« Egast, c’est une histoire de transmission, de territoire et d’avenir »

  • Temps de lecture : 6 min

Le Salon Egast, rendez-vous incontournable des professionnels des CHR dans le Grand Est, célèbre en 2026 ses 40 ans. Né autour de l’équipement de grande cuisine, l’événement s’est progressivement imposé comme un véritable miroir de la filière, intégrant gastronomie, concours, transmission des savoir-faire, emploi et innovation. À cette occasion, Au coeur du CHR a croisé les regards de Josiane Hoffmann, directrice du salon Egast dès 1986 et de Souhire Ehresmann, directrice des manifestations organisées chez Strasbourg Events, aujourd’hui en charge du salon.

Egast 2026
Le salon Egast a lieu tout les deux ans à Strasbourg. Crédit : Strasbourg Events.

Egast fête ses 40 ans. Quel regard portez-vous sur ce parcours ?

Josiane Hoffmann : Quand nous avons lancé Egast, nous voulions répondre à un besoin des professionnels de la grande cuisine, notamment autour de l’équipement lourd, de l’inox. Mais très vite, nous avons compris qu’il manquait quelque chose d’essentiel, la convivialité. La gastronomie s’est donc imposée naturellement, parce que les métiers de bouche sont des métiers de passion et de partage. C’est là que l’ADN d’Egast s’est vraiment forgé.

Souhire Ehresmann : Le salon a su s’adapter aux besoins profonds de la filière CHR. Transmission, orientation, convivialité. Ces piliers sont toujours là, et ils résonnent peut-être encore plus fortement dans le contexte actuel.

Comment pourriez-vous définir l’esprit du salon ?

Josiane Hoffmann : Egast n’a jamais été un simple salon commercial. C’est avant tout un lieu de retrouvailles. On y croise des artisans, des formateurs, des fournisseurs, des institutions… et surtout plusieurs générations qui se rencontrent. Certains exposants sont présents depuis des décennies. Il y a une vraie fidélité.

Souhire Ehresmann : Le salon s’appuie sur un écosystème alsacien très structuré, avec des partenaires engagés comme la FADAL [Fédération alimentaire détaillants Alsac], qui réunit boulangers, pâtissiers, bouchers-charcutiers-traiteurs et restaurateurs. À cela s’ajoutent l’UMIH, l’ARIA, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, la Région… Cette mobilisation collective est assez unique. Aussi, le choix de Régis Marcon comme parrain de l’édition 2026 symbolise parfaitement cette ambition commune de transmission et rayonnement de savoir-faire.

Egast reste ancré dans le Grand Est, tout en affichant une ambition nationale, voire internationale. Comment s’opère cet équilibre ?

Souhire Ehresmann : Notre force, c’est justement ce territoire. Il est d’une richesse incroyable en termes de savoir-faire, d’innovation et d’entreprises. Cela nous permet d’accueillir des projets d’envergure nationale, comme les concours de préparation au titre de Meilleur Ouvrier de France, sans avoir besoin d’aller chercher des exposants à l’autre bout du monde. Mais Egast rayonne aussi au-delà des frontières, avec la présence d’exposants et de visiteurs venus d’Allemagne et de Suisse.

Josiane Hoffmann : Dès le départ, nous avions cette ambition de qualité et d’excellence technique. Le rayonnement s’est fait naturellement, parce que le contenu était là.

Les concours occupent une place centrale dans le salon. Pourquoi sont-ils si essentiels ?

Josiane Hoffmann : Parce que ce sont eux qui donnent vie au salon. Les concours ne sont pas des animations annexes, ils sont le cœur battant d’Egast. Ils attirent des visiteurs très qualifiés, créent de l’émulation et valorisent les métiers.

Souhire Ehresmann : Ils incarnent parfaitement la transmission des savoir-faire et l’excellence. Pour beaucoup de professionnels, venir à Egast, c’est aussi venir observer, apprendre, se projeter. Par ailleurs, en 2026, Egast accueillera la première édition du Trophée Thomas Marie, un nouveau concours dédié à l’excellence boulangère française, placé sous le signe de la création, de la transmission et du respect des savoir-faire, avec le parrainage d’Éric Kayser.

La question de l’emploi et de la transmission est aujourd’hui cruciale pour la filière CHR. Quel rôle joue Egast sur ce terrain ?

Josiane Hoffmann : Le mercredi est entièrement consacré à ces enjeux. La matinée des écoles accueille entre 800 et 900 jeunes de 4ᵉ et 3ᵉ autour d’un grand show pédagogique de trois heures. Et l’après-midi, le Forum de l’Emploi prend le relais, avec 400 à 450 demandeurs d’emploi ou personnes en reconversion. La mise en relation directe avec les organismes de formation et les employeurs est essentielle.

Souhire Ehresmann : Le salon est effectivement un lieu d’opportunités. Nous voulons casser les idées reçues, montrer la créativité, la passion, et donner envie. C’est une véritable mission sociétale.

Le programme de conférences reflète aussi les grandes mutations du secteur. Quelles tendances fortes observez-vous ?

Souhire Ehresmann :
La responsabilité sociétale est omniprésente, comme la durée de vie des équipements, réduction des plastiques, évolution des emballages. Il y a aussi des sujets très concrets autour de l’hygiène, des normes HACCP, ou encore de la santé au travail, comme les poussières de farine. Nous abordons également des thématiques sociétales, notamment la place des femmes dans l’agroalimentaire, en partenariat avec l’ARIA et les Femmes de l’Agro-Alsace. Sans oublier les évolutions culinaires, avec la cuisine végétale de référence ou la cuisson sous-vide. Egast a toujours été le miroir de la filière.

Le salon se tient désormais dans le Parc des Expositions de Strasbourg. Qu’est-ce que cela change concrètement ?

Josiane Hoffmann : C’est une étape structurelle majeure. Nous disposons désormais d’un bâtiment d’un seul tenant de 20.000 à 23.000 m², avec une logistique moderne, des accès facilités, des parkings silos et le tram à proximité. Nous avons repensé entièrement l’implantation avec une sectorisation en “couronne”. L’équipement au centre, l’agroalimentaire autour, puis les services et camions magasins en périphérie. Cela fluidifie énormément le parcours visiteur. C’est une évolution qui incite les professionnels à découvrir des univers qu’ils n’auraient pas forcément visités auparavant, comme la décoration, l’informatique ou les arts de la table.

Et après ces 40 ans, quelles sont les perspectives pour Egast ?

Josiane Hoffmann : Le site offre encore un potentiel d’extension de 2/000 m², notamment avec la zone de la “nef”. Cela nous permettra d’accompagner la croissance du salon et l’évolution de la filière.

Souhire Ehresmann : Egast continuera d’être un lieu de rencontres, d’innovation et de transmission. C’est sa raison d’être. Quand on voit ce qu’Egast est devenu, on se dit que l’essentiel est là. Nous voulons rester fidèle à ses valeurs tout en regardant vers l’avenir.

Enfin, quelle place peut revendiquer la ville de Strasbourg dans la gastronomie française ?

Souhire Ehresmann : C’est la capitale de la gastronomie ! Strasbourg est le pôle de référence du Grand Est. La ville bénéficie d’un écosystème institutionnel très engagé et d’un territoire riche en talents, en entreprises et en chefs, ce qui en fait un véritable carrefour entre traditions locales et dynamiques nationales. C’est aussi un lieu de transmission et de révélation des talents, notamment à travers les concours et la formation des jeunes, qui ancrent durablement Strasbourg sur la carte gastronomique.

Josiane Hoffmann : Strasbourg s’appuie sur une organisation unique en France. La FADAL fédère quatre corps de métiers — boulangers, pâtissiers, bouchers-charcutiers-traiteurs et restaurateurs — qui travaillent ensemble, sans rivalités. Cette cohésion donne une force collective rare et permet de valoriser l’ensemble des savoir-faire gastronomiques du territoire.

PARTAGER