Au cœur de la campagne : à Paris, Rachida Dati promet « choc de simplification », médiation et fermeté
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Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris pour les élections municipales, détaille les éléments de son programme qui concerneront les CHR. Elle défend une politique de fermeté sur les questions de sécurité, souhaite la médiation autour des terrasses, et propose des mesures incitatives pour renforcer le commerces dans les quartiers déficitaires.
Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ? Vous vous êtes vivement opposée, par le passé, au principe des terrasses éphémères. Si vous êtes élue, comptez-vous revenir sur les autorisations délivrées à ce sujet par la précédente mandature ?
Les terrasses sont un atout majeur du dynamisme parisien. 96 % des Parisiens les fréquentent. Pour autant, la prolifération des terrasses génère une confiscation de l’espace public au détriment des Parisiens. Cela entraîne une réduction des places de stationnement, des trottoirs encombrés, des piétons et PMR entravés. Le nombre de terrasses autorisées sur le domaine public a progressé de 26,5 % entre 2018 et 2023. La surface occupée a quant à elle progressé de 60 % entre 2020 et 2023. Entre 2016 et 2022, les verbalisations pour terrasses ont augmenté de 57 %. L’activité des bars et restaurants devient le bruit issu d’activités dont on se plaint le plus à Paris (33% des Parisiens, +7% depuis 2016). Je souhaite recréer les conditions pour que terrasses et riverains cohabitent. La Police municipale y contribuera directement : respect des règles, contrôles, sanctions dissuasives.
Nous désignerons un médiateur par quartier comme interlocuteur des associations d’hôteliers et de restaurateurs, pour des réponses non contentieuses plus rapides et efficaces. Nous donnerons également aux maires d’arrondissements un vrai pouvoir de police locale pour une meilleure connaissance du quartier et d’avantage de médiation. En complément, nous établirons un permis à point pour les restaurateurs, pour contrôler efficacement ceux qui ne respectent pas les règles, en toute transparence. Des amendes majorées seront appliquées en cas de nuisances. En cas de non-respect et s’ils perdent tous leurs points, les autorisations de terrasse seront revues. Les maires pourront par ailleurs étudier au cas par cas les autorisations pour les terrasses et le maintien de la dérogation de 23h. L’aspect esthétique des terrasses estivales sera également prioritaire.
Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?
Nous proposons de mettre en place une collecte mutualisée de quartier pour les entreprises et commerces qui ont recours aux services de collecte privée. Cela permettra de rationaliser la logisitique avec des tarifs de groupe et simplifier la collecte.
Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers /rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?
La filière CHR représente des dizaines de milliers d’emplois à Paris : 1 700 hôtels, 15 000 restaurants et brasseries, 2.000 cafés. Mais 25 établissements ferment chaque jour à Paris et en Île-de-France et les chiffres enregistrent +10% d’enseignes de restauration rapide à Paris entre 2020 et 2023. Il y a une absence d’équité réglementaire, fiscale et de contrôles par rapport aux établissements traditionnels.
Face à ce constat, je propose d’exonérer temporairement de cotisation foncière (CFE) toute nouvelle entreprise s’installant dans un local resté vacant depuis plus de 2 ans ou pour les entreprises qui s’installent dans des quartiers déficitaires en proposant des services de proximité durables (santé, réparation, vrac, etc.). Par ailleurs, nous investirons efficacement dans la préemption commerciale afin de réimplanter des commerces de proximité et lutter contre la mono-activité.
Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure.
La fiscalité locale incontrôlée a un impact sur les commerces : +62 % de taxe foncière décidée en 2022 pour 600 millions d’euros de recettes supplémentaires, une augmentation de +0,5 point des droits de notaire en avril 2025. Auxquels s’ajoute la taxe sur les commerces vacants et la taxe locale sur la publicité extérieure.
La Mairie de Paris veut un encadrement des loyers commerciaux. Nous voulons valoriser et soutenir nos commerçants et nos entreprises grâce à un choc de simplification administrative et un allègement des charges qui pèsent sur eux. Pour cela, nous proposons de mettre en place un guichet unique. Les délais d’instruction pour les occupations du domaine public seront réduits à 3 semaines et les formulaires seront simplifiés. Comme indiqué précédemment, nous exonérerons temporairement de cotisation foncière (CFE) toute nouvelle entreprise s’installant dans un local resté vacant depuis plus de 2 ans. Je m’engage également à stabiliser la taxe foncière.
Vous évoquez l’idée d’un permis à point comme “droit à nuisance” pour les terrasses. En quoi consiste-t-il ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?
Un travail sera initié en ce qui concerne les terrasses, comme dit précédemment. Nous accompagnerons les commerçants en matière de propreté et de sécurité en créant un bouclier de sécurité pour l’économie locale en finançant la vidéo-protection et des alarmes. La médiation de quartier sera également un outil pour les échanges entre les associations d’hôteliers et de restaurateurs et la mairie d’arrondissement.
Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?
En 10 ans, les logements présents sur Airbnb à Paris ont augmenté de près de 175%. Un chiffre multiplié par 2,7% (de 30 000 en mai 2015 à 82 000 en octobre 2025). 41% des logements entiers disponibles sont proposées par un multi-loueur (19 % en 2015). 5 198 logements sont uniquement dédiés à la location Airbnb et sont sortis du parc résidentiel classique. Cela représente 8% des annonces Airbnb totales et 0,4% du parc résidentiel total (en 2024). 92% des logements ont donc été réservés moins de 120 jours/an en 2024. 16% des annoncées sont situées à Paris-centre, le 11e, le 15e et le 18e concentrent 40% des annonces.
Je veillerai à ce qu’Airbnb ne contribue plus à retirer des logements du marché immobilier pour des Parisiens. Je souhaite préserver la possibilité pour les propriétaires de louer leur logement dans le cadre juridique actuel. Car pour beaucoup de Parisiens, c’est aussi un petit complément de revenus, qui leur permet de rester à Paris. Par ailleurs, nous accompagnerons juridiquement les copropriétaires qui souhaitent modifier leurs règlements de copropriété pour y interdire la location de courte durée.
De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ?
Nous proposons de définir un schéma de circulation global. Il permettra de fluidifier tous les modes de transports notamment le bus. Un nouveau tarif résident unique sera instauré. Il permettra aux résidents et commerçants/ entrepreneurs parisiens de stationner dans tout Paris à un tarif abordable et plus uniquement dans leur quartier. Il nous paraît également important de développer des parkings relais reliés aux métros et aux bus. Par ailleurs, nous permettrons aux policiers municipaux d’intervenir dans les transports en commun en signant une convention avec Île-de France Mobilités.
Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?
Le taux de rotation dans le parc social parisien est de 5,1 %, contre 7,5 % au niveau national selon Apur. La politique de préemption représente un budget hors sol, de l’ordre de 250 millions d’euros par an. Cette stratégie coûteuse assèche le parc privé et rigidifie le marché de l’offre de logement dans la capitale. Nous mettrons un terme à la logique du « tout-préemption » avec un gel de la production de logements sociaux par préemption. 100 millions d’euros par an seront redéployés vers la réhabilitation lourde du parc existant, pour améliorer la salubrité des logements et leur performance énergétique. Nous préempterons uniquement sur les situations légitimes d’insalubrité, de copropriétés dégradées ou de marchands de sommeil. La production renforcée de logements intermédiaires bénéficiera aux jeunes actifs qui travaillent à Paris, grâce à la modification du PLU.
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Nous proposons de remettre le logement social au service de ceux qui font vivre Paris. C’est le cas des restaurateurs et nous mettrons en place des critères d’attribution clairement redéfinis, et un rééquilibrage du parc en faveur des familles et de la mixité sociale.
Par ailleurs, nous souhaitons orienter la politique du logement vers l’accession à la propriété en intégrant des appartements plus grands, de type T3, T4 et T5 dans chaque nouveau projet de construction.
Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de l’ensemble des arrondissements parisiens ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?
En 2024, 48 millions de touristes français et internationaux ont visité l’Île-de-France. C’est 3,7% de moins par rapport à 2019. Le panier moyen des visiteurs a perdu 23 % en 10 ans. Rappelons que le tourisme soutient 500.000 emplois dans la région. Nous devons nous rapprocher de la Région Île-de-France pour harmoniser la politique touristique au niveau régional. Et nous devons inciter les touristes à dépenser davantage dans les commerces parisiens.
Nous engagerons une discussion avec l’État pour faire de Paris un territoire d’expérimentation pour abaisser le seuil de détaxe de 100 euros à 50 euros pour les achats réalisés dans des commerces et artisanats parisiens. Nous installerons également des points de « détaxe immédiate » dans les principaux quartiers touristiques.
Il semble également nécessaire de diversifier et de mieux labelliser l’offre touristique pour éviter une concentration de touristes sur des sites désormais saturés. De nouveaux quartiers et sites d’intérêt doivent être mis en valeur, pour valoriser l’esprit « village ». Une signalétique multilingue renforcée sera déployée dans Paris et ses transports en commun, en lien avec la RATP. Cela pour encourager les touristes à explorer la ville au-delà des sites les plus touristiques. Le label « Fabriqué à Paris » mérite d’être mieux valorisé pour le rendre visible et reconnaissable par l’ensemble des Parisiens et des touristes et encourager une consommation locale. Un label « Paris Business » sera également mis en place pour dynamiser le tourisme professionnel et renforcer l’attractivité des salons, congrès et événements économiques qui se font souvent dans des quartiers différents du tourisme de loisir.
De quelle manière vos projets d’aménagement impacteront les commerces et CHR ?
51% des piétons jugent la situation dégradée depuis 2021. Par ailleurs, seulement 66% des personnes se déplaçant à Paris habitent Paris. Le taux de congestion automobile est de 40% et, en 2023, Paris est la deuxième ville au monde où les émissions de CO2 résultant des embouteillages sont les plus élevées.
Pour contrer cela, je propose de définir un schéma de circulation global à l’échelle de Paris, de fluidifier les lignes de bus et de réduire la congestion automobile. Pour protéger les piétons, nous souhaitons créer de grandes traversées urbaines réservées et rééquilibrer l’usage de la rue de Rivoli. Je veux végétaliser la Place de la République et faire revenir les fontaines patrimoniales. De même, transformer les quais de Seine en grand parc urbain patrimonial végétalisé et réservé aux piétons.
Nous devons également investir pour la mise en accessibilité du métro pour les personnes à mobilité réduite. Surtout, je souhaite mettre fin au « provisoire qui dure » en séquençant annuellement les projets structurants et en limitant l’impact des chantiers sur les lignes/voies de bus et les correspondances. Il faut rétablir une logique de travaux « utiles et esthétiques » afin de reconquérir l’espace public à chaque aménagement.
Les CHR déplorent la complexité administrative et un manque de communication entre les services centraux et d’arrondissements. Comment comptez-vous fluidifier la communication ? Comptez-vous unifier les réglementations dont relèvent les CHR ou pensez-vous que des chartes locales soient utiles ?
Un médiateur sera nommé par quartier comme interlocuteur privilégié des associations d’hôteliers et de restaurateurs. Cela permettra d’apporter des réponses non contentieuses plus rapides et efficaces. Je propose un choc de simplification administrative et un allègement des charges qui pèsent sur nos commerçants et nos entreprises. Le guichet unique ainsi que des formulaires simplifiés seront des leviers importants, comme expliqué précédemment, permettant des délais d’instruction réduits à trois semaines.
Propos recueillis à l’occasion d’une rencontre avec les adhérents du GHR, le 16 février 2026. L’équipe de campagne a remis des compléments écrits.