Design intérieur : minimalisme ou maximalisme, comment choisir ?

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Se démarquer dans un milieu saturé serait-il une mission impossible ? Le design est un élément clé pour le faire en restauration. Entre minimalisme et maximalisme, le secteur du design est en perpétuellement mouvement, et il n’est pas toujours aisé de suivre les tendances.

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Le restaurant Papilles, designé par Isospace, a un style bohème, doux et lumineux, propice à la déconnexion. Crédit : Isospace

Selon la plateforme française de réservation The Fork, les restaurants à expérience immersive affichent une augmentation de fréquentation de 35 %. Le design serait donc essentiel car il permet de raconter et d’incarner une histoire unique tout en s’adaptant aux nouvelles attentes des consommateurs et aux tendances du moment. « Au-delà de l’esthétique, le design d’un restaurant renvoie à un besoin émotionnel du client, qui influence souvent son choix de manière inconsciente », remarque Eloukou Marie-Pierre Beyela, architecte d’intérieur chez Isospace.

Parmi les tendances qui s’affirment depuis quelque temps dans la restauration, le minimalisme épuré repose sur peu d’éléments, beaucoup d’espace, des couleurs sobres. L’objectif est de faire ressentir une impression de calme, de qualité, de maîtrise, pour une expérience premium destinée à une clientèle urbaine, sensible au design, à une cuisine moderne qui porte des valeurs « healthy ».

Des objectifs différents

À l’opposé, une décoration très maximaliste s’est imposée plus récemment, jouant sur l’abondance visuelle et l’effet « waouh » : couleurs fortes, motifs frappants, accumulation, univers immersif, pour une clientèle plus jeune, en groupe, renvoyant à des concepts street food, fusion, lieu festif… Émotion et mémorisation garanties, viralité sur les réseaux sociaux également. Mais dans un cas comme dans l’autre, si le design n’est pas maîtrisé, on risque l’ennui et la froideur, voire la fatigue visuelle et une impression de bas de gamme. « Que recherche le client à un instant T ?, reprend Eloukou Marie-Pierre Beyela. Un lieu est avant tout conçu pour procurer du bien-être, et il faut garder à l’esprit que chaque jour est différent, tout comme les émotions et l’humeur. Ainsi, un même client peut être attiré par un restaurant minimaliste un jour, puis par un lieu exubérant le lendemain. »

Elle associe le minimalisme à l’art, où le vide prend le dessus pour favoriser un apaisement visuel. Ce style peut ainsi être particulièrement impactant pour réduire la charge mentale et créer une
véritable sensation de détente. À l’inverse, elle qualifie le maximalisme de « riche » et de « dense », pour donner une place à chaque élément. « Il ne s’agit pas de combler l’espace, mais d’attribuer du sens à chaque chose, dans une certaine maîtrise. Ce style peut être particulièrement impactant en réduisant le sentiment de solitude et en créant une sensation de présence », ajoute l’experte.

Savoir faire un pas de côté

Pour l’Agence-S, créer une expérience immersive ne peut se faire qu’à partir d’un positionnement et d’un fil narratif : mettre en scène l’histoire et les valeurs du lieu à travers le design, l’identité visuelle et l’expérience sensorielle ; transformer sans tout reconstruire : retravailler la décoration, la signalétique et le stylisme sans toucher à l’architecture intérieure. « Ce qui permet de faire évoluer son concept à moindre coût et rapidement mais aussi d’aligner design, storytelling et gastronomie pour une expérience cohérente, explique Simon Rodriguez, un des deux fondateurs de l’Agence-S, petite soeur de Saguez & Partners, qui a designé le restaurant Yaya. Le design de lieu doit émettre des codes qui seront des signaux pour les consommateurs et qui doivent être cohérents avec le type de cuisine et le positionnement du restaurant. Il n’est pas là pour faire joli mais pour répondre à un usage. »

Selon lui, avant tout choix, il faut connaître son coeur de cible et ses cibles plus éloignées, leur dimension sociale, économique, etc., pour définir un territoire de marque qui se traduira ensuite par la typo, les codes couleur ou encore les illustrations. Isospace partage cette approche : « Nous concevons nos espaces en partant des besoins du client et des usages réels, note Eloukou Marie-Pierre Beyela. Notre priorité est de créer des lieux capables de répondre à la diversité des attentes émotionnelles des utilisateurs. En effet, un restaurant ne se limite pas à un lieu de consommation : c’est un véritable lieu de vie, dont l’impact psychologique et émotionnel est important. »

Penser une expérience

Ainsi, pour le restaurant Papilles : « La pause déjeuner est souvent un moment clé dans la journée, un temps pour s’évader et se ressourcer. Nous avons donc imaginé un cadre qui évoque l’été, avec un style bohème, doux et lumineux, propice à la déconnexion. Ce type d’environnement a un véritable impact : il permet de s’extraire de son quotidien et de voyager, le temps d’un instant. »

Simon Rodriguez évoque, lui, le secteur très dynamique de la street food, qui a su se renouveler pour créer de l’aspérité dans le marché. « Ce dynamisme impose aussi aux autres de se renouveler. Mais ce qui est intéressant, ce n’est pas de suivre les tendances, mais de faire un pas de côté pour rester singulier tout en maintenant une cohérence avec qui on est et ce qu’on veut raconter. Le design doit être pérenne donc, à l’inverse de la communication, il ne doit pas être “tendance”. Le consommateur cherche des expériences singulières. »

Pour Là-Haut, le restaurant brasserie de L’Aquarium La Rochelle, l’Agence-S a choisi de valoriser un positionnement entre terre et ciel à travers son identité visuelle : s’élever au-dessus des océans, traverser les mangroves et atteindre la cime des arbres. « Quatre objectifs permettaient d’incarner la marque : d’abord, valoriser l’originalité du lieu et l’inventivité de la cuisine, puis tisser du lien avec le parti pris architectural imposant un parcours du bleu au vert, conserver un air de famille dans les codes avec l’Aquarium et, enfin, mettre en lumière les engagements forts de l’entreprise sur une cuisine responsable. L’ensemble traduit un univers graphique souriant, bavard et premium », détaille Simon Rodriguez.

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