Énergies : pour moins payer, faites jouer la concurrence

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Les tarifs réglementés de vente pour l’électricité et le gaz ont pris fin pour les professionnels employant moins de 10 salariés. C’est le moment de se pencher sur ses factures et trouver une offre de marché adaptée au mieux à ses besoins énergétiques, d’autant plus en cette période de crise sanitaire.

Le clap de fin des tarifs réglementés de vente (TRV) de gaz et d’électricité à destination des professionnels se rapproche à grands pas. Le renouvellement de ce type de contrat n’était déjà plus possible depuis le 20 novembre 2019 pour le gaz et le 1er janvier 2020 pour l’électricité, mais il était encore possible de conserver les contrats en vigueur cette année. Ce n’est plus le cas depuis le 1er décembre 2020 pour le gaz et le 1er janvier 2021 pour l’électricité. Pour cette dernière, la suppression ne concerne toutefois qu’une partie des professionnels : ceux qui emploient 10 personnes au maximum ou dont le chiffre d’affaires, les recettes ou le total de bilan annuel n’exèdent pas 2 millions d’euros doivent souscrire un contrat en offre de marché. En réaction à cette suppression des tarifs encadrés par l’État, le fournisseur Eni et l’Ifop ont réalisé une étude auprès de PME du secteur de l’hôtellerie-restauration 1 dans le but de connaître leur niveau d’information sur leurs contrats énergétiques ainsi que les critères les plus importants dans leur choix de fournisseurs. Sans surprise, les professionnels du secteur se disent très dépendants des énergies dans leurs métiers : 98 % d’entre eux parlent d’une dépendance forte de leur activité. Un pourcentage bien au-dessus de la moyenne tous secteurs confondus (64 %) ou de celui de l’industrie (83 %). De fait, presque la moitié des restaurateurs et hôteliers interrogés (45 %) considèrent que leur facture énergétique représente une charge lourde dans leur budget. Bien que l’énergie leur pèse financièrement, ils sont peu nombreux à se souvenir des conditions de l’offre qu’ils ont souscrite. Aussi, seuls 11 % d’entre eux affirment connaître précisément les termes de leurs contrats de gaz et 13 % pour l’électricité. « Cela se comprend parfaitement : l’énergie n’est pas leur cœur de métier », analyse Yves Charny*. Pour cet ancien directeur adjoint d’un groupe au Réseau de transport d’électricité, filiale d’EDF (RTE), il est plus que jamais important que les professionnels de la restauration « analysent correctement leur contrat » afin de choisir l’offre la plus adaptée à leurs besoins.

Choix des contrats : ne restez pas seul

Les fournisseurs d’électricité et de gaz se sont multipliés au fil des années. Outre les opérateurs historiques – EDF pour l’électricité, Engie pour le gaz ainsi que les quelque 150 entreprises locales de distribution (ELD) -, la France compte aujourd’hui des dizaines de fournisseurs alternatifs : Eni, Plum energie, Enercoop, etc. Il est à noter que les opérateurs historiques proposent, eux aussi, des offres de marché. En effet, il est possible de se fournir en gaz chez EDF ou en électricité chez Engie (ex-GDF Suez). L’énergie peut s’acheter directement chez les fournisseurs ou via des intermédiaires, généralement des courtiers en énergie, qui s’occupent de sélectionner les offres des fournisseurs pour leurs clients.

Ce vaste choix peut donner le tournis, mais plusieurs solutions existent. Les comparateurs en ligne – furets.com ou www.comparateur-offres.energie-info.fr -créé par le Médiateur national de l’énergie, peuvent se révéler être une aide précieuse. Mieux encore, certains comparateurs disposent de branches dédiées aux professionnels afin de mieux cibler et répondre à leurs besoins. C’est le cas de Selectra, un comparateur d’assurances, de téléphonie et de gaz et d’électricité. En novembre 2017, il ouvre un pôle dédié au B to B, qui a accompagné 5 000 professionnels en 2019 et environ 4 000 en 2020. « Cette baisse d’activité est en partie liée à la crise de la Covid en mars-avril », justifie Deborah Leroy, responsable commerciale professionnels, grands comptes et propane chez Selectra. Contrairement aux courtiers en énergie, la prestation de Selectra est gratuite : rien ne vous oblige à souscrire aux propositions d’offres repérées par Selectra. « La plupart des comparateurs n’ont pas de services dédiés aux professionnels : c’est le point fort de notre comparateur », déclare Deborah Leroy. Pour ceux qui n’auraient pas changé de contrat d’électricité ou de gaz avant la fin des TRV, elle explique que leur offre « a automatiquement basculé sur une offre de marché d’EDF ». Une fois les prix de ces nouveaux contrats envoyés, l’absence de réponse vaut pour accord. « Il faut faire très attention à cela car il y a plusieurs professionnels qui ont reçu ces offres avec un engagement sur plusieurs années ! ». Heureusement, une majorité des professionnels – plus de six PME du secteur de l’hôtellerie restauration sur 10 2 – se savait concernée et a eu le réflexe de changer à temps. Cette prise de conscience a entraîné « une explosion de l’activité » au sein de la branche professionnelle de Selectra. Cette migration des professionnels pourrait avoir des conséquences sur le prix des tarifs réglementés qui sont les indicateurs de base du prix des offres de marché. « On ne sait pas comment EDF va réagir après le 1er janvier : le fait que de nouveaux professionnels quittent les TRV risque de faire augmenter les prix mais on n’est sûr de rien », constate la responsable commerciale professionnels de Selectra. Yves Charny, ex-directeur adjoint d’un groupe chez RTE, rappelle néanmoins que la fin des TRV pour les « gros consommateurs » (puissance souscrite supérieure à 36 kVa) en 2016 « n’avait pas eu pour conséquence la flambée des prix ». Dans tous les cas, les offres de marché présentées proposeront des remises par rapport au prix des TRV, généralement garanties sur deux ou trois ans. « C’est le meilleur moment pour se décider : on sait ce qu’on paye et ce qu’on va devoir régler sur les prochaines années », affirme Déborah Leroy.

45 % des restaurateurs et hôteliers considèrent que leur facture énergétique représente une charge lourde dans leur budget.

Le prix ne fait pas tout

En choisissant une nouvelle offre énergétique, les professionnels ont donc la certitude de faire des économies sur le prix du kilowattheure. C’est d’ailleurs le seul point qui peut évoluer sur la facture : « Les prix du transport et de la distribution restent similaires puisqu’ils sont toujours assurés par RTE et Enedis ; seule la partie production peut être vendue à prix libre », rappelle Yves Charny. Certaines périodes sont plus avantageuses que d’autres pour souscrire à une offre de marché « Au printemps et à l’été, il y a moins de demandes et donc un prix plus faible, mais cela dépend du contexte : avec la crise sanitaire, les offres étaient avantageuses toute l’année », souligne Deborah Leroy de Selectra.

Les restaurateurs sont généralement de gros consommateurs d’énergie : selon une étude de 2015, la consommation moyenne d’électricité et de gaz d’un restaurant se répartit ainsi : 34 400 kWh/an pour l’électricité (facture moyenne de 3 300 € HT) et 34 500 kWh/an pour le gaz (facture moyenne de 1 800 € HT) 3. Le prix est, bien évidemment, capital mais il n’est pas le seul critère à entrer en jeu. Pour choisir au mieux, il est primordial d’avoir en tête le détail de sa facture : consommation en été versus en hiver, pendant les heures pleines et pendant les heures creuses.

Autre point capital : la date d’échéance de paiement. Certains fournisseurs, comme EDF, sont relativement souples à ce sujet, quand d’autres vont rapidement menacer de coupure de courant en cas de retard.

Vérifier la durée pour laquelle vous vous engagez vous évitera également de mauvaises surprises : « Certains restaurateurs qui bénéficient actuellement des TRV pensent qu’ils ne sont pas engagés sur la durée : or selon le contrat, les frais de résiliation peuvent être très importants lors-qu’on souhaite changer de fournisseur », alerte Deborah Leroy. Le service client et les services associés à ces contrats doivent également être passés au crible : le prix sera peut-être plus élevé, mais certains dispositifs peuvent aider à mieux cerner et à baisser sa consommation : « Certains contrats comprennent un gestionnaire d’énergie : cet appareil permet de réaliser 15 à 20 % d’économie du coût de l’électricité en kilowattheure », affirme Yves Charny. Les bilans énergétiques peuvent aussi vous aider à réduire la facture : « Les fournisseurs les proposent généralement une à deux fois par an, en faisant un point sur vos habitudes et sur ce que vous pouvez optimiser : pour les restaurateurs ayant une surface importante avec chambres froides et grosses ventilations, c’est très important.

Un conseiller sur ces questions peut être très bénéfique », conseille Deborah Leroy.

Enfin, si vous êtes confronté à un démarcheur qui vient frapper à la porte de votre établissement, pas de précipitation, et ne signez aucun document avant d’avoir étudié l’offre en détail, surtout si le nom du fournisseur vous est inconnu. Il faut se renseigner et regarder les avis qui le concernent, surtout sur le service client :

« C’est encore plus important pour un professionnel : le prix est certes un élément capital, mais s’il y a une différence de cinq centimes entre deux fournisseurs et que le plus élevé est associé à un service client très renommé, cela peut faire la différence », conclut Déborah Leroy de Selectra. 

* Le nom et le prénom ont été modifiés afin de respecter le souhait d’anonymat de l’interviewé.

Notes

1 et 2 Sondage IFOP pour Eni auprès de 802 dirigeants d’entreprises de 10 à 249 salariés, mené par téléphone du 6 au 20 février 2020.

3 Étude Selecta fondée sur les factures annuelles moyennes de 2015.

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