Sécheresse : les Chambres d’agriculture veulent « éviter le sur-accident »
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Le réseau des Chambres d’agriculture fait le point sur les risques et les enjeux de la crise agricole consécutive à la sécheresse de cet été.
À l’occasion de sa conférence de presse de rentrée, le réseau des Chambres d’agriculture a dressé un bilan de la situation des filières agricoles françaises après un été marqué par la sécheresse et les canicules. « Pour la majorité des agriculteurs, la situation est sans précédent, pire que celle liée à la sécheresse de 1976 », annonce sans détour Sébastien Windsor, président national des Chambres d’agriculture.
Il confirme les baisses de rendements : un milliard d’euros de perte estimé sur le maïs avec la plus faible récolte depuis les années 80, 37 % de rendements sur les fourrages contre les 68 % attendus, les plus faibles vendanges depuis 1950, ainsi qu’une sur-mortalité importantes dans les élevages de volailles et de porc, notamment. Parallèlement, malgré un redressement des cours du blé et du maïs, le poids des charges (gaz, GNL, engrais, amendements) stagne à un niveau élevé depuis plusieurs mois et pèse de manière encore plus significative alors que cette crise estivale a fait fondre les trésoreries. « La tension financière est sans précédent. Toutes les régions de France sont concernées. Les zones intermédiaires, à faible potentiel et celles déjà affaiblies comme la viticulture, souffrent encore plus. »
Organiser la relance au plus vite
« Nous avons déjà dévissé du point de vue de la souveraineté alimentaire. Nous devons absolument gérer cette crise pour éviter le sur-accident qui conduirait à un déficit important de cette souveraineté alimentaire, nous obligeant à nous approvisionner à l’étranger. » Si les Chambres d’agriculture estiment que les mesures annoncées dans le cadre du plan sécheresse et canicule « vont dans le bon sens, mais demandent des précisions », l’urgence demeure d’accompagner les exploitations pour éviter « des mauvais choix qui conduiraient les exploitations dans une spirale de baisse de production, avec un risque de décroissance. L’idée est d’initier une approche globale du risque pour limiter l’impact lors des prochaines crises »
Par ailleurs, Guillaume Lefort, vice-président des Chambres d’agriculture France, appelle à un soutien sur le long terme notamment « pour les cultures pérennes (dont l’arboriculture, NLDR) qui pâtiront des effets de cette sécheresse durant plusieurs saisons ». Une vigilance particulière sera de mise au moment du débat du projet de loi de finances 2027.
Des effets déjà palpables
La production de fruits est en recul de -5% en 2026. La sécheresse conduit par ailleurs à une récolte de petits calibres. Les filières légumières connaissent des situations très disparates, avec des pertes allant de 10 % à 100 % de la production. « Nous constatons déjà des ruptures d’approvisionnement sur les salades », souligne Thierry Pouch, responsable du service études économiques et prospectives des Chambres d’agriculture France.
« La relance sera difficile sur ces sols asséchés, prévient Sébastien Windsor. Même les semis de cultures intermédiaire ne lèvent pas. » Du côté des productions animales, les écueils sont aussi importants. La baisse des abattages sur un an est générale. La sécheresse a impacté la quantité de lait collecté, voire même sa qualité pour les productions fromagères. Et le manque de fourrage, et son coût, fait craindre, par ricochet, un phénomène de décapitalisation du cheptel. « Cela aggraverait la problématique de disponibilité de la viande, et notamment le prix du bœuf, dans les prochaines années », souligne Thierry Pouch. D’autant que le taux de dépendance de la France aux importations de poulets ne cesse d’augmenter (52,2 % en 2025 vs 50,4 % en 2022 et 23,8 % en 2000).
Des conséquences sur les AOP et IGP
La sécheresse a aussi mis à mal les cahiers des charges de nombreux signes officiels de qualité, comme les AOP, les IGP ou le Label rouge. Si la ministre de l’Agriculture s’est d’ores-et-déjà prononcée en faveur d’un allègement de certains critères réglementaires, les Chambres d’agriculture encouragent cette souplesse pour protéger les filières. « Nous allons intervenir pour obtenir des dérogations sur certains aspects réglementaires rendus difficiles par la situation, notamment l’autonomie fourragère et d’autres critères qui n’impactent pas la qualité du produit », indique Sébastien Windsor. Tout en précisant que ces dérogations ne devaient pas s’inscrire dans la durée, mais « constituer une mesure exceptionnelle en réponse à une situation exceptionnelle ».
Une hausse des prix inévitable
Dans ce contexte, une hausse des prix apparaît inévitable, selon les représentants des filières agricoles. Y compris en cas d’importation dans la mesure où nos voisins européens connaissent les même problèmes. Ils craignent également « une descente en gamme » dans la mesure où les dépenses alimentaires des ménages n’ont pas retrouvé le niveau pré-Covid. Ces « arbitrages » pourraient également à nouveau être préjudiciable à l’agriculture biologique.