L’Appellation d’origine contrôlée (AOC) Crémant d’Alsace fête son cinquantième anniversaire. L’interprofession des vins d’Alsace a décidé d’honorer ce moment pour revenir sur l’histoire et le succès de cet effervescent.
« Dans les années 1970 il y avait déjà du crémant en Alsace. Mais c’est en 1976 qu’il obtient son AOC (Appellation d’origine contrôlée). Les vignerons avaient le nez creux à l’époque pour comprendre qu’une catégorie pouvait se créer », s’est exprimé Philippe Bouvet, directeur marketing de l’interprofession Vins d’Alsace, à l’occasion d’un déjeuner de presse en mars dernier. Aujourd’hui, huit régions viticoles françaises produisent du crémant en appellation d’origine.
Avant l’Alsace, les crémants de Bourgogne et de Loire ont été reconnus en AOC le 17 octobre 1975. Sans tarder bien longtemps, l’AOC Crémant d’Alsace fut officialisé dès le 24 août 1976. Le Crémant de Bordeaux a lui été reconnu AOC en avril 1990, juste avant le Crémant de Limoux. Originaire du Languedoc, il a lui obtenu son appellation la même année au mois d’août. L’AOC Crémant de Die, qui suit la même délimitation parcellaire que la Clairette dans la vallée de la Drôme, fut reconnu en 1993. Il précéda la reconnaissance du Crémant du Jura, établie en octobre 1995. Enfin, Le Crémant de Savoie est le dernier à avoir obtenu ce label de qualité, le 11 septembre 2015.
Dopff, une famille précurseure
Malgré ces considérations d’ordre réglementaire, « c’est l‘Alsace qui a ouvert la voie aux crémants en France avec la famille Dopff notamment », estime Philippe Bouvet. Historiquement, Julien Dopff a découvert la « méthode champenoise » lors d’une démonstration pratique à l’Exposition Universelle de Paris de 1900. « Il décide alors d’appliquer aux vins d’Alsace la méthode qui réussissait si bien au Champagne », précise l’interprofession Vins d’Alsace.
En 1976, c’est sous l’impulsion de Pierre Dopff (le petit-fils de Julien Dopff) que l’AOC Crémant d’Alsace voit le jour. Il dispose d’un nom protégé et de règles de production clairement définies. Aujourd’hui, Étienne-Arnaud Dopff fait fructifier l’appellation « au sein de la maison familiale Dopff au Moulin (Riquewihr), avec le développement de la gamme actuelle ». Celle-ci « propose désormais une dizaine de références ».
Chiffres clés
C’est la part de marché du Crémant d’Alsace. Il est aujourd’hui le premier crémant de France.
C'est le pourcentage des consommateurs qui associe le Crémant d’Alsace à de la créativité.
C'est le pourcentage des consommateur qui associe le Crémant d’Alsace à de l’innovation.
Le crémant d’Alsace gagne en qualité dans les années 1980 et 1990, avant que son succès démarre véritablement dans les années 2000, « porté par des prix attractifs et une constante hausse qualitative », ajoute l’interprofession. Le décret de 1976 a donné un cadre à l’élaboration de ce vin mousseux. Ses exigences de production sont comparables à celles appliquées par les professionnels champenois.
Concrètement, après la fermentation traditionnelle, c’est dans la bouteille que s’effectue naturellement la « prise de mousse ». Soit une deuxième fermentation. Après une période de vieillissement, dite « sur lattes » (neuf mois minimum), les bouteilles sont tournées jour après jour sur leur pointe. Afin que le dépôt se rassemble dans le col en attendant l’heure du dégorgement. Le volume libéré lors de l’évacuation du dépôt est compensé par l’ajout d’une liqueur. Un ajout qui permettra d’identifier le crémant en brut, extra-brut ou demi-sec.
Premier crémant de France et succès à l’export
Plus de 500 élaborateurs sont aujourd’hui réunis au sein du Syndicat des Producteurs de Crémant d’Alsace. Plusieurs cépages sont acceptés dans le cahier des charges de l’OAC. Les Crémants d’Alsace peuvent être conçus à partir d’un cépage unique ou d’un assemblage. Le pinot blanc est le principal cépage de ces crémants, avec 54 % des volumes vinifiés. Selon Vins d’Alsace, « il confère fraîcheur et délicatesse ».
Le riesling offre lui des « notes vives et fruitées », tandis que le pinot gris « apporte richesse et charpente » et que le chardonnay « distille des notes fines et légères ». Enfin, le pinot noir est le seul cépage à produire des Crémants d’Alsace rosés : « il est également à l’origine des Blancs de Noirs (…), pleins de charme et de finesse », poursuit l’interprofession.
Avec plus de 36% de parts de marché, le Crémant d’Alsace est devenu le premier Crémant de France. Il est également le plus représenté en grande distribution. «Devenue incontournable, la bulle best-seller occupe désormais une part très importante de l’économie viticole alsacienne, note le comité interprofessionnel. 2025 signe même une année record : les volumes de Crémant représentant pour cette année-là 40% de la production totale de Vins d’Alsace ! De même, le succès est incontestable à l’international, puisque plus du quart de la production est exporté. »