La disparition des bars-tabacs a des effets politiques, selon une étude

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Selon une étude, la disparition des bars-tabacs contribue à l’érosion du lien social et s’accompagne, sur le long terme, d’une progression mesurable du vote Rassemblement national, en particulier dans les territoires ruraux.

disparition des bars-tabacs
La disparition des bars-tabacs favorise les votes pour l'extrême droite, selon une étude. Crédit : DR

La France enregistre la disparition de 18.000 bars-tabacs entre 2002 et 2022. Plus encore, alors que le pays comptait 200.000 cafés et bistrots en 1960, il n’en reste que 38.800 en 2023. Soit une baisse de 80%. Autant de lieux de sociabilités qui structurent les communes, surtout en milieu rural. Une réalité qui aurait un lieu avec la progression du vote de l’extrême droite, selon une étude du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP).

Le chercheur en science politique à l’université de Zurich (Suisse) Hugo Subtil s’appuie sur 20 ans de données issues notamment des terminaux de jeux de la FDJ. Il les croise avec les résultats électoraux et plus de 2 millions d’interventions parlementaires. Il s’agit pour lui d’une « recomposition silencieuse de l’infrastructure sociale des territoires ». D’ailleurs, la disparition de ces établissements dépasse la seule fermeture commerciale. En effet, elle s’inscrit dans un mouvement plus large de désertification des services de proximité.

Fermeture de lieux de sociabilité

L’étude établit un lien statistique entre la disparition des bars-tabacs — considérés comme des lieux de sociabilité — et la progression du vote Rassemblement national, avec des effets qui s’installent dans le temps. Raréfaction des interactions quotidiennes, affaiblissement du débat local et sentiment de relégation territoriale. Contrairement aux chocs économiques immédiats, l’impact est progressif. Ce « vide relationnel » est distinct des facteurs socio-économiques classiques. Il se manifeste à l’échelle de l’ensemble de la commune, y compris chez les habitants ne fréquentant pas ces lieux. Les effets sont particulièrement vrais en zones rurales, où le bar-tabac constitue souvent le dernier espace de rencontre.

L’étude souligne que 22 % des communes se retrouvent sans aucun lieu de sociabilité l’année suivant une fermeture. Elle montre également que la disparition de ces lieux est davantage corrélée aux dynamiques électorales que celle de commerces purement transactionnels. À l’inverse, l’ouverture de nouveaux bars-tabacs est associée à un recul du vote d’extrême droite. Pour le chercheur, le lien social doit être intégré comme un indicateur à part entière du bien-être et de l’attractivité des territoires.

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