L’architecture lumineuse, un prérequis
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L’impact de l’éclairage sur la réussite d’un lieu d’hospitalité est non négligeable. L’implantation des sources lumineuses, le choix du niveau d’éclairage, celui des matériaux et des volumes mais aussi la température de la lumière ne doivent pas être laissés au hasard.
L’éclairage n’est pas qu’un accessoire décoratif. Dans n’importe quel lieu public, sa fonction est avant tout de sculpter l’espace et d’accompagner la vie de l’endroit. Ce qui est d’autant plus vrai dans l’hôtellerie et la restauration. « On n’éclaire pas pareil un bar, un espace de restauration, un lounge, un espace d’accueil ou une table d’attente », souligne Arnaud Rabiller, ingénieur et fondateur de l’agence de lighting design Amocosy, à Paris.
Dans le CHR, où l’expérience commence avant même le pas de la porte, l’ambiance lumineuse impacte significativement le ressenti des clients et peut même influencer leurs réactions. « Il faut faire une différence entre l’éclairage architectural, celui dont la vocation est fonctionnelle et qui permet d’évoluer dans une pièce, et l’éclairage décoratif qui amène le confort et rend l’espace accueillant », indique le spécialiste.
Il regrette que, trop souvent, les professionnels de l’hospitalité se focalisent uniquement sur le rendu esthétique et pas sur l’aspect fonctionnel de l’éclairage. Une véritable conception luminaire implique en effet une réflexion dès la maîtrise d’œuvre, pour intégrer les contraintes techniques imaginées pour l’éclairage mais aussi le dimensionner de la manière la plus pertinente.
Jouer différents scénarios
La collaboration avec un architecte d’intérieur permet de faire fusionner le côté fonctionnel avec un concept lumineux propre à l’ambiance de l’établissement. Louis Aspar, fondateur du Studio d’architecture d’intérieur Louis Morgan, aime parler de scénarios lorsqu’il imagine le projet d’éclairage d’un restaurant ou d’un hôtel. « Je travaille généralement suivant deux niveaux de lecture, avec retenue en journée pour valoriser surtout la lumière naturelle lorsque c’est possible, et sur des variations d’éclairage en fin de journée », détaille-t-il.
Les éclairages avec variateurs d’intensité sont de plus en plus plébiscités pour singulariser l’identité lumineuse d’un établissement, en fonction des moments de la journée, mais aussi des différents espaces. « Il y a un côté jusqu’au-boutiste, reconnaît Arnaud Rabiller. Ces systèmes de gestion peuvent être programmés d’une manière pour accompagner les circulations, d’une autre pour éclairer la table. On peut envisager d’éteindre le projecteur d’une table si elle n’est pas occupée, de proposer aux clients de choisir le niveau d’éclairage qui leur convient. »
Si cette approche combine l’utile à l’agréable, Louis Aspar rappelle également l’intérêt de jouer avec les lumières indirectes à LED, plus douces et confortables sans renier l’efficacité, dans les corniches ou sous les banquettes, qui viennent rythmer l’espace.
Créer une mise en scène
« Un luminaire, c’est aussi un objet quand il est éteint, rappelle Louis Aspar. Dans un environnement, il vient comme un bijou sur une personne. » Le cahier d’inspiration guide le choix des textures, des matières et des volumes. Et qu’on ne s’y trompe pas, la conception lumineuse n’implique pas forcément la création de luminaires sur mesure.
À travers une implantation pensée spécifiquement pour un établissement, les références standards trouvent une singularité à coût raisonnable. « Si le projet comprend un plafond technique apparent, par exemple, l’éclairage indirect n’a pas trop de sens puisque cette partie doit être visible, mais dans l’ombre, explique Arnaud Rabiller. L’éclairage est plutôt orienté vers le bas. » La typologie du lieu dicte également la température. « Dans un restaurant, on choisit généralement une lumière de couleur ambre, entre 2 700 et 2 200 Kelvin, qui reproduit l’ancien éclairage à la bougie, ajoute-t-il. On peut même des- cendre davantage pour des ambiances spécifiques. Pour les locaux de service, ce sera plutôt 3000 Kelvin, pour le hall, entre 2700 et 3000. »
La réussite de l’éclairage d’un lieu d’hospitalité conditionne le succès global d’un projet d’aménagement. « On peut rater une décoration, si la mise en lumière est réussie, l’ensemble fonctionne, conclut Louis Aspar. Au contraire, une lumière ratée gâchera la plus belle des décorations. »
Comment éclairer pour…
Amener de la convivialité
En jouant sur le niveau des sources. Un éclairage principal au-dessus de la table et des lampes de table ou décoratives amènent un côté stimulant et réconfortant.
Garder le client à table (et l’inciter à consommer)
Les éclairages adaptables, pilotés par domotique, font évoluer l’ambiance lumineuse au fil du repas de sorte que le client ait conscience de la temporalité sans avoir à regarder sa montre.
Favoriser la rotation des tables
L’éclairage doit être assez fort pour favoriser l’éveil des clients. La lumière impacte de manière importante le niveau de vigilance du corps et, dans ce cas, le mécanisme consiste à stimuler leur attention pour éviter un moment de relâchement après le repas, qui mobiliserait la table alors que le client a fini de manger.
Porter toute l’attention sur les plats
L’atmosphère du restaurant est neutre jusque dans l’éclairage, sans suspension et sans appliques. Selon les recommandations d’Arnaud Rabiller d’Amocosy et de Louis Aspar du Studio Louis Morgan.