Des extérieurs durables

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Aménager une terrasse écoresponsable n’est pas si simple. Si le sujet est traité en long et en large pour l’intérieur, les CHR ont plus de mal à s’en saisir au moment de réfléchir à leur extérieur. Pourtant, les enjeux sont nombreux. Sécurité, durabilité, praticité mais aussi esthétisme, autant de bénéfices potentiels à verdir un projet de terrasse.

La terrasse du Petit Plisson aux Tuileries.
La terrasse du Petit Plisson aux Tuileries. Crédit : DR.

Les extérieurs seraient-ils les grands oubliés de l’écoresponsabilité ? L’interdiction des chauffages en terrasses et le débat brûlant qu’elle a suscité le laissent penser. En parallèle, l’offre limitée de solutions qui favorisent un aménagement plus durable va dans le même sens. « On voit encore très peu de solutions innovantes pour le mobilier outdoor », concède Eliot Hyvert, responsable commercial CHR de Belveo, un fabricant de parasols. Côté matériaux, le naturel a le vent en poupe, à l’instar du bois et du métal. Le fabricant de mobilier Vlaemynck a notamment fait de l’usage du teck massif, naturellement imputrescible, l’une de ses marques de fabrique. Mais certains acteurs du CHR ont également décidé de prendre la question à bras-le-corps. Le groupe MOB Hotels, par exemple, a décidé de bâtir le projet de chacun de ses établissements autour de l’extérieur. « Au MOB Hotel des Puces de Saint-Ouen, le bâtiment a été construit en U autour du jardin. C’est vraiment l’aspect central du projet, déclare Camille Lopez, chargée de la communication du groupe. Pour le mobilier, nous avons fait le choix de la durabilité en optant pour une marque réputée pour la robustesse de ses produits. De la même manière, au MOB House tout proche, tout tourne autour du réemploi et de meubles traités comme les coques de bateaux. Et pour notre prochain projet, à Cannes, nous faisons en sorte de sourcer le maximum de matériaux localement. »

Le choix du revêtement de sol 

Mais les matériaux alternatifs, issus du recyclage ou plus innovants, peinent à se faire une place. « On essaye de pousser les écomatériaux. Pour autant, les restaurateurs qui s’y intéressent ne veulent pas s’affranchir de l’esthétique. Pour le moment, ils doivent encore trop souvent faire le choix de l’un ou de l’autre », constate Nicolas Brutin, dirigeant de Module Carré, une entreprise spécialisée dans les revêtements de sols. Le marché du recyclé pour ce type de produits souffre pour le moment du manque de diversité des matériaux disponibles, notamment du point de vue des coloris. Les fabricants valorisent généralement les déchets de l’industrie pré- et postproduction, des matériaux bruts généralement non teintés. Le bois se pose en solution de remplacement pour les sols, mais avec très peu de flexibilité et un entretien contraignant. Module Carré a mis au point, il y a deux ans, un système de dalles triangulaires, qui doit répondre à un triple enjeu : durabilité, esthétique et praticité. Celles-ci sont fabriquées dans du polypropylène recyclé de 18 mm d’épaisseur, beaucoup plus rigide et résistant que le PVC. « Ce choix nous impose une certaine constance dans le choix des matières premières, donc nous n’utilisons que des déchets de l’industrie, pas des déchets de consommation. La filière de recyclage manque encore de structuration, c’est donc un vrai défi pour nous de développer la gamme de coloris », ajoute-t-il. Les triangles s’emboîtent les uns dans les autres comme un puzzle et permettent de dessiner des motifs très variés. Ils s’installent sur n’importe quelle surface plane et stable, évitant ainsi d’engager des travaux pour créer une chape ou détruire l’existant qui générerait des déchets. Selon Nicolas Brutin, plusieurs aspects sont à prendre en compte avant de choisir un revêtement pour une terrasse. Le matériau en lui-même, mais aussi la méthode d’installation, si elle nécessite de la colle ou de la chimie pour la pose ou si elle va générer de la poussière. « Nous avons travaillé la matière pour qu’elle reste souple sur les emboîtements. De cette manière, on peut garantir une vingtaine de poses/démontages sans qu’ils s’altèrent. Cela autorise un restaurateur à changer son motif d’une année sur l’autre, à déplacer sa terrasse. Le potentiel est donc aussi très important pour l’événementiel », détaille-t-il. Le produit tiendrait facilement 20 à 30 ans d’après l’entreprise, « en tenant compte des montages et démontages réguliers ». Une dalle cassée peut, par ailleurs, être changée indépendamment du reste de la terrasse.

Contre vents et tempêtes 

Le parasol constitue également un point critique de l’équipement de la terrasse. « Certains restaurateurs changent leurs parasols jusqu’à deux fois par saison, rapporte Eliot Hyvert de chez Belveo. C’est beaucoup de matériaux qui partent à la poubelle, juste à cause d’une exposition importante aux coups de vent. » La problématique est telle que cette entreprise a déposé un brevet pour un système qui s’adapte aux rafales de forte intensité. « Au lieu d’avoir des baleines classiques, on en a créé des doubles. Celles du dessus sont en fibre de verre. Quand elles ne sont pas sollicitées, elles restent bien droites, mais quand il y a un coup de vent, elles s’assouplissent pour éviter au parasol de casser ou de s’envoler. » La toile est fixée sur cette partie souple de la baleine, une seconde structure renforcée vient en écho pour tenir l’ensemble. Pour allonger encore un peu plus son cycle de vie, ce parasol se veut totalement réparable. La toile est aussi interchangeable grâce à un système de zip. « C’est intéressant lorsqu’elle est abîmée bien sûr, mais aussi pour ceux qui souhaitent changer de couleur d’une saison à l’autre ou bien la faire floquer. Il y a aussi un avantage pour le stockage l’hiver. La toile peut être retirée et gardée à l’intérieur à l’abri de l’humidité », ajoute-t-il. Au-delà de l’aspect économique que peut représenter le remplacement des parasols, Belveo estime aussi apporter de la sérénité en limitant le risque d’accidents : « Certains professionnels ont fini par se détourner des parasols par crainte. Mais leur seule alternative, c’était de se lancer dans des installations de pergolas parfois assez coûteuses. »

Éclairage malin 

À l’heure des économies d’énergie, la question de l’éclairage extérieur implique aussi de penser écoresponsabilité. Cela englobe par ailleurs différentes problématiques, lorsqu’il est impossible d’installer une source lumineuse permanente, par exemple. « Le marché des luminaires nomades s’est développé depuis une quinzaine d’années. Pour autant, nous avons voulu proposer une alternative plus qualitative à différents points de vue. Mais aussi, un luminaire qui éclaire vraiment, pas une simple lumière d’ambiance », justifie Hilda Ponge, dirigeante de Paranocta. Cette entreprise développe depuis 2016 un luminaire autonome et écoconçu. À la fois lampadaire, lampe de table ou à suspendre selon l’usage, l’objet permet d’éclairer à pleine puissance jusqu’à 30 m2, voire 100 m2 pour une lumière plus discrète. Et ce n’importe où. Un positionnement sur lequel Fermob entend aussi capitaliser. Le concepteur de la lampe Balad déploie également un lampadaire cette année, décliné de sa lampe Mooon ! La connectivité de ces solutions, via Bluetooth, est de plus un atout pour moduler et gérer l’éclairage. « On l’a fait très robuste pour résister aux manutentions du CHR. On a beaucoup travaillé sur l’étanchéité également pour qu’il puisse résister à des niveaux d’hygrométrie très élevés, notamment en bord de mer », précise Hilda Ponge. L’entreprise tient à une fabrication majoritairement française pour garantir la réparabilité des lampadaires : « Un luminaire à Led, généralement, quand il casse, on le jette. Pour éviter ça, nous avons beaucoup travaillé sur la longévité de la Led. À la fois dans le choix du matériel de base en optant pour une Cree, la plus performante du marché. La conception du luminaire favorise aussi l’évacuation de la chaleur résiduelle, et donc sa longévité. La durée de vie de nos produits est donc conditionnée par la batterie. Elle peut supporter 500 à 800 cycles de charge complète, et si besoin, peut être remplacée à terme. » La logique de l’écoresponsabilité, que ce soit pour le choix des produits ou pour leur fabrication, implique donc de questionner leur usage dans le temps. Et de ne pas précipiter ses choix d’aménagement.

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