Au cœur de la campagne : à Paris, Pierre-Yves Bournazel propose de créer un conseil des entrepreneurs
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Le candidat, auto-proclamé “maire anti-pagaille”, s’est rapidement saisi des sujets liés aux commerces. Élu de l’opposition depuis 18 ans, député de la 18e circonscription de 2017 à 2022, il fait de la probité et de l’apaisement ses principaux arguments. Il mise également sur le dialogue et l’échange pour faire avancer les sujets, notamment en proposant la création d’un conseil des entrepreneurs.
Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ? Si vous êtes élu, comptez-vous revenir sur les autorisations délivrées par la précédente mandature ?
Nous ferons respecter les règles, bien sûr, cela me paraît fondamental. La police municipale interviendra mais pas dans une logique de sanction. Pour les commerçants, il sera d’abord question de prévention et d’écoute pour qu’il y ait des tolérances. Nous ne sanctionnerons pas pour 3 cm. La police municipale sera formée au métier des commerçants, elle viendra discuter avec eux, également pour savoir ce qu’il se passe dans le quartier.
Nous établirons des règles, des chartes, et nous le ferons ensemble. Et comme vous serez partie prenante du conseil des entrepreneurs que je souhaite mettre en place (lire ci-dessous, ndlr), vous pourrez donner vos avis et participer aux politiques publiques vis-à-vis des terrasses, en fonction des réalités de vie. Notamment au sujet de la fermeture à 23h pour les six mois de printemps et d’été. Si des personnes trichent et contournent ces règles, elles seront sanctionnées, évidemment. Mais nous pouvons permettre l’attractivité et le dynamisme de manière encadrée.
Une restauratrice m’a parlé d’un projet innovant très intéressant de terrasses connectées pour limiter le bruit. Nous pouvons nous appuyer sur l’innovation pour faire en sorte qu’il y ait de l’activité économique sans gêner les voisins. Ces capteurs de mesure du bruit permettent aux gens de s’autoréguler. Faisons leur confiance. Et si certains n’arrivent pas à s’autoréguler, il y aura des sanctions. Mais au moins, nous serons passés par la prévention, l’écoute, le respect et une compréhension du travail d’entrepreneurs qui ont besoin évidemment de rentabilité. Concernant les droits de terrasse, nous établirons les règles ensemble, nous simplifierons et harmoniserons les montants.
Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?
Lutter contre la pagaille et le chaos, ça commence par l’espace public. Il faut le remettre en ordre de marche, à commencer par la propreté de Paris. Cela compte pour notre qualité de vie en tant que Parisiens, qu’on soit commerçant, simple habitant et pour l’attractivité de Paris.
Je vais privatiser l’ensemble de la collecte des ordures ménagères ainsi que le nettoyage de nos rues. Pas par idéologie, simplement parce que tous les rapports démontrent que le privé fait cela mieux que le public. Pour preuve, des villes de gauche européennes, comme Stockholm, Copenhague ou Londres, ont confié le nettoyage des rues au privé. C’est mieux fait. Des rues propres à Paris, je pense que, oui, c’est possible. J’ai entendu le besoin des professionnels de mutualiser la collecte des déchets.
Les économies réalisées nous permettront d’investir dans la mécanisation, dans des poubelles anti-rats, de faire appel à des robots intelligents qui trient directement les papiers et les emballages. Ce sujet nous permettra aussi d’innover en faisant appel à l’intelligence artificielle, notamment grâce à des caméras intelligentes pour optimiser le ramassage. Nous voulons simplifier la collecte pour chacun sache comment agir au sujet de la politique de tri.
Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers /rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?
Nous devons travailler ensemble sur la question de la vacance commerciale. Je suis attaché à la liberté du commerce, mais peut-être que nous pourrons opter pour la préemption pour relancer l’activité dans certains secteurs. La ville a la capacité d’aider à remettre des commerces de proximité de qualité. Elle peut relancer une dynamique pour attirer de nouveaux entrepreneurs. Par ailleurs, il y a également un enjeu lié à la monoactivité bistrotière dans certaines rues. Si je suis d’avis que la ville, c’est la vie, nous devons veiller à équilibrer pour que l’activité des uns n’empêche pas les autres de dormir.
Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure.
Lorsque je dis que je veux être le maire anti-pagaille, c’est pour remettre Paris en ordre de marche et cela demande, en premier lieu, de remettre en ordre de marche nos comptes publics. De nombreuses idées sont énoncées dans cette campagne, mais quand on ne sait pas les financer, elles ne se concrétisent jamais.
Je suis le candidat le plus sérieux sur ce sujet car mon plan aboutira à quatre milliards d’euros d’économies. Nous reconsidérerons le train de vie de l’Hôtel de Ville et mènerons des réformes structurelles. Et je ferai rentrer dans les caisses de Paris trois milliards d’euros supplémentaires sans augmenter les impôts, en vendant vingt mille logements qui appartiennent à la ville de Paris, mais qui se trouvent en dehors du territoire parisien. Nous pourrons ainsi désendetter Paris et investir sur les nouvelles priorités que les Parisiens auront choisies par leur vote.
L’organisation de la ville de Paris souffre d’un sur-nombre d’agents, cela crée beaucoup de normes, nous avons besoin de simplification. Je ferai appliquer la loi des 35h de travail pour les agents, pour avoir un service public opérationnel et efficient. Pour faire ces économies, je mettrai fin aux avantages des maires d’arrondissement et des élus. Je souhaite qu’un euro d’argent public dépensé soit un euro traçable.
Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?
Mon objectif anti-pagaille, c’est aussi la sécurité dont le ville a besoin pour les commerçants, pour les habitants et pour l’attractivité de Paris. Je financerai une vraie police municipale grâce aux économies réalisées. 6.000 agents, et non 2.500 comme aujourd’hui, seront de vrais policiers municipaux formés ou recrutés pour leur expérience dans d’autres villes. Ils seront actifs 24h/24 et 7j/7, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ils seront joignables avec un numéro dédié, le 7517, que tout commerçant, et tout citoyen pourra appeler.
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Ce ne sera pas une police municipale punitive au quotidien, mais une équipe anti-incivilité, anti-délinquance et anti-mafia. Anti-incivilité, pour lutter contre tous ceux qui dégradent l’environnement, par exemple. Anti-délinquance pour lutter contre l’occupation illégale du domaine public, contre les ventes illégales, les ventes à la sauvette, les contrefaçons et les contrebandes. Et anti-mafia, pour repérer le blanchiment d’argent et le rachat de baux commerciaux par des mafias, et informer la police nationale. Nous demanderons des fermetures administratives à la Préfecture de police. Je demanderai aussi au Parquet de poursuivre l’ensemble des criminels qui investissent leur argent sale à Paris. Sur la question des nuisances, nous travaillerons ensemble au sujet des terrasses, comme je l’ai dit précédemment. J’envisage également de mettre en place une prime à la conversion pour le passage d’un deux roues thermique à un électrique, dans l’intérêt des conducteurs et des riverains.
Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?
Je vais arrêter la logique des contrôles a posteriori pour Airbnb. Je demanderai des contrôles a priori et pour cela, j’augmenterai le nombre de contrôleurs chargés de collecter la data. La possibilité d’utilisation de Airbnb sera limitée à 30 jours par an pour éviter les nombreux contournements et la professionnalisation, au détriment peut-être du secteur de l’hôtellerie. Mais surtout, c’est aussi au détriment des Parisiens. Dans le centre de Paris, aujourd’hui, un logement sur sept est loué sur Airbnb. Cela entraîne une fuite des habitants et donc des consommateurs.
La ville, c’est la vie et elle est d’abord faite pour ses habitants et celles et ceux qui font vivre l’activité économique. Je ne suis pas contre Airbnb quand c’est pour payer son loyer ou pour rembourser son crédit, mais dans la limite de 30 jours. Les hôtels sont là pour proposer un hébergement aux touristes et nous aurons, ensemble, la possibilité de réfléchir à la place des hôtels à Paris.
De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ?
Je veux doubler les places de livraison pour permettre à tous les commerçants de pouvoir travailler. On a aujourd’hui 9.000 places, il y en aura 18.000. Comment ? En créant des places à usage mixte qui seront libres à certains moments de la journée et la nuit pour les résidents, par exemple.
Quand on est maire, il faut être pragmatique et travailler avec les associations, les commerçants, les riverains. Et parfois, la modularité est la solution. C’est-à-dire, que l’usage des places change à certaines heures de la journée. Nous reverrons toute la politique de stationnement. Je n’entre pas dans le détail pour le moment, mais nous la reverrons de fond en comble.
Le transport de nuit fera partie de nos champs d’expérimentation. Nous pouvons envisager de commencer le vendredi et le samedi, sur les lignes automatisées du métro. Je le propose d’ailleurs depuis 2013. Je souhaite aussi donner la priorité aux bus. Il en manque et grâce à Île-de-France Mobilités, où la Ville de Paris investit 450 millions d’euros par an, je demanderai qu’il y en ait plus pour plus de régularité. Je donnerai la priorité aux bus aux carrefours, grâce à des feux intelligents, pour qu’il soit plus facile de circuler en bus et qu’on puisse étendre notre réseau. Je souhaite même créer trois lignes supplémentaires : une express Nord-Sud, une express Est-Ouest tout au long de la Seine, et une ligne express qui relierait toutes les gares pour fluidifier la circulation. La mobilité, c’est la liberté et c’est aussi une forme de dynamisme économique pour chacun.
Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?
La politique du logement est un enjeu central pour redonner confiance, et particulièrement au secteur de l’activité économique. Je veux créer un choc d’offre à Paris. Le propriétaire aujourd’hui est l’ennemi. Demain, si je suis maire de Paris, le propriétaire sera l’ami et le partenaire de la ville. Tout propriétaire qui remettra son bien sur le marché principal, et qui abandonnera donc la location saisonnière ou la résidence secondaire, verra sa taxe foncière baisser. Il pourra participer au pacte que j’ai construit, avec une garantie à 100 % de paiement des loyers. Le propriétaire est ainsi sécurisé face aux éventuels incidents de paiement de son locataire. Je finance cela par l’arrêt de la préemption, qui coûte très cher au contribuable.
Aujourd’hui, la ville de Paris achète des appartements au prix du marché, avec l’argent public. Il achète un logement du parc privé pour le transformer en logement social, il n’en a pas créé un nouveau. Il faut arrêter car cela coûte cher et participe à la spéculation immobilière. Si nous remettons 60.000 logements sur le marché, on crée de la fluidité. Les classes moyennes peuvent revenir vivre à Paris, des familles se réinstallent, on rouvre des écoles. Ce sont ces consommateurs qui font vivre le commerce de proximité qui ont besoin de soutien à Paris. Cela me paraît vraiment fondamental.
Par ailleurs, je souhaite loger en priorité, dans le parc social de la ville, les travailleurs de Paris qui vivent souvent à 1h30 de transport. C’est une question de justice sociale, c’est une question de mérite. Et si on veut assurer l’attractivité et le dynamisme de Paris, il faut que les gens puissent continuer à travailler à Paris. Ces personnes travaillent dans vos secteurs, souvent en horaires décalés, dans l’hôtellerie, la restauration, mais aussi dans d’autres commerces. Ils peuvent être des employés, mais aussi des cadres qui ne gagnent pas assez pour se loger dans une ville aussi chère que Paris.
Mais il est aussi question de notre mission de service public : les aides-soignants, les infirmières, les pompiers, les enseignants, les policiers, les puéricultrices et autres. C’est une priorité absolue pour équilibrer les attributions de logements dans nos quartiers et permettre aux gens qui travaillent à Paris de pouvoir vivre décemment.
Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?
Je veux changer la gouvernance de Paris et être un maire pro-business. Je l’assume parfaitement ! Un maire pro-business qui n’a pas peur du mot attractivité, qui n’a pas peur du mot dynamisme économique. Ma proposition, je la porte depuis des années et je la réitère. Elle sera mise en place dès avril 2026. Je vais monter un conseil des entrepreneurs et des scientifiques autour du maire et de son équipe municipale. Il sera représentatif des différents métiers et viendra éclairer les décisions. C’est-à-dire que les professionnels pourront participer aux études d’impact, prendre des décisions sur le stationnement, sur les mobilités, sur l’urbanisme, sur les aménagements. Nous regarderons en amont les conséquences que pourraient avoir les projets pour éviter des erreurs importantes. Cela permet de corriger, d’amender.
Ce conseil pourra aussi évaluer les politiques publiques qui sont mises en place. Celles qui fonctionnent seront poursuivies, les autres corrigées ou arrêtées plutôt que de poursuivre par dogmatisme et idéologie. Sur la taxe de séjour, je ne suis pas opposé à regarder la maîtrise fiscale car mon objectif est de réduire la dette de la ville et d’optimiser la fiscalité.
De quelle manière vos projets d’aménagement impacteront ou profiteront aux CHR ?
Nous remettrons nos travaux en ordre de marche. C’est la pagaille. Le maire anti-pagaille, c’est celui qui reprend la main sur leur coordination, comme cela n’était plus le cas. Nous imposerons des calendriers stricts aux entreprises. Celles qui ne les respecteront pas auront des pénalités financières. Cela évitera des situations où les entreprises installent des barrières sans mettre un seul ouvrier sur le chantier pendant des semaines. Les calendriers seront tenus. Les travaux sont incontournables à Paris bien évidemment. Mais nous hiérarchiserons les priorités pour en avoir moins, qu’ils soient plus courts, plus efficaces, plus optimisés. Il y aura des informations en amont pour tous les habitants et pour tous les commerçants. Le barriérage sera esthétique, fini les plots en béton. Nous miserons comme d’autres grandes villes françaises et européennes, sur du barriérage esthétique le temps des travaux.
Les CHR déplorent la complexité administrative et un manque de communication entre les services centraux et d’arrondissements. Comment comptez-vous fluidifier la communication ? Comptez-vous unifier les réglementations dont relèvent les CHR ou pensez-vous que des chartes locales soient utiles ?
Ma porte reste ouverte au-delà de cette consultation. Je reste un interlocuteur tout à fait accessible. Et demain, si je suis maire de Paris, je continuerai avec grand plaisir à travailler avec vous pour faire avancer notre ville et faciliter votre travail au quotidien. Je serai un maire proactif, un maire à temps plein, avec une équipe municipale compétente. Je mettrai l’efficacité et la probité à tous les étages de la gestion de la ville de Paris. Car si on n’est pas efficace demain et si on n’est pas honnête dans la gestion de l’argent public, nous créerons de la défiance. L’honnêteté, la probité et l’efficacité, c’est le gage de la confiance.
Propos recueillis le 19 janvier 2026 à l’occasion d’une rencontre entre le candidat et les restaurateurs, organisée à l’initiative du GHR Paris-Ile-de-France.