Histoire : Les courageux du Zinc, l’Auvergne à Paris

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La chronique historique de Laurent Bihl, historien (Une histoire populaire des bistrots, Nouveau monde, 2023), pour l’Auvergnat de Paris.

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Les Auvergnats arrivés à Paris ont exercé de nombreux petits métiers avant de devenir des figures incontournables des brasseries. Crédit : Archive / Romane Fraysse

En 1860, voici comment George Sand dépeint les Auvergnats, dans Le Marquis de Villemer : « Je trouve ici une race très caractérisée qui est en harmonie physique avec le sol qui la porte : maigre, sombre, rude, et comme anguleuse dans ses formes et dans ses instincts. » Si l’on en croit Jacques Yonnet dans L’Auvergnat de Paris du 2 février 1963, l’ancien quartier de la Courtille (11e arrondissement) était déjà au XVIIe siècle une « colonie » auvergnate.

Comment expliquer que ces solides gaillards, parmi les premiers arrivés (avant même la Révolution industrielle), furent cantonnés aux tâches les plus ingrates ? La réponse est simple : plus typés que les autres, charriant plus de rusticité et cultivant fièrement leur langue et leur culture paysanne, ils furent parmi les plus détestés de Paris à l’aube du XIXe siècle. Dès lors, ils se firent porteurs d’eau, puis « charbougnats » et vendirent du charbon avant de se rabattre vers la cave à vin, lorsque les boulettes carbonifères passèrent de mode.

Ce qui fonde la réussite de cette communauté spécifique, ce sont ses qualités d’entraide et de solidarité initiant un système de financement officieux interne au groupe. Le second facteur est l’association avec les négociants bourguignons de la Halle aux vins de Jussieu ou des entrepôts de Bercy. C’est alors que surgit une sorte de génie tutélaire, Louis Bonnet, fondateur du journal que le lecteur tient en main. Derrière la fondation de la Ligue Auvergnate, son rôle décisif fut d’arrimer l’univers cabaretier à la Troisième République, dans les années 1880.

Dès lors, les Auvergnats s’installèrent dans la capitale par le bal et la cabrette, rachetèrent une bonne partie des brasseries vendues par la première génération alsacienne de retour au pays, à partir de 1918, et animèrent une part de l’âge d’or littéraire au XXe siècle : Marcellin Caze et la brasserie Lipp, Boubal au Flore, les Mathivat aux Deux Magots et, plus près de nous, Christophe Salabert au Petit Pont.

Parmi les « grandes familles », on pourrait citer les Aurejac de la rue Delambre, les Sarrazin de la rue Campagne-Première (Yonnet) et aujourd’hui les Vidal du Sully, près de l’Arsenal. « La croissance quantitative de la capitale allait beaucoup plus vite que son équipement ; ces bricolages auvergnats, à la charnière du prolétariat sans qualification voire du sous-prolétariat et du petit commerce ont donc à la fois accompagné la formation du tissu parisien au XIXe siècle et façonné la tradition auvergnate », selon Maurice Agulhon (recension du livre de Françoise Raison-Jourde, « La colonie auvergnate de Paris au XIXe siècle »). Laurent Bihl

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