La Loi Duplomb adoptée à l’Assemblée

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Adoptée malgré les critiques, la loi Duplomb autorise le retour encadré de certains insecticides. L’UNAF dénonce un recul pour la biodiversité et promet une riposte.

Pour garantir la pureté des récoltes, les apiculteurs sont très rigoureux sur le placement des ruches en forêt. Crédit photo : Dennys Vinson
Pour garantir la pureté des récoltes, les apiculteurs sont très rigoureux sur le placement des ruches en forêt. Crédit photo : Dennys Vinson

Le mardi 8 juillet 2025, l’Assemblée nationale a adopté en lecture définitive la proposition de loi portée par le sénateur Laurent Duplomb (LR), visant à « lever les contraintes pesant sur les agriculteurs ». Voté par 316 députés contre 223, avec 25 abstentions, le texte a reçu le soutien des groupes LR, RN et d’une partie de la majorité présidentielle. Adoptée malgré les critiques, la loi Duplomb prévoit la réintroduction encadrée d’insecticides bannis, dont l’acétamipride. L’Union nationale de l’apiculture française dénonce un recul environnemental majeur et promet une riposte juridique.

Parmi les points les plus controversés de cette Loi Duplomb figure la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, jusque-là interdit. Le gouvernement et ses soutiens soulignent que l’usage de ces substances restera encadré et conditionné à des situations spécifiques, au nom de la sauvegarde d’une agriculture « à bout de souffle ». La ministre de l’Agriculture Annie Genevard assure que « sept des huit articles ont été élaborés en concertation avec le ministère de la Transition écologique » et que le texte « ne constitue pas un recul environnemental ». Mais cette position est loin de faire l’unanimité.

L’UNAF dénonce un « retour en arrière historique »

L’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) a réagi avec force, dénonçant « une insulte à l’apiculture française » et « un abandon délibéré de la biodiversité ». Dans un communiqué publié peu après le vote, son président Christian Pons accuse la majorité et ses alliés d’avoir « cédé aux pressions de l’agrochimie et de la FNSEA », au détriment des pollinisateurs et de la santé publique.

L’organisation alerte en particulier sur les conséquences systémiques des néonicotinoïdes, même sous dérogation : contamination du nectar, du pollen, des fleurs sauvages et des arbres environnants, intoxication indirecte par les eaux… Selon l’UNAF, plus de 500 000 hectares pourraient être concernés par ces traitements, au-delà du seul cas de la filière noisette à l’origine des premières demandes de dérogation. Le syndicat fustige également le rôle du gouvernement, pointant « le silence du Président de la République » et « une rupture nette avec les engagements environnementaux de la France ».

Des recours à venir

Depuis l’été 2024, apiculteurs, médecins, scientifiques et ONG environnementales se sont mobilisés pour dénoncer le contenu du projet de loi. Manifestations, campagnes de sensibilisation, interpellation de parlementaires : l’UNAF rappelle qu’elle a participé à toutes les étapes de cette mobilisation, restée sans effet sur le vote final. Face à ce qu’elle considère comme un recul historique, l’organisation entend désormais explorer la voie juridique. Elle soutiendra tout recours devant le Conseil constitutionnel et les juridictions administratives contre les décrets d’application ou les autorisations spécifiques qui découleraient de la loi. « Nous ne laisserons pas cette loi s’appliquer sans combat », a déclaré Christian Pons.

Entre rationalisation agricole et fracture écologique

Alors que certains agriculteurs saluent une réponse aux lourdeurs normatives et à la crise de leur secteur, les opposants à la loi Duplomb y voient une rupture de plus avec les objectifs de transition écologique et de santé publique. La réintroduction de substances controversées comme l’acétamipride place l’agriculture française à la croisée des chemins : entre volonté de relance économique et exigence environnementale.

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