Design d’intérieur : les grandes tendances pour 2026

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En 2026, le design en restauration délaisse les effets de mode pour affirmer des identités visuelles fortes, sensorielles et profondément incarnées. Au cœur du CHR fait le point avec deux architectes d’intérieur sur les grandes orientations qui séduiront les clients dans les mois à venir.

design 2026
Les restaurants s’éloignent du minimalisme pour adopter des espaces plus enveloppants, riches en textures, volumes et matériaux authentiques. Crédit : Glenov Brankovic / Unsplash

Dans un marché plus concurrentiel que jamais, le design intérieur des restaurants devient un levier d’attractivité incontournable, capable de transformer une simple visite en véritable expérience. C’est pourquoi il est important de connaître les évolutions esthétiques et fonctionnelles qui façonneront les établissements les plus attractifs en 2026.

Pour Paul Levaillant, fondateur du Studio Carré et membre du collectif Créateurs d’intérieur, la rupture est nette : « On s’éloigne du blanc et du bois clair, pour aller vers quelque chose de plus étoffé. » Après une décennie dominée par le minimalisme, les restaurants misent désormais sur des espaces plus enveloppants, où les textures, les volumes et la profondeur créent immédiatement une atmosphère. Pour lui, les teintes foncées – marron, ocres, rouge brun – reviennent en force. « Je ne crois pas à une couleur de l’année, mais les nuances sépia sont de retour, parce qu’elles produisent de la chaleur et une patine immédiate », explique-t-il.

De son côté, Michael Malapert, fondateur de Maison Malapert – Architecture d’intérieur, va plus loin. Pour lui, ce ne sont plus les couleurs qui structurent un restaurant, mais la lumière. « Aujourd’hui, c’est l’éclairage qui donne l’atmosphère, affirme-t-il. Le soir, les espaces s’embrasent de teintes ambrées, orangées, presque théâtrales, tandis que le midi demande une lumière plus douce et fonctionnelle. » Pour ce faire, la technique devient un levier stratégique : deux circuits lumineux distincts permettent d’opérer une véritable métamorphose entre deux services. « On crée deux restaurants en un », résume-t-il.

Assumer son identité

Paul Levaillant note, quant à lui, que ce sont surtout les coffee-shops qui dictent le tempo créatif. « Les coffee-shops osent davantage, ils cherchent à être frais, nouveaux, étonnants », observe-t-il. Une réalité en partie expliquée par des investissements de lancement plus faibles, qui leur permettent d’expérimenter matières, couleurs, typographies et concepts visuels audacieux. Ils deviennent ainsi la vitrine de microtendances comme l’inox satiné, les carrelages graphiques ou encore les banquettes colorées. Côté matériaux, 2026 marque le retour inattendu d’un ancien quelque peu oublié : l’inox. « On en a eu assez du laiton. L’inox revient, mais dans des usages décalés », note Michael Malapert.

Utilisé pour revisiter des formes Art Déco ou des luminaires graphiques, il injecte une modernité brute et brillante qui contraste avec les bois foncés et les tissus texturés. L’authenticité retrouve également sa place avec le recours à la pierre, au bois massif ou encore aux fibres naturelles. De cette façon, les restaurants jouent la carte de la matière vraie.

De plus, les textiles à gros motifs gagnent du terrain, assumés comme un geste décoratif fort. « Ce qui se démarque vraiment donne une personnalité au lieu », souligne l’architecte. Et, dans un monde saturé d’images issues des réseaux sociaux Pinterest et Instagram, les tendances se fragmentent en microcourants instantanés. Pour Michael Malapert, « il n’y a plus trois grandes tendances, il y en a cinquante ». L’enjeu pour les designers est donc de filtrer, clarifier, trier. Cette discipline est essentielle pour construire des lieux lisibles, porte-voix d’un concept solide. D’autre part, les deux experts convergent sur un point : un restaurant ne se décore pas pour trois ans, mais pour 20. Les éléments structurels doivent rester intemporels. « Le dur — sols, murs, électricité — doit pouvoir durer. On peut faire la différence sur le reste », illustre Michael Malapert.

Paul Levaillant appelle, quant à lui, à créer une impression d’ancienneté dès l’ouverture : « L’idéal, c’est qu’on ait l’impression que le restaurant a déjà une histoire. » Une manière subtile d’éviter l’effet « trop neuf », souvent froid, et de tisser immédiatement un rapport émotionnel avec la clientèle.

La salle devient scène

Enfin, 2026 verra la disparition définitive des restaurants silencieux et figés. Finalisation des plats en salle, gestes spectaculaires, dressages théâtralisés… Toutes ces actions participent à la mémorabilité du lieu. « On crée une chorégraphie qui fait partie de l’expérience, et qui marque le client », lance Michael Malapert. Cette approche immersive transforme l’architecture en écrin sensoriel. Lumière, acoustique, textures et mouvements du personnel doivent dialoguer pour créer une ambiance cohérente. Paul Levaillant tient toutefois à rappeler qu’un bon design ne se mesure pas à sa fidélité aux tendances, mais à la cohérence de son concept : « Si j’avais un conseil : être ambitieux et y aller à fond. »

Du Bouillon Pigalle à Big Mamma, le succès repose sur une identité claire, fortement assumée, et sur la capacité du lieu à traduire une promesse « On traduit une volonté, sans imposer un style », précise-t-il. Le restaurateur doit définir son positionnement, sa clientèle et son intention. Le design vient ensuite, en écho. Cette année sera celle d’espaces qui racontent une histoire cohérente, portés par une lumière travaillée, des matériaux nobles et un concept affirmé. Les restaurants devront avant tout connaître leur identité pour créer un lieu durable et mémorable.

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