Les Colonnes d’Issy, une saga aveyronnaise
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Depuis trois générations, les Nayrolles font la gloire des Colonnes à Issy-les Moulineaux. Depuis 1962, ce café populaire s’est transformé en bistrot à vins réputé. Sans rien concéder aux exigences qualitatives, Camille, Joe et Julien renouent aujourd’hui avec l’activité limonade qui fit le succès de leur grand-père.
Les Colonnes font partie du paysage isséen. Campé face à l’hôtel de ville, l’établissement doit son nom à la structure de l’immeuble qui l’abrite. Bâti en 1932 par le cabinet d’architectes Delaire et Sage, cet édifice, novateur pour l’époque, repose sur quatre pilotis en béton armé descendant à 20 m de profondeur, comme l’explique le site Historim. En outre, Les Colonnes ont toujours été exploitées par des originaires du Massif central, à commencer par M. et Mme Vacarès. Puis en 1946, des Corréziens, M. et Mme Léon Barrier, en deviennent propriétaires. Ensuite, en 1964, la famille Nayrolles, originaire de l’Aveyron, entre en scène. Elle n’a plus quitté ce comptoir derrière lequel trois générations se sont succédé. Depuis 2022, Julien, 34 ans, et sa sœur Camille, 32 ans, associés à Joe, époux de Camille, ont pris les rênes de l’établissement.
De génération en génération
Chaque génération des Nayrolles a apporté sa pierre à l’édifice pour l’adapter à l’évolution de la demande. Justin, le patriarche, a quitté la ferme familiale, à 23 ans, pour devenir garçon de café dans un bar proche des Folies Bergères. Tandis que Marielle, l’aïeule, a intégré une brasserie de Passy, à 16 ans, comme « bonne à tout faire ». Une fois mariés, ces deux Aveyronnais ont obtenu la gérance d’un café à Argenteuil (Val-d’Oise), qui leur a servi de tremplin pour acquérir les Colonnes. « Mon grand-père hésitait au départ, il a même voulu partir, rappelle Julien. Dans les années 1960, la clientèle d’Issy était réputée difficile. Il y avait même des voyous qui déposaient leur calibre sur le comptoir quand ils consommaient… »
Mais à l’époque, Les Colonnes étaient avant tout le lieu de rendez-vous des ouvriers locaux et notamment ceux de la RATP. Pour séduire cette clientèle, l’ancien propriétaire, Léon Barrier, avait fait coïncider les horaires d’ouverture avec ceux du départ du premier métro et l’arrivée du dernier. De plus, l’ancien député communiste, Guy Ducoloné, figure de la Résistance, était un habitué de l’endroit et un ami de Justin Nayrolles.
Parmi les familiers du comptoir, un jeune homme prometteur du nom d’André Santini, qui s’y régalait des sandwichs concoctés par Marielle Nayrolles. Ainsi, cette autre grande figure de la politique, qui occupe depuis 1980 le fauteuil de maire d’Issy, va demeurer un fidèle de cette adresse. « Il vient souvent déjeuner avec son équipe le lundi pour une réunion de travail », indique Julien.
Trois générations
La mutation s’est opérée en 1990, lorsque Patrick Nayrolles prend la suite de ses parents. Après avoir suivi des études supérieures, il avait entamé avec bonheur une carrière de photographe. Son destin l’a cependant rattrapé. À la suite d’un accident, son père a été contraint de se retirer et Patrick a choisi d’aider sa mère à diriger Les Colonnes. Il a entrepris de monter la restauration en gamme pour répondre à la demande d’une ville qui se gentrifiait. Grand amateur de vin, il a constitué une cave et mis en place une offre qui lui a valu la Coupe du meilleur pot en 1997. D’autres distinctions suivront, comme le prix Lillet du meilleur bistrot parisien en 2003. Christine, son épouse rencontrée à L’Excalibur, célèbre discothèque d’Espalion, l’a aidé dans cette évolution.
Fille d’agriculteurs aveyronnais, Christine a été élevée par une mère férue des arts de la table. Elle a profité de cet exemple pour développer une cuisine à la hauteur des nouvelles ambitions de ce bistrot. Les Colonnes sont ainsi devenues une table réputée d’Issy. La vente de limonade de l’établissement était alors presque secondaire.
En reprenant le flambeau, Camille, Joe et Julien ont décidé de mettre l’accent sur cette activité qui constituait un net potentiel de progression pour un établissement ouvert de 12 h à 22 h 30, 7 j/7. « Il faut animer l’entreprise tout au long de la journée, explique Julien. « C’est aussi un moyen de toucher une clientèle plus jeune. » L’occasion était d’autant plus belle que depuis quelques années, Les Colonnes disposent d’une terrasse de 70 places très bien située. Ainsi, sans rien sacrifier sur le rapport qualité-prix de l’établissement, les trois associés ont mis en place une offre de bar variée et attractive où le vin joue aussi un grand rôle.