Violences urbaines « J’en suis à 15 000 € de pertes sèches »

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Avec la mise en place des couvre-feu, les restaurateurs se trouvent confrontés à une situation économique difficilement tenable.

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Place de la République, la majorité des magasins ont été saccagé. Les restaurants ont, en majorité, été épargnés. Ils poursuivent leur activité mais la fréquentation a chuté de plus de 50 %. Crédit : Laura Duret

Après un week-end sous tension et des soirées impactées par le couvre-feu partiel mis en place dans plusieurs villes, les restaurateurs rapportent une situation économique catastrophique.

« La fréquentation a baissé de 60 % depuis samedi, raconte Stéphane H., gérant d’un café de la rue Saint-Denis, près du Forum des Halles, à Paris. J’en suis à environ 40 % de chiffre d’affaires en moins, ça représente à peu près 1.500 € de perte par jour. On nous propose de décaler le paiement des charges, mais c’est reculer pour mieux sauter. C’est comme les PGE, il faudra bien les payer, mais le CA on ne le rattrapera pas. »

Dans le quartier des Halles, mais aussi dans celui de la place de la République, tous les établissements que nous avons interrogé ont vu la fréquentation dégringoler les derniers jours. De moitié, la plupart du temps, parfois bien plus. « Sur la partie bar, on n’a presque plus aucuns clients, on est à -80 %, -90 %. D’habitude, c’est assez animé après 17h. Hier en soirée, c’était extrêmement calme », constate Pascale*, employée au Wafu Bar.

Les difficultés s’accumulent

Un contexte particulièrement préoccupant puisque ces pertes viennent s’ajouter à des difficultés économiques déjà criantes pour bon nombre d’établissements. La plupart des professionnels que nous avons rencontrés sont désabusés. « On ne peut plus travailler, ce n’est plus possible » réagit le gérant du Central Sébastopol, à quelques pas de la Porte Saint-Martin. Son établissement a été pris pour cible le 17 octobre. Des impacts lézardes toujours la verrière. Pour autant, il a rouvert dès que possible. Deux portes plus loin, le McDonald’s a été lui entièrement mis à sac et se trouve désormais muré derrière des palissades de bois.

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Le restaurant McDonald's situé à Strasbourg-Saint-Denis (Paris 10e), a été saccagé. Crédit : Laura Duret

Place de La République, où la plupart des magasins ont été pillés, les restaurants ont presque miraculeusement échappé à la vague. Quelques dégâts mineurs sont visibles, mais les établissements poursuivent leur activité tant bien que mal, malgré les couvre-feu et la place désertée. C’est pourquoi le GHR appelle les pouvoirs publics à soutenir l’ensemble des établissements touchés, « y compris ceux qui subissent des pertes d’activité sans avoir été directement dégradés ».

Car c’est bien là le drame des commerces de l’hôtellerie-restauration. « On est touchés indirectement, mais on subit de plein fouet, souligne Jérôme, patron du restaurant Pierrot, rue Etienne Marcel. Depuis le début du mouvement lycéen, il estime avoir perdu 2.000 € par jour. Le chômage partiel, cela ne changera pas grand chose. On peut ouvrir, il n’y a pas le feu chez nous. Mais les clients ne viennent pas. En même temps, qui voudrait aller au restaurant dans un quartier concerné par un couvre-feu ?! » Face à ce constat, les représentants des CHR se sont mobilisés dès le week-end dernier, à l’instar de l’Umih et du GHR, qui pilotent l’accompagnement des restaurateurs impactés. Le Ministère du Travail explique sur son site Internet les conditions pour solliciter le chômage partiel.

Arnaud*, gérant d’un établissement face au Forum des Halles, est du même avis. « Mes serveurs sont payés au pourcentage. Le chômage partiel n’en tient pas du tout compte. Il devrait plutôt se baser sur le revenu global de l’avis d’imposition, plutôt que sur la fiche de paie. L’État nous a demandé de déclarer nos pourboires, qu’il aille au bout de la démarche. »

Des effets sur les réservations

Les premiers chiffres, transmis par le GHR, font état d’une baisses des réservations hôtelières de 47% depuis le 18 octobre. Par ailleurs, 27 % des séjours prévus entre le 19 et le 25 octobre ont été annulés. Cette période de vacances de la Toussaint représente pourtant habituellement un pic d’activité important. « Cette semaine devait être une des meilleures de l’automne..., regrette un restaurateur de la place de la République. Au lieu de cela, j’ai perdu 15.000 € de CA sur samedi et dimanche, comment voulez-vous que je rattrape ça ? Et j’ai dû annuler une embauche en CDI que j’étais sur le point de signer. »

Le Gouvernement a annoncé des aides pour les entreprises touchées par les dégradations et les pillages. La plateforme de demandes doit ouvrir dans les prochains jours. Le montant du fonds de soutien annoncé par le Premier Ministre n’a également pas encore été annoncé.

* Le prénom a été modifié à la demande de la personne interviewée

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