Au cœur de la campagne : à Strasbourg, Catherine Trautmann entre dialogue, maîtrise et organisation
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Catherine Trautmann brigue un nouveau mandat, 25 ans après sa dernière expérience à la tête de la ville. Par la voix de son colistier Paul Meyer, adjoint au commerce sous la mandature du socialiste Roland Ries de 2008 à 2020, la candidate expose ses ambitions pour les CHR.
Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ? Si vous êtes élus, comptez-vous revenir sur les autorisations délivrées par la précédente mandature ?
Lorsque nous avons été battus en 2020, on nous a reproché d’avoir trop développé l’économie liée à la vie nocturne, que nous avions installé trop de terrasses. L’aspect des nuisances avait emporté le match. Pour autant, en six ans, la mandature actuelle n’a rien fait. Ils ont maltraité les commerçants.
Pour nous, les terrasses, c’est la vie de la ville. C’est l’agrément de qualité de vie dont ne bénéficient pas ceux qui vivent un milieu urbain. C’est un stabilisant aussi de la vie de quartier, elles développent de la centralité. Pour tout cela, les terrasses sont importantes dans le centre-ville comme dans les quartiers.
On meurt aussi d’une ville où il n’y a que des rapports frontaux. Ces espaces apporte un intermédiaire entre le chez-soi privé et l’espace public. Cela vaut évidemment pour les terrasses commerciales, mais aussi pour des terrasses citoyennes. Elles sont l’équivalent, de notre point de vue, de ces mamans corses assises devant la maison. Un lieu d’échange informel qui participent à apaiser l’espace public. Et donc c’est tout cet état d’esprit de dialogue entre l’espace public et l’espace privé que nous souhaitons améliorer.
Concrètement, nous avons multiplié le nombre de terrasses par deux et demi dans nos premiers mandats. La mandature actuelle les a gelé. Tout en faisant presque doubler le montant des redevances. Nous mettrons un terme à ces augmentations. Il est tout à fait envisageable qu’il y ait des progressivités en fonction des tailles des terrasses. Mais nous ne ferons pas de l’occupation du domaine public la vache à lait de la ville. Il faut envisager cette occupation non pas dans une logique rémunératrice ou punitive. Une terrasse n’est pas seulement utile pour ce qu’elle apporte aux commerçants, mais aussi pour ce qu’elle apporte à la ville.
Nous voulons retrouver un dialogue apaisé avec les professionnels, tout en restant intraitables sur le fait que les terrasses ne doivent pas dépasser les autorisations reçues. Le cheminement dans l’espace public doit être garanti. Nous serons fermes là-dessus et très vigilants. Mais, dès lors qu’un droit est accordé, l’exploitant doit pouvoir l’utiliser pleinement. Nous demandons à ce que se poursuive le dialogue extrêmement efficace avec les représentants de la filière. Nous nous félicitons de leur bonne organisation et de l’autogestion globale qui règne dans la profession. Les messages passent de manière efficaces de sorte que les professionnells tiennent bien les terrasses. Les questions des nuisances sonores et du respect des horaires figurent déjà dans le dialogue entre la ville et les professionnels. Ils sont conscients des droits et devoirs qui sont les leurs et des enjeux de responsabilité.
Nous allons réinstaurer des adjoints de quartier, supprimés par l’équipe actuelle, car ils manquent beaucoup aux professionnels. Ce dialogue direct entre l’élu de proximité et les représentants syndiqués permet de s’assurer du bon fonctionnement des choses au quotidien. Il y aura évidemment des contrôles, mais nous considérons que notre police municipale a d’autres priorités bien plus importantes que d’aller courir après un bout de chaise qui dépasse. La logique est de responsabiliser les professionnels pour que le dialogue permanent permette une gestion en bon ordre et dans un bon état d’esprit.
Concernant les terrasses éphémères, nous pensons qu’il faut investir d’autres espaces. Nous souhaitons relancer les terrasses flottantes, elles aussi abandonnées. Au-delà d’être agréable, elles n’empiètent pas sur la chaussée, ce qui est important dans un centre-ville très contraint. Strasbourg est une ville d’eau, on l’oublie trop souvent. Dans le même esprit, nous souhaitons redonner de la place aux guinguettes, les biergarten, en écho à notre culture transfrontalière. Nous souhaitons qu’ils trouvent une place dans les quartiers, y compris populaires, pour amener des espaces de vie partagés et aménagés pendant l’été. L’objectif est de donner cette vision de ville qui bouge, ouverte, dynamique, dont la véritable identité se révelle aussi par ces usages éphémères.
Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?
Nous avions initié, lors de nos précédents mandats, un travail avec la société Green Phenix pour la collecte et le recyclage des biodéchets. Beaucoup de commerçants avaient suivi la, la dynamique de cette collecte, réalisée à vélo. Nous avions également initié une politique de tri assez avant-gardiste du point de vue national. Des points d’équilibre forts avaient été trouvés sur l’apport volontaire aux bennes à verre, dans des créneaux horaires conventionnés pour limiter les nuisances auprès des riverains. Nous allons continuer à soutenir le développement des dispositifs de logistique urbaine. Notamment en utilisant des outils en lien avec les sociétés mandatées pour organiser les passages aux horaires adéquats pour les commerçants, avec un maillage méthodique par quartiers. Nous voulons poursuivre avec ce qui fonctionne et ne pas instaurer de la contrainte, que les professionnels s’en saisissent.
Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers /rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?
Strasbourg dispose depuis quelques années d’un périmètre de sauvegarde, que nous avions proposé dès 2015. Notre premier sujet, c’est de mobiliser la totalité du patrimoine municipal concernant les locaux commerciaux en pied d’immeuble. Et de les dédier stratégiquement à de l’artisanat de bouche ou manufacturé. Le niveau des loyers est beaucoup trop élevé et empêche les petits artisans de se lancer ou de tenir. La première des choses est donc de flécher un certain nombre de locaux vers ce type d’activités. C’est un vrai sujet pour garder l’âme et l’identité des villes. Ensuite, nous envisageons une maîtrise et un plafonnement des loyers au centre-ville, y compris pour les commerces.
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Nous serons également beaucoup plus fermes en termes de droit d’urbanisme avec un certain nombre de structures avec lesquelles on laisse passer beaucoup de choses. Nous devrons être dissuasifs même, dans certains cas, pour éviter un certain nombre d’implantations excessives qui pourraient déstabiliser le tissu commercial ou l’image de la ville.
Pour revenir aux cœurs de quartiers, nous soutiendrons l’implantation de cafés et commerces, mais aussi d’un médecin ou d’une Poste à proximité, dans une logique de polycentrisme dans la ville. Pour créer divers cœur économiques et éviter la formation de quartier dortoirs.
Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure.
Nos mots d’ordre seront stabilité et lisibilité. Nous ne voulons plus de cette politique d’à coups et nous lancerons un grand audit financier. Nous interviendrons favorablement sur la CFE pour les entreprises qui feraient de la rénovation énergétique ou des investissements durables.
Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?
Comme je l’ai dis précédemment, nous prônons le dialogue avec les professionnels, qui porte ses fruits. Mais nous devons rester attentifs, car il peut exister des situations à deux vitesses en fonction du quartier ou de la nature des commerces. Les professionnels peuvent ne pas comprendre certaines tolérances. Nous veillerons à ce que il n’y ait pas d’abus et à ce que la loi soit la même pour tous. Un droit de terrasse est révocable de fait. La première responsabilité d’un professionnel est qu’elle soit bien tenue. Notre police municipale ne sera pas vouée à sanctionner les dérapages de ce point de vue, elle a autre chose à faire. Notamment garantir un cadre de vie agréable pour permettre aux commerçants d’exercer sereinement dans une ville agréable, éclairée, sécure et propre. Nous voulons que le travail se fasse de concert.
Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?
Nous attendons avec impatience les décrets consécutifs à la loi Le Meur. Ils nous permettront d’aller plus loin dans la régulation que nous avons déjà mise en place. Nous prioriserons l’hôtellerie déguisée, dont les gérants devront répondre devant la police du bâtiment. Parce que j’estime que ces meublés sont des ERP déguisés (établissement recevant du public, ndlr). Cet aspect est souvent sous estimé. Mais il en va de notre responsabilité de les mettre à jour et de faire en sorte que l’administration les traite comme tels. C’est aussi une question de justice par rapport au monde hôtelier, de sûreté et de sécurité par rapport aux usagers.
Nous traiterons rapidement aussi les meublés qui génèrent des nuisances pour les riverains. Enfin, nous veillerons à un maillage harmonieux du territoire, y compris en périphérie. Ces meublés amène de l’économie pour le commerce local, il ne faut oser le dire. Mais cela demande du contrôle et de l’encadrement. Aujourd’hui, deux ou trois agents seulement agissent pour ce travail, il en faut d’avantage.
De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ?
Ces dernières années, beaucoup de gens se sont détournés du centre-ville pour des raisons d’insécurité, de manque de propreté ou d’accessibilité. Les tarifs du stationnement et le zonage ont été augmentés de manière considérable. Cet effet ciseau est devenu insupportable. Nous allons instaurer 30 min de stationnement gratuites tout au long de la journée pour permettre aux gens de déjeuner ou de faire des courses un peu plus longtemps pour un coût moins important, au centre-ville et dans les quartiers de Strasbourg. Nous allons également amener de la prévisibilité dans le stationnement grâce à un système qui permet de réserver sa place de parking à l’avance. Les visiteur sauront exactement où se garer et combien cela va leur coûter. Cela nous permettra de rendre à nouveau la ville attractive pour les Alsaciens qui ne venaient plus pour les raisons évoquées précédemment.
Du côté des infrastructures, nous allons reprendre des projets autour du tram et mailler encore le réseau de bus. Pour les salariés en horaires décalés, il nous semble indispensable d’élargir les amplitudes horaires. Nous devons aussi mieux organiser les dessertes à vélo et repenser la lisibilité et l’offre de stationnement pour les vélos. Enfin, la gare doit redevenir un pôle multimodal central, plus fluide et plus agréable.
Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?
Les dispositifs d’Action logement existent déjà dans ce sens. Les salariés n’utilisent d’ailleurs pas forcément ces droits. Différents types de logements sociaux répondent à cette problématique. Ils sont déjà fléchés, avec des listes d’attentes interminables. Je ne suis pas sûr que cela règlerait le problème. Nous voulons déjà informer sur les dispositifs existants, puis accompagner aussi les projets d’entrepreneurs qui achètent des appartements pour y loger leur personnel. C’était une réponse trouvée par le privé pour faire face aux difficultés de recrutement et c’est un sujet à suivre.
Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?
Le Marché de Noël a été une locomotive pour le tourisme à Strasbourg depuis que notre majorité en a fait, en 1994, l’événement qu’il est aujourd’hui. Désormais, il perd en fréquentation et en chiffre parce que la ville subit ses touristes au-lieu de les recruter. Ce qui créé de l’insatisfaction pour les riverains qui ont l’impression de vivre dans un parc d’attraction et pour les commerçants qui voient passer beaucoup de gens, mais finalement peu d’achats. Nous voulons recruter des touristes qui viennent plus longtemps, pour consommer mieux, plus local, de qualité. Il est aussi important de mieux lisser la fréquentation, y compris pendant la semaine. Nous demanderons l’autorisation à la préfecture d’élargir les marchés aux quartiers pendant cette période.
Cette stratégie de tourisme plus durable, nous la souhaitons aussi le reste de l’année. Pour faire vivre davantage tous les autres aspects de Strasbourg tout au long de l’année. Nous mettrons en avant notre tradition brassicole, le lien avec le vignoble d’Alsace qui est une bonne porte d’entrée pour le cyclotourisme, qui est un tourisme plus lent. Nous ne devons pas rester sur nos acquis et réfléchir à un tourisme complémentaire dans la maîtrise et l’organisation. Le coproduction entre la ville et les acteurs privés guide notre logique sur tous les sujets. C’est l’identité de cette ville. Rappelons un passage de l’Histoire, lorsqu’une congrégation de corporations d’artisans, le Conseil des Quinze dirigeait la ville (au XVe siècle, ndlr). Nous portons ce lien à travers notre candidature.
Propos recueillis le 10 mars 2026, par téléphone, auprès de Paul Meyer, colistier de Catherine Trautmann.