Valrhona s’adapte au changement climatique

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Engagé avec 17.000 producteurs dans 15 pays, le groupe Valrhona est en première ligne face aux conséquences du changement climatique. Véronique Huchedé, responsable des achats, explique sa stratégie pour réduire ses émissions et accompagner les exploitants vers la sobriété énergétique.

Une plantation partenaire de Valhrona.
Une plantation partenaire de Valrhona. Crédits : Pierre Ollier / DR.

Valrhona ne compte « que » pour moins de 0,15% de la production de cacao mondiale (chiffres Valrhona). Ce pourcentage doit être mis en lumière avec des chiffres plus parlants. En 2021-2022, l’organisation internationale du cacao (ICCO) estime la production mondiale à 4,8 millions de tonnes, d’après son rapport du 31 août 2022.

Répartis dans 15 pays sur tous les continents, les 17.000 producteurs partenaires de Valrhona lui vendent environ 7.200 tonnes de cacao chaque année, suivant la production. Entre logistique et exploitation, l’entreprise française fait face à un important défi dans un contexte de changement climatique, alors que la majorité de ses partenaires sont implantés dans des pays particulièrement touchés par les conséquences de ce changement. « Les aléas climatiques sont déjà présents dans ces zones, précise Véronique Huchedé, responsable des achats matière première et stratégiques pour le groupe. Nous les surveillons via les données du ministère de l’écologie chaque année. » Cyclones, tempêtes tropicales, les producteurs doivent maintenir un niveau et une qualité de production en tenant compte de l’augmentation du risque climatique. C’est là que l’expertise de Valrhona entre en jeu.

iVéronique Huchede, responsable des achats du groupe Valhrona.
Véronique Huchedé, responsable des achats du groupe Valhrona. Crédits : Valhrona / Au Coeur du CHR.

Des partenariats sur la durée, pour la qualité

Le groupe Valrhona regarde aujourd’hui avec attention le risque lié aux événements climatiques dans son travail de sourcing, privilégiant certaines destination au détriment d’autres, signe que le problème a pris de l’ampleur aujourd’hui. « Mais nous continuons de travailler avec nos partenaires historiques, et nous ne les laisserons pas tomber », promet la responsable des achats. Lors de la mise en place de ses partenariats avec les producteurs, Véronique Huchedé regarde avant tout la qualité du cacao produit, et Valrhona procède aux investissements nécessaires pour assurer la constance de la production, en termes d’infrastructures ou d’équipement.

N'ayons pas peur des mots, beaucoup sont des pays pauvres
Véronique Huchede, Responsable des achats Valrhona

Un modèle proche du parrainage, rendu nécessaire aussi par la réalité économique des pays producteurs : « N’ayons pas peur des mots, beaucoup sont des pays pauvres. Nous accompagnons nos producteurs pour les aider à se développer évidemment, mais aussi pour leur permettre de vivre de leur travail. » Un engagement qui se traduit par le « juste prix » que paie le groupe aux producteurs. Ce dernier varie selon la production achetée, la qualité du produit, le contexte économique et social du pays et la part d’exclusivité sur le cacao qui sort de la plantation. Le contrat est signé pour une durée moyenne de neuf ans, et est assorti d’un prix minimum garanti ; « cela permet de ne pas laisser le producteur à la merci de la fluctuation des cours en bourse des matières premières », explique la responsable des achats du groupe.

Les premiers impacts du changement climatique

Notable depuis plusieurs années déjà, l’impact du changement climatique se traduit généralement par une augmentation des risques, notamment cycloniques, et des retombées négatives sur les volumes et la qualité de la production. En prévention, les équipes de Véronique Huchedé mènent deux types d’action : le sourcing des nouvelles exploitations, mais aussi l’accompagnement des producteurs vers de meilleures pratiques. « Nous avons un engagement formalisé en termes d’agro-foresterie, explique-t-elle. Nous menons depuis plusieurs années des expériences de reboisement sur notre exploitation de Madagascar, qui séquestre désormais cinq fois plus de carbone qu’elle n’en émet. Nous transmettons ensuite ce savoir et ces compétences à nos partenaires pour les aider à leur tour à réduire leurs émissions. » Le groupe tient en outre une cartographie des exploitants. Cette dernière lui permet de prévenir la déforestation, en suivant l’expansion des zones cultivables, quoique difficilement : « Avec 17.000 exploitants, tenir la cartographie à jour se révèle être un véritable défi ».

Stratégie sur les émissions de carbone

Outre l’enjeu de la déforestation, Valrhona se frotte à un épineux problème de logistique. En effet, et la responsable des achats du groupe ne le cache pas, une grande partie de la pollution au CO2 est causée par le fret maritime, premier post d’émissions, mais nécessaire à l’acheminement de la précieuse denrée jusqu’aux laboratoires européens. Pour y remédier, la solution se cache peut-être dans l’innovation. Ainsi, le groupe entend profiter du développement des lignes de cargos à voile, et va effectuer son premier voyage par ce moyen de transport, plus économe en énergie, depuis les caraïbes.« Nous sommes toutefois attentifs au fait que ces voiliers soient vraiment décarbonés ; on estime à 70% la décarbonation du mode de transport par rapport au cargo traditionnel, mais cela reste une estimation, qui doit être précisée à l’avenir. Nous sommes en discussion avec le groupe Wincop également, qui prévoit la mise en place de cargos à voile depuis Madagascar, précise Véronique Huchedé. Notre travail est de remettre en cause nos ports d’embarquements et de débarquements pour s’adapter aux nouvelles lignes; sur le papier, cela représente aujourd’hui un surcoût, mais ce dernier n’est valable que dans la mesure où les entreprises ne sont pas sanctionnées sur leurs émissions. Donc il est temps aussi de mesurer le futur de ces émissions, et que les gouvernements mettent en place la législation nécessaire pour forcer la main aux entreprises. »

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