Au cœur de la campagne : à Nantes, Johanna Rolland mise sur la stabilité et une attractivité renforcée
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Le secteur CHR s’impose comme un enjeu clé à Nantes. Pour Au cœur du CHR, Johanna Rolland, tête de liste de la Gauche unie pour Nantes, détaille ses engagements : terrasses pérennisées, foncière commerciale pour soutenir la diversité, stabilité fiscale, dialogue renforcé sur les nuisances et poursuite de l’attractivité touristique. Une ligne entre soutien à l’activité et rigueur budgétaire.
Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ?
Durant ce mandat, à la suite de la crise COVID, nous avons pris la décision d’étendre la surface des terrasses (+ 100% pour les terrasses inférieures à 20 m² et + 50% pour les terrasses supérieures à 20 m²), à la fois pour assurer les conditions de sécurité sanitaires indispensables mais également pour soutenir le développement de l’activité des établissements CHR. Suite à cette expérience réussie, ces dispositions expérimentales ont été renouvelées d’année en année et rendues définitives. Par ailleurs, suite à une demande du secteur, nous avons allongé en 2025 la période des terrasses estivales d’un mois supplémentaire. Nous nous engageons à pérenniser ces dispositions très appréciées des CHR nantais et à continuer à les faire évoluer en fonction des possibilités et des besoins.
Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche (rythme, horaires des tournées, dispositions de tri, tarification incitative pour la réduction à la source…) ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?
Pour l’ensemble des commerces, Nantes Métropole assure la collecte des déchets tout venant assimilés aux ordures ménagères en bac bleu ainsi que la collecte des emballages et papiers en bac jaune. Les jours de collecte sont disponibles sur AlloNantes ou via l’application Nantes Métropole dans ma poche. Il existe un service spécifique concernant les cartons en centre ville (les cartons sont à amener pliés, propres et débarrassés de tout déchet du mardi ou vendredi dans l’un des points de collecte prévu à cet effet). En ce qui concerne les biodéchets, la loi impose, depuis le 1er janvier 2024, un tri à la source pour l’ensemble des producteurs, y compris professionnels.
La Métropole a fait le choix de se mobiliser avec les acteurs du territoire afin d’accompagner au quotidien les professionnels pour soit éviter les déchets par des solutions anti-gaspillage soit mieux les trier et valoriser (liste des acteurs et ressources disponibles sur le site de Nantes Métropole). Une expérimentation sur la gestion des biodéchets a d’ailleurs été menée en lien avec les syndicats professionnels des CHR. D’une manière plus générale, sur ces enjeux, nous nous engageons à écrire ensemble une nouvelle feuille de route, au plus près des besoins des établissements concernés et en prenant en compte la diversité des activités.
Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers / rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?
La diversité commerciale est un enjeu fondamental pour le commerce en général tout comme pour les établissements CHR. C’est pour cela que nous nous engageons à mettre en place deux nouvelles mesures structurantes afin de soutenir la diversité commerciale : d’une part la création d’une foncière commerciale, d’autre part le soutien à l’encadrement des loyers des baux commerciaux [cette mesure était d’ailleurs une demande portée par les syndicats des CHR dans le livre blanc du commerce nantais].
Face à un contexte économique national compliqué, nous faisons le choix d’agir fortement afin d’accompagner nos commerces nantais dans leur diversité, et notamment les CHR. En ce qui concerne la préemption commerciale, celle-ci reste une possibilité mais elle est très encadrée et ne peut être envisagée que dans des cas très précis [la Ville de Nantes a utilisé ce droit à deux reprises et a été l’une des premières villes à le faire en France].
Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure.
Je ne souhaite pas faire évoluer la fiscalité. Il est nécessaire de tenir un discours de responsabilité et de vérité. Aujourd’hui, les finances de la Ville de Nantes et de la Métropole sont saines. La dette est maîtrisée en dessous de la moyenne nationale. Là où des économies sont possibles, nous les faisons. Cela nous a amenés, par exemple, dans le budget 2026, à adopter des économies de 3 M€ sur nos dépenses de fonctionnement pour maintenir notre capacité à investir.
Le sens de notre projet s’inscrit ainsi dans une trajectoire budgétaire rigoureuse et maîtrisée. Pour autant, dans le contexte actuel, l’équation budgétaire actuelle de la Ville de Nantes et de Nantes Métropole est complexe. Un chiffre pour illustrer cela : en deux ans, les baisses de dotations tant de l’État que de la Région s’élèvent pour ces deux collectivités à près de 100 millions d’euros. Cette réalité aujourd’hui, il faut la regarder en face, avec responsabilité, afin de ne pas faire de promesses inconsidérées et irréalistes. Aujourd’hui, je ne souhaite pas de hausse de la fiscalité mais pour répondre complètement et sérieusement à cette question de la fiscalité, il faut savoir si l’État va continuer ses ponctions sur les ressources des collectivités locales.
Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ? Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour les réguler ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?
Les CHR sont suivis et accompagnés par la Brigade de contrôle nocturne, spécialement formée pour cela. Cette brigade permet de répondre aux sollicitations des habitants et d’objectiver les plaintes. Les agents assermentés permettent ainsi d’assurer l’équilibre entre la ville qui travaille, la ville qui sort / s’amuse, et la ville qui dort. Par ailleurs, en cas d’infraction, la Ville de Nantes dispose d’une Commission des débits de boissons dans laquelle siègent des représentants de la profession. Notre manière de travailler a toujours été partenariale. À titre d’exemple, pour assurer la bonne gestion des terrasses élargies, une charte a été coécrite par la Ville et les organisations professionnelles. Les bons résultats, en particulier le nombre réduit de plaintes du voisinage, ont montré que nous avions raison de faire confiance aux responsables d’établissements. Pour autant, lorsque cela s’avère nécessaire, des sanctions peuvent être prononcées en lien étroit avec les services de l’État.
De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ?
Les commerces et les CHR en particulier doivent être accessibles à toutes et à tous. Nous continuerons à mettre en oeuvre des investissements massifs afin de soutenir le développement d’infrastructures et la fluidité de tous les modes de transport, tout en continuant à apaiser l’espace public à l’exemple des opérations pied à terre pour les vélos dans certaines rues commerçantes. La gratuité des transports en commun le week-end, qui a eu un impact très positif pour la fréquentation des commerces, a été mise en place dès 2021 et sera étendue à 15 000 personnes supplémentaires en semaine via la tarification sociale. Le forfait stationnement parking à 3,80 € de 19h à 8h sera maintenu, avec un tarif attractif à 0,50€ /h le midi. Avec 9 000 places de stationnement supplémentaires, l’offre de places de stationnement en parkings-relais a considérablement augmenté entre 2020 et 2026 et continuera à se développer.
Par ailleurs, nous nous engageons à expérimenter, avec un panel d’entreprises volontaires, un tarif préférentiel dans les parkings publics pour les salariées et les salariés de l’aube. Notre méthode restera inchangée, celle de la proximité et du dialogue partenarial avec les associations de commerçants.
Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?
En ce qui concerne le logement, nous portons une ambition forte. Nantes doit rester une ville accessible et permettre à toutes ses habitantes et tous ses habitants, notamment celles et ceux qui travaillent dans des métiers en tension, de se loger. Nous devons changer d’échelle pour produire massivement des logements à prix maîtrisés, en location et en accession à la propriété et assumer plus de régulation publique. Ainsi, nous renforcerons la production de logement social pour la porter à 40% de la production locale dans les nouvelles opérations. Également, nous agirons pour le logement abordable, en particulier grâce à la dissociation foncier/bâti , un levier privilégié pour atteindre l’objectif de 20% de la production neuve en logements abordables, et en soutenant l’encadrement des loyers.
Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?
Nantes est aujourd’hui une destination touristique. Le VAN estival a connu une fréquentation de +8% en 2025 par rapport à 2024. L’exposition Hokusai a attiré 150 000 visiteurs au château et l’exposition
Hypersensible, en 2023, a eu le même succès. Nous nous engageons à continuer à soutenir les actions du Voyage à Nantes et la mise en place de grands évènements culturels, tout comme les nombreux événements bien connus des Nantaises et Nantais, en centre ville comme dans les quartiers (la Grande Braderie avec son nouveau format, les marchés de Noël, etc).
En plus du guide des Tables de Nantes bien connu, nous avons également lancé le guide Nantes Centre Ville avec près de 100 adresses dont des rubriques “Se régaler” et “S’amuser et sortir” dédiées aux CHR, ainsi que des partenariats presse avec les territoires voisins de la Loire-Atlantique (Ancenis, Guérande, Châteaubriant, etc). Demain, avec la Cité des imaginaires, avec ce nouveau musée Jules Verne, un nom connu dans le monde entier, Nantes franchira un nouveau cap comme grande ville culturelle et touristique. Enfin, le fléchage budgétaire de la taxe de séjour continuera à être affecté au tourisme afin de continuer à faire de Nantes une ville touristique.
Que pensez-vous du plaidoyer de MACHE et les bouillonnantes sur les commerces de bouche? Notamment comment prévoyez vous de faciliter l’accès aux financements et à des tarifs préférentiels pour ce type de commerce ? Comment soutenir l’installation de commerces engagés?
Nous avons bien pris connaissance du plaidoyer porté par Mache et Les Bouillonnantes et avons eu des temps d’échanges avec ces collectifs qui portent des propositions intéressantes pour soutenir une alimentation de qualité, de proximité, et accessible financièrement. Comme évoqué précédemment, nous nous engageons à mettre en place une foncière commerciale et à soutenir l’encadrement des baux commerciaux. L’objectif de ces dispositifs est de soutenir l’implantation de nouveaux commerces, notamment des commerces de bouche engagés. Nous nous engageons également à identifier d’autres leviers possibles visant au développement de ce type de commerce. Notre programme prévoit aussi l’accompagnement des professionnels de l’alimentation responsable, notamment en les aidant à structurer des circuits courts (marché, débouchés, logistique).
Propos recueillis le 19/02/2026, par écrit.