Au cœur de la campagne : à Bordeaux, Pierre Hurmic souhaite « une ville apaisée et accessible » pour les CHR

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En 2020, l’élection de Pierre Hurmic fut synonyme de surprise politique à Bordeaux. La ville n’avait plus connue un maire de gauche depuis 73 ans. L’édile écologiste souhaite maintenir le règlement des terrasses mis en place en janvier, créer 30 quartiers de vie, dynamiser et protéger les commerces en conciliant régulation et harmonie urbaine. La végétalisation et la lutte contre les nuisances sont également défendus par le candidat à sa succession.

Pierre Hurmic durant sa campagne municipale 2026
Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, candidat à sa succession en 2026. Crédit : Alban Gilbert / Photographe

Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ? Si vous êtes réélu, comptez-vous maintenir le nouveau règlement des terrasses ?

Le nouveau règlement a été mis en place en janvier 2026 donc nous le maintiendrons. C’est une réforme ambitieuse pour encadrer les terrasses, conciliant dynamisme économique et bien-être urbain. Nous soutenons les professionnels de plusieurs manières : avec un périmètre dédié en centre-ville pour pérenniser les terrasses existantes, tandis que des réductions de redevance seront accordées en cas de travaux perturbants. Les commerçants pourront aussi investir de nouveaux espaces, comme les emplacements de stationnement.

Nous concilions régulation et harmonie urbaine. Pour éviter la saturation, certaines rues seront sanctuarisées, sans nouvelles terrasses. Un cahier des charges esthétique, demandé par l’UMIH 33, uniformisera leur apparence. Une commission consultative (Ville, UMIH, CCI) ajustera les règles en fonction des retours. Enfin, nous soutiendrons la végétalisation et lutterons contre les nuisances. Les jardinières seront exonérées de redevance, et les aménagements anti-bruit (cloisons végétales, stores acoustiques) permettront des réductions tarifaires. En cas de nuisances avérées, les horaires pourront être restreints, avec un système de sanctions graduées renforcé. Nous parions sur un modèle équilibré qui mise sur le dialogue et l’innovation pour préserver l’attractivité de Bordeaux.

Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets, notamment ceux engendrés par les professionnels du secteur CHR ?

Les entreprises produisant moins de 10 000 litres de déchets par semaine peuvent bénéficier du service public de la ville pour le ramassage de leurs déchets. Ce qui sera toujours le cas dans le prochain mandat. Pour les autres, nous souhaitons organiser une conférence sociale et territoriale pour élaborer, avec les professionnels, des propositions pour nos entreprises. Parmi lesquelles : l’accès aux bornes à déchets alimentaires pour les entreprises de «bouche », la création de groupements de commandes, afin de valoriser prioritairement certaines filières de déchets comme le carton ou les bouteilles…

Comment comptez-vous lutter contre la mono-activité dont souffrent certains quartiers s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?

Le PLU (Plan Local d’Urbanisme, NdlR) prévoit des linéaires de protection des commerces. Par ailleurs, une foncière économique a été mise en place avec In Cité pour acheter des fonds de commerce et les remettre sur le marché. Cela a fait ses preuves, rue Saint-James, par exemple, qui est redevenu un axe commercial animé. Nous développerons les moyens dédiés à ces politiques.

Comptez-vous adapter votre système de « tarification solidaire » à des restaurateurs bordelais, pour permettre à vos administrés les moins aisés de profiter d’une restauration de qualité ?

L’extension de la tarification solidaire comprend des tarifs adaptés pour le stationnement, les transports, les piscines et les concessions funéraires. Pour une restauration de qualité, notre approche est celle d’une démocratie citoyenne dans l’alimentation. Cela implique une démarche active et citoyenne. Nous agissons à plusieurs niveaux pour le développement d’une cantine solidaire, la tarification sociale pour la pause du midi et les repas séniors, l’expérimentation d’une sécurité sociale de l’alimentation, le développement des marchés locaux, le bio dans la restauration collective de la petite-enfance aux séniors, et des agents municipaux…

Nous sommes passés de 32 % à 70 % de bio en moins de 6 ans. Tout en préservant un sourcing local. Et notre ambition est d’atteindre les 100% de bio d’ici 2032 pour les écoles, les crèches et les repas séniors.… Nous agissons pour la santé de toutes et tous. Pour donner le pouvoir aux habitants de choisir leurs modes de production, de distribution et de consommation et pour partager une alimentation juste, locale et résiliente, une agriculture paysanne pérenne.

Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure ?

La CFE et la CVAE sont des impôts métropolitains. Le financement de notre projet est établi à fiscalité constante, sans hausse de taxe foncière. Pas de révision prévue sur les redevances de terrasse, avec le règlement terrasse qui vient d’être établi. La taxe sur la publicité extérieure est soumise à la révision du taux légal.

Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ?

Grâce au nouveau règlement terrasse depuis janvier, nous avons réduit la redevance lors d’aménagements physiques anti-bruit (parois acoustiques, cloisons végétales, stores ou toiles acoustiques). Il est possible de réduire les horaires d’exploitation d’une terrasse en cas de nuisances constatées. Et nous avons renforcé des outils de sanction graduée, en lien avec la police municipale.

Nous allons créer 30 quartiers de vie. À cette échelle, les interlocuteurs seront identifiés. Les habitants comme les commerçants connaîtront leur policier municipal comme leur boulanger ou leur fournisseur. Et nous ferons du quartier de vie la première échelle de l’action publique.

Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour les réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?

La régulation des meublés de tourisme à Bordeaux compte d’ores et déjà parmi les plus sévères de France. La mise en location des résidences secondaires est interdite. S’agissant des résidences principales, elle est limitée à 90 nuitées par an pour les logements entiers. Mais elle est autorisée sans limite pour les chambres. Cela correspond bien à la philosophie initiale des plateformes les plus connues, qui ont généré l’afflux de tous ces particuliers sur un marché qui était auparavant uniquement professionnel.

Pour les meublés de tourisme professionnels, la ville est partagée en trois secteurs reflétant les différents niveaux de tension sur logement. Dans le secteur de l’hypercentre bordelais, à compter du 1er avril 2026, il faudra créer deux logements nouveaux (hors RDC et localisés dans ce même secteur) pour transformer un logement en meublé de tourisme.

Ce fonctionnement est strictement contrôlé par une équipe dédiée. Et nous poursuivons en justice les fraudeurs. Près d’une centaine de procédures judiciaires ont été lancées depuis la mise en place de la réglementation. Il faut savoir que notre règlement avait été attaqué au cours du mandat. Ce qui a suspendu juridiquement les procédures lancées contre les fraudeurs. Mais la Cour administrative d’Appel nous a donné raison et, depuis 2024, nos avocats sont à nouveau à pied d’œuvre.

De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ?

Les commerces, restaurants et hôtels, ont besoin d’une ville apaisée et accessible. Afin d’offrir aux visiteurs une expérience de qualité qui les incite à venir en ville, à y consommer, à y séjourner. Notre politique en matière de déplacements vise à développer très fortement l’offre en transports en commun. Avec des nouvelles lignes de bus express, un maillage du tram, rer métropolitain, BATO… Elle vise aussi à sécuriser et apaiser la circulation dans la ville : extension secteur piéton, rues aux enfants, ville à 30 km/h. Ou encore à multiplier les aménagements cyclables et le stationnement vélo. De nombreuses études montrent que cela est favorable pour le commerce, les piétons et cyclistes dépensant davantage que les automobilistes.

Les nouvelles lignes de tramway facilitent grandement la mobilité des visiteurs. Puisqu’elles relient maintenant l’aéroport à la gare, l’aéroport au centre-ville, ou la gare à différents quartiers de la ville sans changement porte de Bourgogne. Nous agissons sur le stationnement en augmentant les places de livraison, en aménageant ponctuellement du stationnement minute. Et en développant le stationnement payant, ce qui favorise la rotation des véhicules et libère des places pour le commerce. Le tarif du stationnement payant n’a pas été augmenté pour les durées inférieures à 1h30 pour favoriser là aussi le commerce.

Résultats : en 2025, les chiffres de la CCI montrent une hausse du nombre de commerces dans notre centre ville, et une baisse de la vacance de 9,4% à 7,4%, sauf dans certaines rues où le trafic automobile est important ainsi que la vitesse de circulation, et le confort des piétons faible : rue du loup, allées de Tourny. C’est pour ces raisons notamment que nous prévoyons de requalifier ces axes en lieux de vie, propice au vivre ensemble, à l’expérience client, à la qualité du cadre de vie pour les habitants.

Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?

Pour rendre la ville de Bordeaux plus accessible, nous devons accentuer nos efforts à la fois dans la production de logements sociaux et dans la régulation de l’habitat privé. Le logement social est un vrai moyen de rendre la ville plus accessible. Nous prévoyons d’accélérer sa production pour atteindre les 25 % règlementaires. Mais aussi de mieux travailler à sa répartition dans toute la ville. Historiquement, les logements sociaux ont surtout été construits dans certains quartiers. C’est lié à la fois à l’histoire de la ville, non détruite durant la 2e guerre mondiale. Et à une certaine conception de la mixité sociale par les équipes en place pendant des décennies. Retravailler cette répartition est à la fois une nécessité et une gageure.

Pour autant, plus de 50 % des Bordelaises et Bordelais d’aujourd’hui sont locataires du parc privé. Notre premier levier d’action est dans la régulation des loyers. L’encadrement des loyers est mis en place depuis 2022. Et il commence à faire véritablement ses preuves dans Bordeaux, en particulier sur les plus petites surfaces.

Concrètement, il s’agit de contenir les prix dans le temps long et d’éviter tous les dérapages qui vont avoir un impact sur les prix de marché. C’est pour cette raison que nous sommes très mobilisés aujourd’hui auprès des parlementaires et du ministère du logement pour que l’expérimentation, qui doit théoriquement prendre fin en 2026, entre dans le droit commun. Ce serait une catastrophe de mettre fin à ce dispositif. Il fonctionne et permet aux personnes de classe moyenne de continuer à profiter de notre belle ville. Et en particulier pour les travailleurs aux horaires difficiles comme dans l’hôtellerie-restauration.

Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?

Nous sommes engagés dans une stratégie partagée pour faire de Bordeaux une destination de tourisme responsable. Dans ce cadre, nous travaillons avec l’ensemble des professionnels de l’hébergement, des transports, de l’accueil à une charte «Bordeaux bienvenue ». Cela pour offrir un accueil sans couture à nos visiteurs d’affaires et de loisir. Nous accompagnons aussi, à la fois financièrement et sur les procédures, nos professionnels vers des labellisations environnementales. Comme Clé verte pour l’hébergement, Ecotable pour les restaurants, Afnor environnement – Sites de visite pour les équipements…

La compétence tourisme à Bordeaux est métropolitaine. La taxe de séjour sert bien sûr directement à financer les activités de l’office de tourisme et des congrès (visites guidées, accueil de journalistes, de tour-opérateurs, actions de promotion et de commercialisation), mais aussi à financer l’accueil de grands événements qui font venir des visiteurs à Bordeaux. À titre d’exemples, ces dernières années ont été riches : annualisation de Bordeaux fête le vin, coupe du monde de rugby, jeux olympiques, tour de France,… Pour la coupe du monde de rugby, une étude a été réalisée, pour 1€ investi par la collectivité, c’est 7€ de retombées sur le territoire.

Enfin, c’est en transformant la ville grâce aux transports en commun, aux axes cyclables, aux espaces verts, que nous rendons la ville attractive. C’est ce que nous faisons pour les habitants qui plaît aux visiteurs.

Propos issus d’un retour écrit le 27 février 2026.

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