Dégradations : le SDI adresse une lettre à Sébastien Lecornu

  • Temps de lecture : 5 min

Le SDI demande au gouvernement de renforcer le soutien aux commerçants et artisans touchés par les dégradations des 17 et 18 octobre.

Le Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI) a adressé, le 22 octobre 2026, un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi qu'aux ministres Serge Papin et Roland Lescure, concernant les mesures de soutien et d'indemnisation des commerçants et artisans victimes des pillages des 17 et 18 octobre. Crédit : Alice Mariette / Au coeur du CHR
Le Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI) a adressé, le 22 octobre 2026, un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi qu'aux ministres Serge Papin et Roland Lescure, concernant les mesures de soutien et d'indemnisation des commerçants et artisans victimes des pillages des 17 et 18 octobre. Crédit : Alice Mariette / Au coeur du CHR

Le Syndicat des Indépendants et des TPE a adressé le 22 octobre 2026 un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu ainsi qu’aux ministres Serge Papin et Roland Lescure. Le SDI y demande de compléter les mesures annoncées le 20 octobre pour les commerçants et artisans victimes des pillages des 17 et 18 octobre.

L’organisation juge que le prêt à taux zéro de Bpifrance répond à l’urgence, mais « demeure toutefois une dette à rembourser ». Elle demande la publication rapide des critères, plafonds et dates de versement du fonds de soutien, ainsi que des avances pour financer la reprise. Elle veut aussi un interlocuteur départemental pour coordonner les démarches auprès des assureurs, des banques et des administrations.

Par ailleurs, le SDI réclame « l’annulation des charges selon la perte de chiffre d’affaires », pour les charges patronales et les charges personnelles du dirigeant en entreprise individuelle. Enfin, il demande des instructions nationales sur les démarches relevant de l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.

Selon son baromètre du troisième trimestre, 61% des 1.378 dirigeants interrogés constataient une baisse de chiffre d’affaires et 66% une baisse de trésorerie.

Lettre adressée à Matignon

Matignon
A l’attention de Sébastien LECORNU
57 rue Varenne
75007 Paris

Objet : Soutien aux commerçants et artisans victimes des émeutes des 17 et 18 octobre 2026
Nice, le 22 octobre 2026

Monsieur le Premier ministre,
Les commerçants dont les établissements ont été pillés ou dégradés doivent aujourd’hui financer leur remise en état, remplacer leurs stocks et régler leurs échéances, alors même qu’ils ignorent encore quand ils pourront rouvrir et quelle part de leurs pertes sera effectivement indemnisée.
Au nom des indépendants et dirigeants de TPE concernés, le SDI vous demande une réponse qui leur permette de reprendre leur activité sans porter durablement le coût de ces violences.
Nous prenons acte des mesures annoncées le 20 octobre, notamment en matière d’activité partielle, de trésorerie et de soutien aux petites entreprises. Mais leur efficacité dépendra des sommes réellement versées, de leur calendrier et de la prise en charge des préjudices qui resteront sans couverture.
Le prêt à taux zéro de Bpifrance peut répondre à une urgence de paiement. Il demeure toutefois une dette à rembourser. Comment demander à un commerçant de déterminer son besoin d’emprunt sans connaître le montant de son indemnisation, ses délais de versement et la durée de fermeture de son établissement ? Si une partie de ses pertes n’est finalement pas couverte, il devra rembourser sur une activité déjà amputée.

L’expérience des crises précédentes devrait nous conduire à éviter ce transfert du risque financier vers les entreprises victimes.
Ces violences frappent un tissu économique dont les capacités de résistance étaient déjà fortement réduites. Notre baromètre du troisième trimestre, réalisé auprès de 1 378 dirigeants avant les événements, montre que 61 % des répondants constataient une baisse de leur chiffre d’affaires et 66 % une diminution de leur trésorerie. Pour 42 %, les réserves disponibles ne permettraient pas de tenir au-delà de trois mois à activité inchangée. Une fermeture subie réduit encore cet horizon.
Le SDI avait également alerté sur la dégradation de la sécurité quotidienne. Dans notre enquête de février 2026 auprès de 790 dirigeants, 44 % signalaient une détérioration de leurs conditions de sécurité au travail et 60 % avaient été témoins d’incivilités. Cette alerte concernait déjà la possibilité d’exercer normalement son activité, d’accueillir ses clients et de protéger ses salariés.
Nous vous demandons donc de compléter les mesures annoncées par des engagements précis.

Premièrement, rendre immédiatement opérationnelle la compensation des pertes.
Les critères, plafonds et dates de versement du fonds de soutien doivent être publiés sans délai. Des avances doivent permettre de financer la reprise sans attendre le règlement définitif des dossiers. L’objectif doit être de couvrir les préjudices économiques justifiés, après déduction des indemnisations déjà reçues, y compris lorsque les garanties contractuelles ne couvrent pas les pertes d’exploitation.
Deuxièmement, donner à chaque sinistré une visibilité sur son indemnisation.
Un interlocuteur départemental doit coordonner les démarches auprès des assureurs, des banques et des administrations, suivre les acomptes annoncés et identifier les restes à charge. Le montant d’une avance de trésorerie ne peut être décidé indépendamment de cette évaluation.
Troisièmement, prévoir l’annulation des charges selon la perte de chiffre d’affaires.
Les charges patronales pour les employeurs ainsi que les charges personnelles du dirigeant en entreprise individuelle.
Leur simple report accumule des échéances qui devront être réglées au moment même où l’entreprise tentera de reconstituer son activité. Les indépendants sans salarié doivent également bénéficier d’un soutien adapté à leur perte de revenu.

Quatrièmement, faciliter l’examen des demandes relevant de la responsabilité de l’État.
Nous demandons des instructions nationales pour accompagner les sinistrés dans les démarches fondées sur l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, lorsque ses conditions sont réunies. Les entreprises doivent connaître les pièces attendues, les interlocuteurs compétents et les délais de traitement.
Enfin, la réparation doit s’accompagner d’une protection effective lors des prochaines mobilisations : contacts opérationnels identifiés, information préalable des professionnels et sécurisation des secteurs exposés. Fermer préventivement son commerce ne peut devenir une obligation récurrente dont l’entrepreneur assume seul le coût.
Nous sollicitons une réunion de travail rapide avec les services concernés, assortie d’un calendrier de mise en œuvre et d’un suivi des versements.
À l’approche des fêtes de fin d’année, les commerçants ont besoin de savoir ce qui sera pris en charge, à quelle date et dans quelles conditions. C’est sur ces engagements concrets qu’ils pourront décider de rouvrir, de commander leurs stocks et de poursuivre leur activité.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.

Marc Sanchez
Secrétaire général du Syndicat des Indépendants et des TPE

PARTAGER