Année après année, crise ou pas, les crémants plaisent toujours autant au grand public. Et de nouvelles terres de conquêtes apparaissant. Avec l’inflation, l’écart de prix entre le champagne et le crémant s’élargit. D’où la possibilité pour ce dernier de monter en gamme tout en conservant des prix attractifs.
Confirmation. Le cru 2024 pour les crémants hexagonaux demeure à l’image des précédents : dynamique. Quoique. Le marché hexagonal compte huit appellations d’origine contrôlée : Alsace, Bordeaux, Bourgogne, Die, Jura, Limoux, Loire et Savoie. Pour être totalement exhaustif s’ajoutent, toujours selon le cahier des charges européen, il existe aussi un crémant du Luxembourg et un autre de Wallonie.
En 2024, la production française est de 887 931 milliers d’hectolitres (hl) contre 1 044 706 hl en 2023. Une année, il est vrai, exceptionnelle du fait de la sortie de la pandémie. En revanche, la cuvée 2024 demeure au-dessus des années 2020 (789 174 hl), 2021 (583 387 hl) et 2022 (808 146 hl). Une montée en puissance qui traduit le désir croissant des consommateurs de déguster du crémant. Un vin pétillant, synonyme de fête, à prix très abordable et de qualité. Conséquence, le nombre d’hectares (ha) ne cesse pas de croître. Entre 2020 et 2024, nous sommes passés respectivement de 12 500 ha à 14 900 ha.
Un record
Autre preuve du dynamisme du crémant : le nombre de ventes de cols progresse fortement. « 2024, est une nouvelle année record »,constate non sans satisfaction dans la voix Dominique Furlan. Il préside la Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant (FNPEC), depuis avril 2024. en remplacement d’Edouard Cassanet. Il est à la tête également de La cave Louis Vallon, premier producteur de crémant de Bordeaux. Mais aussi vice-président de Bordeaux Families présenté comme le principal opérateur coopératif du vignoble bordelais. La preuve par les chiffres. En 2024, 114,5 millions de bouteilles ont été vendues contre 108,1 millions un an plus tôt. Ce chiffre était de 85,1 millions de cols en 2020.
Equilibre identique
L’Alsace représente à elle seule plus de 40 millions de cols écoulés, soit la première région productrice de crémant. A titre de comparaison, la Bourgogne affiche 23,2 millions, le Bordelais, 12 millions, le Jura 2,9 millions… L’année dernière, l’exportation totalise 40% des ventes, le France 60%. « Un équilibre identique depuis deux ans », constate Dominique Furlan. La GMS demeure le principal débouché des crémants avec 54% de parts de marché. Soit 46% pour les autres réseaux, dont le CHR. A noter que la FNPEC n’est pas en mesure de ventiler le poids de chacun des circuits.
Détail qui a son importance : l’Alsace arrive en tête des AOC dans le circuit GMS. Cette région totalise 51% de ses ventes en grande distribution. Soit 20 millions de cols vendus. A titre de comparaison, le crémant de Bourgogne, c’est 30% (7 millions de cols écoulés) et Limoux 21% (1,6 million de cols) écoulés dans les grandes surfaces.
Parallèlement, la fédération constate une progression des ventes directes depuis les sites des producteurs, aidés en cela par les régions qui mettent en avant le savoir-faire et les spécificités de producteurs locaux.
Les tendances 2025
Ce sont les raisins qui commandent et non les vignerons !
« Les vendanges cette année ont été précoces ; début août. Cela est dû au réchauffement climatique. C’est assez atypique », constate Dominique Furlan. Et d’ajouter aussitôt : « Mais l’avantage de cette précocité est d’avoir un bon état sanitaire des grappes. Les champignons n’ont pas eu le temps de se développer. Certes, le rendement est modéré suite à la sécheresse d’où un grain plus petit. Mais la qualité est au rendez-vous. Pour répondre à la demande, nous devons donc augmenter les surfaces cultivables. Ce sont les raisins qui commandent et non les vignerons ! »
Mais qu’en est-il des ventes au premier semestre de cette année ? Les ventes progressent de GMS de 2% entre août 2024 et juillet 2025. En revanche, elles affichent un superbe 0% cette fois entre janvier et juillet de cette année. Rien d’étonnant néanmoins. Le gros des ventes se déroule lors des fêtes de fin d’année. Rendez-vous est pris en janvier 2026 pour connaître la vraie tendance.
« Contrairement à ce que l’on entend ici ou là, poursuit le président de la fédération, tous les effervescents ne progressent pas en France. Il en est de même à l’export. Le prosecco, le crémant, et dans une moindre mesure le champagne, connaissent une bonne dynamique. Le vouvray, le saumur, la blanquette de limoux, entre autres, sont en perte de vitesse.»
Pour autant, la FNPEC ne compte pas s’endormir. Déjà évoquée l’année dernière, la fédération compte véritablement monter en gamme. Le moment est propice car une nouvelle fenêtre de tir apparaît. Suite à l’inflation, l’écart de prix entre le crémant et le champagne s’agrandit. De cette distanciation naît une zone grise où l’offre est faible entre 9 et 15 euros. Un phénomène que l’on retrouve aussi aux Etats-Unis (voir encadré). « Cette zone grise est pour nous une zone de conquête. »
Les taxes Trump : une opportunité pour le crémant ?
Demeure la question internationale et plus particulièrement celle des Etats-Unis et les augmentations des droits de douanes de l’Administration Trump. A l’instar d’autres vins pétillants, le Pays de l’oncle Sam pèse lourd en termes de débouchés. « C’est même le premier marché export des crémants, renchérit Dominique Furlan. Pour chacune des AOC, ce pays totalise en moyenne un tiers des débouchés. » Mais le président de la FNPEC constate, à juste titre, que tous les exportateurs de boissons subissent une hausse de 15%. Pour ne parler que d’eux. « Autrement dit, l’écart entre les champagnes et les crémants outre-Atlantique. Cela renforcera l’idée que le prix du crémant, désormais aux alentours de 20 dollars, est un produit intéressant financièrement et de qualité. Pour nous, le marché américain reste dynamique. » Aux Etats-Unis, il faut débourser en moyenne 50 dollars.
Quatre axes
« Nous devons proposer autre chose », poursuit Dominique Furlan. La valorisation de l’offre passe par 4 axes.
1– Augmenter la place des cépages autochtones. Ces derniers s’adaptent et résistent mieux aux changements climatiques. Par exemple, le Jura souhaite intégrer du savagnin dans le cahier des charges de l’appellation (projet en cours). Voire la Loire avec la volonté de montée en puissance du chenin.
« Pourquoi aller chercher des cépages d’autres pays alors que nous avons oublié les nôtres localement. »
2-Possibilité désormais d’identifier des lieux-dits pour l’ensemble des appellations. Et de réaliser ainsi des vendanges parcellaires. L’INAO a donné son feu vert. Voilà quinze ans que la Bourgogne se battait pour obtenir cela…
3-Développer les cuvées spéciales : millésimées, monocépage, durée de vieillissement et nouvelles classifications.
4-Innover dans la présentation du produit. Une étude en cours avec le verrier Saverglass.
Sans oublier une présence accrue à des rendez-vous internationaux. Mais cela est une autre histoire. Pour l’instant, la fédération sera présente au prochain Wine Paris (9-11 février). Pour la première fois, elle y tiendra une masterclasse. Et au Congrès & concours national des crémants au Luxembourg. Un premier pas…
Les Grands Bretons vont-ils enfin apprécier le crémant français ?
Outre Manche, le marché bouge, remarque avec satisfaction la FNPEC. La vente de crémants était anecdotique voilà quinze ans. Ce qui n’est plus le cas. « Les Britanniques découvrent et apprécient nos vins pétillants, remarque Dominique Furlan. L’offre de vins effervescents se résume en trois catégories : le prosecco, le champagne et le crémant. En Grande-Bretagne comme ailleurs, les pays découvrent les crémants. »