique. S’il est trop rapide, le chalut pourrait endommager les coquilles. Trop lent, il risque de se remplir de sable et d’algues », explique le président du comité des pêches de Normandie. Après une demi-heure de traînée en moyenne, les marins hissent le filet chargé de coquilles.
14 H. C’est l’heure de notre collation. Un plateau de fromages et de charcuteries circule à bord. Cependant, pour avoir l’honneur de goûter un morceau, encore faudrait-il pouvoir se lever de son siège. Nous passons notre tour pour cette fois. Nous attendrons le débarquement.
14 H 10. Pour les marins, il est temps de vider les coquilles amassées sur le pont. Tout le monde s’affaire au tri. « Les pêcheurs effectuent un tri visuel. Si des coquilles trop petites — et donc trop jeunes — ont été remontées, ils utilisent des piges [instruments de mesure] pour vérifier leur taille. Tout ce qui est sous la taille réglementaire est rejeté à l’eau », affirme Dimitri Rogoff. Cette démarche permet de protéger la reproduction future, condition sine qua non pour répondre au cahier des charges du Marine Stewardship Council (MSC). « Nous avons mis un référentiel de durabilité reposant sur trois grands principes : la bonne santé des populations de poissons, la maîtrise des impacts sur les écosystèmes marins et une gestion efficace, transparente et adaptative des pêcheries », justifie Alexandra Maufroy, responsable pêcherie senior chez MSC.
Les pêcheurs rincent ensuite les coquilles Saint-Jacques à l’eau de mer avant de les stocker à plat sur de la glace, pour ne pas les abîmer. Ces trésors des mers sont désormais prêts à rejoindre la criée et nous rappellent que « ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme », comme le chantait Renaud.
Les associations culinaires du chef Anthony Vallette