Au cœur de la campagne : à Lille, Stéphane Baly mise sur la concertation et le collectif

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Pour les élections municipales de Lille, Stéphane Baly, candidat des Écologistes, possède une ligne directrice : la concertation. Et ce, pour répondre au maximum au besoin des professionnels CHR lillois, tout en pensant aux autres acteurs et habitants de la ville.

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Stéphane Baly, candidat Les Écologistes à la mairie de Lille. Crédit : Charles Delcourt - Light Motiv.

Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ? Comptez-vous revenir sur les autorisations délivrées par la précédente mandature ?

Nous constatons que Lille possède peu de terrasses extérieures. Dans notre programme, nous prévoyons des terrasses vivantes mais respectueuses du voisinage. Nous élargirons le dispositif actuel des terrasses estivales à l’ensemble de l’année. Nous nous assurerons du respect de leurs horaires de fermeture et nous garantirons le respect des espaces de passage pour les piétons. Évidemment, il ne s’agit pas d’opposer occupation festive et vivante de l’espace public, avec à la fois le voisinage et le passage des piétons.

Selon moi, développer les terrasses constitue un véritable atout. Par exemple, à Lyon et à Paris, pour les terrasses estivales, ils neutralisent une place de parking, ce qui permet aussi de développer de l’activité. Il y a une demande qui a particulièrement augmenté après le Covid de pouvoir boire un verre ou déjeuner ou dîner en terrasse. Nous devons donc l’accompagner et la favoriser.

Il ne s’agit pas de renverser la table, de faire table rase, mais de réaliser un diagnostic de ce qui marche et de ce qui ne marche pas. Mon leitmotiv est de le faire en concertation avec à la fois les riverains, mais aussi avec les restaurateurs ou cafetiers et de voir quels sont éventuellement les ajustements. Typiquement, pour la Grand’Place, qui est maintenant piétonne, se pose cette question : Est-ce qu’on n’élargirait pas les terrasses ? Mais est-ce que cela répond à un besoin, est-ce qu’il y a un modèle économique ? Est-ce qu’il y a une demande des cafetiers et des restaurateurs ? C’est bien la raison pour laquelle je parle de travailler en concertation.

Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche (rythme, horaires des tournées, dispositions de tri, tarification incitative pour la réduction à la source…) ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?

Nous avons un véritable retard sur la question des déchets, toutes filières confondues. Mais nous sommes ici sur des collectes privées. Néanmoins, à destination du grand public, nous avons porté à la métropole la question de la tarification incitative pour la réduction à la source. Malheureusement, nous n’avons pas été suivis.

S’agissant des biodéchets, nous sommes également extrêmement en retard par rapport à d’autres métropoles. Enfin, si nous voulons aller vers le zéro déchet, les retours d’expérience ont montré tout l’intérêt de mettre une tarification incitative à la source.

Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers /rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?

Le levier politique est celui de la préemption commerciale. La question est à la fois celle de l’attractivité des centres-villes et celle d’avoir des commerces du quotidien de façon à éviter soit des cellules commerciales vides, soit de la monoactivité.

Je me permets de faire le lien avec votre question sur la foncière commerciale. Aujourd’hui, nous avons un candidat à la mairie, le maire actuel Arnaud Deslandes, qui a juste oublié qu’il a été adjoint au commerce pendant deux ans pendant ce mandat. Or, j’ai cherché et je n’ai pas trouvé de délibération. En la matière, sur la foncière commerciale, c’était une proposition que j’avais déjà avancée en 2020.

C’était dans le programme de Martine Aubry, avec un certain nombre d’études menées par la ville et avec la réponse suivante : ce n’est n’est pas nous, c’est la Métropole Européenne de Lille (MEL) et il faudrait que la ville mette cinq millions d’euros. Or, cinq millions d’euros représentent sur un mandat moins de 1% du budget d’investissement. La vitalité commerciale et la diversité commerciale dans le centre-ville et tous les quartiers sont un véritable enjeu de proximité et d’emploi. Cela fait partie des missions des politiques de la ville de faire en sorte qu’on ait une ville qui soit pleinement active.

Quand j’entends Arnaud Deslandes, membre de l’exécutif de la métropole nous dire qu’on n’a pas réussi à convaincre ce mandat-ci mais qu’on le ferait durant le prochain mandat. Qu’est-ce qu’il ferait que la métropole en voudrait durant le mandat prochain ? Je ne vais pas attendre que le bon vouloir de la métropole pour pouvoir agir. Ce n’est pas la ville seule ou la collectivité seule qui le fait. Elle le fait avec la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), la Caisse des dépôts ou des investisseurs de long terme. Cela permet d’avoir des loyers abordables et une diversité d’activités.

Beaucoup de candidats à Lille partagent l’idée de la création d’une foncière commerciale. Concrètement, quel dispositif comptez-vous mettre en place ? Par ailleurs, que pensez-vous du principe d’encadrement des loyers commerciaux ?

L’objectif est de mettre en place une société d’économie mixte, donc avec des fonds publics et des fonds privés (CCI, Caisse des dépôts, banques). L’enjeu n’est pas que la ville soit propriétaire de tous les locaux. Les retours d’expérience montrent qu’il ne s’agit pas d’avoir 100%, mais qu’il faut posséder à peu près un dixième du linéaire pour retrouver une vitalité commerciale. Il ne s’agit donc pas de se dire qu’on va mobiliser 500 millions d’euros, ça n’a pas de sens. Par ailleurs, vous avez des propriétaires qui ne sont pas vendeurs. Par exemple, dans un quartier, si nous constatons une carence de boulangerie, de boucherie ou de services en particulier, nous réalisons un appel à manifestation d’intérêt.

Pour l’encadrement des loyers commerciaux, je souhaite ce qu’ont fait les maires de Lyon et de Bordeaux qui ont demandé auprès de l’État à pouvoir à pouvoir expérimenter. Nous savons que nous dérogeons à la loi, mais il faut demander. Il faut une modification du cadre mais ma demande est évidemment d’avoir la possibilité d’expérimenter.

Nous devons activer tous les leviers pour faire en sorte que ce ne soit pas les spéculateurs qui gagnent, mais que ce soit bien finalement l’emploi, la diversité commerciale et l’activité économique qui gagnent dans la ville. Parmi les leviers, vous avez l’encadrement des loyers à titre expérimental, la taxe sur les locaux commerciaux vacants qui, aujourd’hui, est à deux ans et devrait baisser à six mois, puis vous avez la foncière commerciale.

Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure ?

Hormis la taxe sur les terrasses, les autres sont très majoritairement du ressort de la métropole.
S’agissant de la taxe sur la publicité extérieure, malheureusement, je ne fais pas campagne pour la supprimer parce que le contrat d’affichage sur du mobilier urbain a été repassé il y a quelque temps et il enjambe le prochain mandat. Ma démarche sera éventuellement de le renégocier et de baisser le nombre de panneaux.

Jusqu’à présent, la question de la fiscalité n’a pas fait l’objet d’un débat, parce qu’il y a une grande incertitude sur quels seront finalement les dotations et le budget de l’État. Nous sommes sur un grand flou budgétaire et fiscal sur les années à venir en fait.

Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?

Il s’agit d’un véritable sujet. Il existe le Conseil de la nuit, qui permet un dialogue. Nous sommes sur un sujet à travailler de manière collective. L’idée est de réformer le Conseil de la nuit de façon à avoir quelque chose qui fonctionne. Mon programme indique qu’il faut renouer le dialogue pour réconcilier les usages nocturnes, qu’il y a un besoin d’un conseil qui puisse remplir pleinement son rôle sous une instance centrale de concertation pour tous les acteurs concernés. Ce sont aussi bien les cafetiers, les clubs, que les riverains et les artistes.

Les agents devraient déjà être sensibilisés mais malheureusement ce ne sont pas toujours les retours que j’obtiens. Mais ça me paraît évident. Vous ne pouvez pas avoir une police purement répressive et qui passe uniquement pour faire fermer les établissements. S’il y a des établissements à faire fermer, il faudra qu’ils ferment. Il est normal que ceux qui ne respectent pas les règles du jeu soient pénalisés. Mais la plupart respectent.

Je veux être le maire du quotidien et le maire du quotidien, c’est celui qui facilite. Pour rester sur ce champ-là, c’est celui qui facilite le fait que les gens puissent dormir, mais aussi que des activités nocturnes puissent avoir lieu.

Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?

Je souhaite mieux encadrer les locations Airbnb pour remettre des logements à la location de longue durée, mais aussi mettre en place un quota de locations Airbnb par quartier. Airbnb a un intérêt, une pertinence pour des familles, pour les événements exceptionnels comme une Coupe du monde ou les Jeux Olympiques, auxquels l’hôtellerie ne répond pas. Mais je ne suis pas non plus naïf sur le fait qu’on a aujourd’hui une offre qui concurrence clairement nombre d’hôteliers en ne respectant pas les mêmes obligations. Et cela pose aussi des problèmes d’accession soit à la propriété soit à la location.

L’idée d’avoir une approche par quota par quartier qui évite une hypercentralisation Vous avez aussi des locations illégales, parce qu’au-delà des 120 jours autorisés par an, vous avez des personnes qui louent sur Gens de Confiance ou Facebook. Il faut donc également faire la chasse aux personnes qui sont dans cette zone grise.

L’enjeu est aussi de mettre en place les moyens de contrôle. Aujourd’hui, ce n’est même pas un agent à temps plein, c’est 0,5 équivalent temps plein (ETP). Nous pouvons également prévoir des servitudes, comme par exemple à Saint-Malo. Pour les nouveaux bâtiments, le plan local d’urbanisme (PLU) indique clairement que les logements sont uniquement destinés à de l’occupation longue durée, et non courte durée. Il est possible d’inscrire cela dans le PLU

De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ? Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre-ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?

Nous sommes sur un mandat qui a été marqué par le fiasco du métro. Nous avons inauguré le renouvellement de rames de métro – le passage de 26 à 52 mètres – avec 10 ans de retard. Ce qui d’ailleurs n’a pas empêché quelques pannes. La question est donc d’avoir des transports en commun fiables, notamment pour pouvoir aller dans le centre-ville.

Il y a deux fois plus de piétons ou de cyclistes que d’automobilistes dans le centre-ville. Toutefois, nous devons prévoir de véritables politiques proactives vis-à-vis des automobilistes : les parkings relais, la politique de tarification des parking relais. L’enjeu n’est pas de remplir les caisses de la collectivité, mais de faciliter la mobilité.

Aussi, l’extension du stationnement résidentiel payant à Lille a été réalisée sans concertation. Je ne suis pas sans ignorer que pour les cafés, hôtels et restaurants, il y a du personnel avec des horaires décalés. Ils n’ont pas la possibilité de venir en transport en commun, et à pied ou à vélo, c’est trop loin. Il faut donc s’adapter à cela. C’est bien la raison pour laquelle mon engagement, sans supprimer l’objectif de stationnement payant, est de mettre en place des réunions de concertation, de coconstruction avec les acteurs concernés. C’est aussi toute la question du manager de rue, ou du centre-ville, de façon à pouvoir répondre aux besoins.

Par ailleurs, nous avons un projet de tramway qui, malheureusement, n’avance pas. L’enjeu est de le mettre en marche avec le premier passager avant la fin du mandat. Nous pouvons enfin maintenir les transports en commun la nuit de manière occasionnelle mais l’idée est plutôt d’avoir un réseau de nuit renforcé parce qu’aujourd’hui, nous avons uniquement une seule ligne de nuit. Ce qui n’est pas à la hauteur.

Le logement est l’échec de ce mandat. Ma proposition part du réel. En effet, 57% des ménages lillois sont constitués par une personne seule et trois quarts de la demande de logement social sont issus des ménages les plus modestes. Ma proposition est donc de produire 2.000 logements à moins de 300 euros de loyer mensuel, c’est-à-dire des typologies T1 et T2, avec des montants de loyer abordables. Pour les revenus supérieurs, c’est évidemment le développement du bail réel solidaire, là où on dissocie le foncier du bâti, ce qui permet d’arrêter la spéculation sur le foncier.

Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?

Il existe l’agence Hello Lille, qui peut s’appuyer sur un certain nombre d’événements. La dynamique touristique de Lille repose aussi sur le tourisme d’affaires, avec un très beau centre des congrès. Nous sommes au cœur de l’Europe, desservis par deux lignes du réseau à grande vitesse, qui est de plus en plus recherché, notamment par des grandes entreprises pour leur bilan RSE.

La compétence tourisme a été passée à la métropole. Mais nous devons miser sur l’accessibilité ferroviaire de Lille. Il y a évidemment la question culturelle, mais aussi la question patrimoniale. C’est également bien d’inscrire Lille dans un réseau et de travailler avec les acteurs du tourisme. Pour la taxe de séjour, il existe une différence selon la classification des hôtels. En proportion, les montants restent raisonnables sur les hôtels une, deux et trois étoiles mais ils deviennent très faibles sur les quatre et cinq étoiles. La question d’un réajustement se pose.

Quel dernier message souhaitez-vous adresser aux professionnels lillois des CHR ?

Lille est une ville qui regorge de ressources et de richesses. Ensemble, nous avons tellement de choses à faire et tout à y gagner d’écrire un nouveau chapitre. La méthode est la suivante : on le fait ensemble.

Propos recueillis le 24 février 2026, par téléphone.

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