Au cœur de la campagne : à Lille, Arnaud Deslandes fait le pari de la continuité

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Pour les élections municipales de Lille, Arnaud Deslandes, le maire socialiste sortant, vise un nouveau mandat. Il mise naturellement sur son bilan et sur la continuité. Franck Hanoh, son adjoint au commerce et à l’artisanat, mais également son colistier dans le cadre des municipales, a répondu aux questions d’Au cœur du CHR.

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Arnaud Deslandes (à g.), maire de Lille sortant et candidat à sa propre succession, et Franck Hanoh, son adjoint au commerce et colistier. Crédit : DR.

Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ?

Nous souhaitons reconduire les dispositifs mis en place en concertation avec les organismes professionnels représentatifs des cafés, des hôtels et des restaurants. C’est un système qui fonctionne plutôt bien. Nous dénombrons 827 terrasses annuelles, avec environ 20% de hausse en six ans. Durant ce mandat, nous avons beaucoup rénové les rues, et notamment celles du centre-ville, en permettant l’élargissement des trottoirs et donc de pouvoir implanter de nouvelles terrasses là où c’est possible parce qu’il y a tout de même des règles à respecter. Il faut par exemple qu’il y ait au minimum 1,20 m de passage pour les piétons. Nous avons établi une charte des terrasses qui est bien faite. Il est possible de la reconsidérer, de l’amender, mais toujours en concertation avec les professionnels.

S’agissant des terrasses éphémères, nous les ouvrons pour les restaurateurs jusqu’à minuit du 1er mai au 30 septembre. Aussi, lorsqu’il y a des rues où il n’y a quasiment que des restaurants et qu’ils souhaitent une piétonisation estivale, ils l’organisent. Nous pouvons les accompagner et ils sont souvent accompagnés par la Fédération lilloise du commerce, de l’artisanat et des services, qui fédère les unions commerciales. Mais cela part de leur initiative. C’est aussi ça le principe : ne pas faire à leur place mais les accompagner.

Nous sommes dans la continuité. Comme il y aura certainement encore des rues qui se transformeront, nous serons toujours à l’écoute des besoins pour des éventuelles terrasses, notamment des terrasses de restaurant parce que quand il fait beau, les terrasses sont remplies et cela fait plaisir à voir.

Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche (rythme, horaires des tournées, dispositions de tri, tarification incitative pour la réduction à la source…) ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?

La Métropole Européenne de Lille (MEL) gère les déchets pour les professionnels et les particuliers sur les deux ramassages par semaine. Mais ce n’est pas suffisant pour les professionnels, ce qui les amène à prendre des contrats privés. Nous sommes plutôt pour la mutualisation de ces contrats privés, ce qui permet d’avoir un ramassage peut-être plus cohérent, qui dure moins longtemps. Elle permet également de faire des économies parce que lorsqu’on est plusieurs à négocier un contrat plutôt qu’un seul, on n’a pas le même poids. Elle évite aussi d’avoir plein de camions d’entreprises différentes qui débarquent dans les rues pour ramasser les déchets. Je suis plutôt pour continuer sur cette lancée, tout en rationalisant.

Si on demande à la collectivité territoriale de le faire, elle a souvent un petit temps de retard par rapport aux tendances et par rapport à l’agilité des acteurs privés. Je préfère qu’on travaille avec les acteurs privés, mais qu’on reste toujours en veille par rapport à ce qui se fait. Je pense que c’est beaucoup plus agile de faire comme ça plutôt que de dire la ville va tout faire.

Par ailleurs, le meilleur déchet qu’on traite est celui qu’on ne produit pas. Nous avons lancé il y a quelques années au niveau métropolitain le centre multimodal de distribution urbaine (CMDU). C’est le dernier kilomètre de livraison, qui peut se faire en mode doux. Cela évite d’avoir des camions dans les centres-villes ou dans les quartiers où il y a des commerçants. Le CMDU se situe au port fluvial de Lille, à moins de 10 minutes à vélo du centre-ville, et sert de stockage pour les commerçants.

Concernant les biodéchets, il faut voir ce qu’on en fait, est-ce que c’est de la méthanisation ? Comment les valorise-t-on ? Cela vaut le coup de s’y intéresser et d’y réfléchir autour d’une table. C’est pour cela qu’on s’entoure systématiquement des professionnels et/ou de leurs représentants, mais aussi de tous ceux qui sont des sachants en la matière.

Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers /rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?

Pour préempter, il faut que que les murs soient à vendre. Or, à Lille ce n’est pas le cas. Ce n’est donc pas trop comme cela que nous pouvons agir. Néanmoins, nous avons révisé notre plan local d’urbanisme (PLU) et notre plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) pour créer de la mixité. Concrètement, là où il y avait un restaurant, un nouveau restaurant peut s’implanter mais pas un autre commerce. Nous avons analysé secteur par secteur, morceau de rue par morceau de rue. Aujourd’hui, dans certains secteurs, nous autorisons commerces, restauration, services, ce qui permet aussi avec des services qui sont ouverts le samedi comme par exemple les agences immobilières,i qui ne créent pas de trous noirs dans les rues et qui parfois viennent aussi sauver un local commercial qui était vacant.

Beaucoup de candidats à Lille partagent l’idée de la création d’une foncière commerciale. Concrètement, quel dispositif comptez-vous mettre en place ? Par ailleurs, que pensez-vous du principe d’encadrement des loyers commerciaux ?

Nous avons beaucoup réfléchi à une foncière commerciale et nous avons estimé qu’il fallait 10 millions d’euros de capital pour pouvoir faire quelque chose qui se tienne. Et ce, parce qu’il y a l’acquisition, mais aussi parfois la reconstruction, des travaux, etc. C’est évidemment une idée que nous retenons, mais qu’il faut faire au niveau de la Métropole Européenne de Lille (MEL) qui possède, je crois, deux milliards d’euros de budget, tandis que nous possédons à la mairie de Lille 520 ou 580 millions d’euros de budget.

Le développement économique est d’ailleurs une compétence de la MEL. Les dispositifs du type « Ma boutique à l’essai », qui sont annexes par rapport à une foncière puisqu’on ne maîtrise pas le foncier, se font au niveau de la MEL.

Il y a peut-être plus de foncier à acquérir en dehors de Lille. Une foncière commerciale serait plus utile pour des quartiers qui ne sont pas forcément le centre-ville et le Vieux-Lille. Le Vieux-Lille est à moins de 5% de taux de vacance. Dans l’hypercentre de Lille se trouvent des grandes surfaces avec des locaux de 800 m², 1000 m² au prix du centre-ville, rue piétonne, où il y a 11 à 13 millions de personnes qui passent. Nous ne sommes pas sur les mêmes prix que dans des quartiers plus périphériques de la ville. De plus, si nous voulons vraiment dynamiser le commerce, il faut le dynamiser partout. Le but n’est pas d’hypertrophier le centre-ville ni le Vieux-Lille, mais de faire en sorte que tous nos quartiers soient des lieux de vie.

S’agissant de l’encadrement des loyers commerciaux, Martine Aubry comme Arnaud Deslandes ont écrit aux Premiers ministres successifs pour leur demander que Lille devienne ville expérimentale. Nous travaillons ce sujet au niveau national avec France urbaine, l’association des grandes villes de France parce que ce n’est pas un problème spécifique à Lille.

Mais comme le processus peut prendre du temps, j’ai commencé à travailler avec des commerçants sur une charte de loyers commerciaux soutenables. C’est sur la base du volontariat avec des propriétaires bailleurs. À nous maintenant d’en déterminer les contours. Je pense que ceux qui participeront auront beaucoup moins de difficultés à relouer en cas de vacances et cela entraînera les autres. Il y aura un phénomène d’entraînement. Si les prix commencent à baisser, les prix baissent pour tout le monde. Ce n’est pas moi qui vais déterminer le prix des loyers. Il va falloir trouver une bonne équation entre le chiffre d’affaires et les taux de passage de rue, etc.

Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure ?

La MEL fixe le taux de la CFE. Nous pouvons peser dans le débat pour ne pas augmenter le taux. Par exemple, sur la fiscalité particulière à Lille, la part ville pour le foncier n’a pas bougé depuis 2015. Mais cela ne veut pas dire que les impôts n’augmentent pas puisque nous ne sommes pas les seuls à lever l’impôt. La CVAE sera quant à elle supprimée en 2027.

Ensuite, concernant la redevance de terrasses, je crois que nous sommes parmi les moins chers de France, aux alentours de 154 euros par mètre carré en terrasse équipée et 83,5 euros pour les terrasses non équipées. C’est une politique volontariste parce que nous savons que certains CHR souffrent. Nous ne sommes pas là pour faire augmenter leurs charges. Nous avons offert les terrasses pendant les périodes de travaux puisque nous avons beaucoup rénové nos rues. Après le Covid-19, nous avons prévu des extensions de terrasse. Sur les terrasses, il n’y a pas de volonté d’augmenter les taxes dans les prochaines années.

Enfin, pour la taxe sur la publicité extérieure, je sais qu’il existe une exonération en-dessous d’une certaine taille et nous avons pris pour base les tarifs fixés par l’État. Ce n’est donc pas la taxe la plus significative dans nos budgets.

Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?

Il existe plusieurs types de nuisances qui peuvent être générés par l’utilisation de terrasses, mais des nuisances dans les deux sens. La relation de la police municipale est vraiment partenariale avec les commerçants.

J’ai encore un exemple de la semaine dernière où, durant une tournée de la police municipale dans une rue où il y a beaucoup de cafés dont les terrasses avaient pas mal débordés, on leur a gentiment demandé de se remettre dans les clous, qui sont fixés pour délimiter les terrasses. On ne verbalise pas au prétexte qu’il y a un client qui dépasse des clous.

Nous avons une police municipale qui fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nous avons des personnes de nuit qui sont toujours les mêmes. Ils se connaissent, ce qui facilite le contact. Bien évidemment, il y a une sensibilisation parce que les policiers municipaux de nuit ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés que ceux de jour. C’est dans leur formation.

Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?

Nous renforçons les contrôles. En 2024, la MEL a compté 7.682 offres d’hébergement en hôtel et 7.633 en Airbnb. C’est donc qu’il y a tout de même une demande. Toutefois, les demandes de mise en location Airbnb se sont effondrées. Nos services ont reçu en 2025 27 demandes, contre 314 en 2024, avec un effet Jeux Olympiques à l’époque.

Nous faisons un contrôle assez poussé sur les 120 jours maximum autorisés par an. Nous avons également renforcé l’équipe, avec maintenant trois agents assermentés, contre un seul en 2020. Aux quotas, je préfère le fait que nous soyons beaucoup plus vigilants, d’autant plus que nous possédons une offre hôtelière qui est à la fois accessible et très incitative.

De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ? Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre-ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?

Les transports en commun relèvent de la compétence de la métropole. Dans notre programme, nous proposons d’élargir la gratuité des transports pour les moins de 25 ans, les personnes à mobilité réduire et pour les personnes âgées, ainsi que pour tout le monde le week-end. Nous voulions être radicaux et proposer une gratuité totale mais nous ne sommes pas majoritaires et avons décidé d’y aller progressivement, nous avons réussi à faire passer la gratuité pour les moins de 18 ans durant le précédent mandat.

Nous allons renforcer les parkings relais. C’est au niveau métropolitain pour pouvoir arriver avec le tramway, avec le métro et avec nos bus à haut niveau de service. De plus, nous n’avons pas fait la chasse à la voiture. Nous sommes pour le rééquilibrage des usages : nous élargissons les trottoirs, nous créons des pistes cyclables sécurisées, mais nous n’empêchons pas les voitures de circuler. Dans le quartier du centre, qui est le plus fréquenté, nous avons à peu près 680 places de parking tout autour de l’hypercentre et 7.500 places de parking en ouvrage, dont environ 1.500 qui ne sont pas utilisées le samedi de 15 à 18 heures. C’est donc moins un problème de stationnement que d’accessibilité. Mais il faut également que l’automobiliste se fasse parfois à des nouveaux plans de circulation.

Nous avons en outre prévu une réforme de nos tarifs de stationnement. L’idée est de baisser les deux premières heures parce qu’on est quasiment sur une augmentation exponentielle. Nous ne sommes pas obligés de proposer une progressivité de l’augmentation égale d’une heure à l’autre. Nous allons aussi harmoniser la durée de la gratuité de la première heure parce qu’il y a des zones commerciales où il y a 30 minutes de gratuité, d’autres où c’est une heure. L’idée est de réformer les tarifs pour qu’ils soient plus faciles à comprendre et qu’ils soient plus avantageux pour ceux qui utilisent la voiture, sachant que nous préférons que les gens prennent les transports en commun mais certains ont besoin de leur voiture.

S’agissant du logement, nous continuons à favoriser le logement en centre-ville pour tous, quel que soit le secteur d’activité. Nous prévoyons un plan de construction de 1.500 logements par an, dont 30% de logements sociaux. Nous proposons aussi de l’accession sociale à la propriété, qui permet de neutraliser le prix du terrain.

Quand on fait de l’accession sociale à la propriété, on se rend compte que plutôt que de payer toute sa vie un loyer pour la même somme, on peut peut être acquérir son logement, fonder une famille et faire en sorte que les jeunes restent, qu’ils puissent aller dans les écoles du coin, etc. Ce qui crée de l’activité pour les commerçants du quartier, plutôt que d’aller construire des logements plus grands ou plus accessibles à l’extérieur de la ville. Nous proposons également du soutien aux locataires, notamment les plus jeunes, et puis nous favorisons les nouvelles façons d’habiter, comme les colocations transgénérationnelles.

Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?

Notre principal levier est le tourisme d’affaires parce que généralement les gens qui viennent en congrès reviennent ensuite avec leur famille pour passer un week-end. Nous continuons à être une ville de congrès avec Lille Grand Palais qui regroupe le zénith, le palais des congrès, et un parc des expositions avec le centre-ville à 10 minutes à pied. Concrètement, pour un euro dépensé en congrès à Lille Grand Palais, ce sont cinq euros qui rejaillissent sur l’économie locale, dans les hôtels, cafés, restaurants, commerces, etc.

Nous pouvons ajouter les grands rendez-vous culturels de Lille, sous l’impulsion de Martine Aubry. Lille 2004 notamment, en 2004 lorsque nous avons été désignés capitale européenne de la culture, et qui s’est traduit par la suite par des éditions plus courtes qu’on a appelé Lille3000. Nous continuons d’attirer les grands événements : les Jeux Olympiques, le départ du Tour de France l’année dernière, le Tournoi des Six Nations, la Coupe Davis, le basketball, parce que nous avons un stade, le stade Pierre Mauroy, qui se révèle très modulable.

La taxe de séjour est métropolitaine et finance notre office métropolitain du tourisme. Nous devons partir de 22 centimes d’euros pour les campings jusqu’à un peu plus de cinq euros pour les palaces. Nous devons percevoir 6,5 millions d’euros de taxes de séjour qui sont affectés aux dépenses directes de tourisme. La MEL rajoute environ 4,5 millions d’euros pouvoir faire en sorte de subventionner les différents offices communaux de tourisme. Je pense que nous n’avons pas pour objectif d’augmenter le montant de cette taxe.

Que représente pour vous le sujet de l’alimentation et notamment de la sécurité alimentaire ? Quelle place voulez-vous qu’elle occupe durant votre mandat ? Quel rôle pourront ici jouer les CHR ?

En tant qu’acteur dans la restauration, notre cuisine centrale doit être à 90% bio. Du point de vue de nos relations avec les CHR, nous n’avons pas forcément toujours le bon rôle, mais nous assumons le faire de pouvoir réaliser des contrôles inopinés, qui nous permettent de procéder à des recommandations quand c’est nécessaire, voire à des injonctions et parfois à des fermetures administratives. La santé du consommateur est non négociable, surtout quand sont en cause des pratiques non conformes.

Aussi, nous sommes l’une des métropoles les plus agricoles de France. Nous avons des possibilités de faire pousser à l’extérieur de la ville, mais bien évidemment, nous nous intéressons aussi à tout ce qui est culture hors sol en réfléchissant notamment à la manière d’exploiter les toits. Nous ne pouvons révolutionner les choses mais nous disposons de pistes de travail et nous échangeons avec des personnes dont c’est la spécialité.

Propos recueillis le 25 février 2026, par téléphone.

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