Au cœur de la campagne : à Strasbourg, Jeanne Barseghian mise sur la proximité à tous niveaux

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Jeanne Barseghian, maire sortante de Strasbourg, conduit cette fois une liste d’union de la gauche pour espérer conserver son siège. Elle s’appuie sur un bilan « d’action et de réparation » et veut désormais décliner plus finement ses idées, notamment à mettant la proximité dans les projets et les débats.

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Jeanne Barseghian, maire sortante de Strasbourg, poursuit sur sa lancée. Crédit : campagne de Jeanne Barseghian

Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ?

Le développement des terrasses accompagne la forte dynamique des CHR dans notre ville. Elles apportent une belle animation mais également de nouvelles contraintes de régulation de l’occupation et d’organisation des usages. Les évolutions apportées au cours du mandat ont permis de clarifier nettement cet usage de l’espace public par les terrasses. Nous tenons à un maintenir un esprit de responsabilisation réciproque, de bonne gestion et d’équité de traitement. Cette méthode a permis des avancées notables et des progrès en réduisant les conflits d’usages, en sécurisant les cheminements, tout en répondant à la demande.

Après cette phase de clarification et de mise à jour tarifaire réalisées durant le mandat, nous souhaitons stabiliser le dispositif. Plusieurs sujets tels que les tarifs d’occupation, les attentes de la profession, notamment en matière de saisonnalité et de zones, pourront être discutés dans une logique de préservation fonctionnelle, de cohérence et de continuité. Nous souhaitons poursuivre le travail engagé au sein de la commission municipale de l’occupation du domaine public. L’objectifs est d’étoffer le règlement des usages du domaine public sur les volets étalage, chantier et travaux, accès au plateau piétonnier, notamment. Nous sommes ouverts, en début de mandat, à évaluer le fonctionnement de cette commission en lien avec les professionnels et les autres parties prenantes.

Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers /rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?

La dynamique de notre centre-ville s’appuie sur une très grande diversité d’atouts, d’activités et d’offres. Sa particularité est une concentration sur un périmètre dense et traversable en quelques dizaines de minutes à pied. Au cours du mandat écoulé, nous avons souhaité améliorer le fonctionnement de ce “centre-ville élargi” à travers plusieurs projets ambitieux. Cela comprend la requalification du quartier Halles, des abords de la Manufacture des tabacs en passant par le ring vélo. Aujourd’hui, le taux de vacance du centre-ville de Strasbourg est le plus faible de France, en baisse à 5,3%. Et les chiffres de fréquentation sont en hausse ces dernières années.

Pour autant, de nombreuses mutations sont en cours et se poursuivent. Elles sont accélérées par les crises du pouvoir (et vouloir) d’achat, la croissance constante de la vente en ligne, les changements dans les habitudes. Le secteur de la restauration continue à progresser légèrement tandis que les grandes enseignes (de prêt-à-porter notamment) reculent. Cela suppose une vigilance et une capacité d’intervention sur la diversité commerciale. Nous souhaitons la piloter à travers les outils mis en place durant ce mandat. Et notamment le droit de préemption commercial et l’observatoire du commerce. De nouveaux dispositifs réglementaires, ainsi que l’expérimentation d’un encadrement des loyers commerciaux verront le jour.

A l’avenir, nous souhaitons également poursuivre les améliorations apportées à l’accessibilité multimodale du cœur de la métropole. Cela inclut les transports publics, parkings relais et en ouvrage, les infrastructures cyclables, et le plan piétonnier. Il sera aussi nécessaire de requalifier des espaces publics. Parmi ceux-ci figure notamment le projet de rénovation du secteur de l’Homme de fer, depuis la rue du Noyer jusqu’aux rues alentours. L’objectif est d’améliorer la gestion des flux toujours croissants, les aménités urbaines ainsi que le cadre de vie de ces espaces particulièrement commerçants.

Le maintien ou le développement des offres de commerces de proximité, diversifiés et de qualité, est essentiel pour la vie dans tous les quartiers. Nous renforcerons les actions menées par Locusem et les bailleurs sociaux. Tout comme l’aide à l’investissement et le droit de préemption commercial déployés sous le mandat. Cela permettra d’accompagner l’implantation de commerces de proximité, cafés et marchés, qui font vivre les quartiers.

Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure.

Nous privilégierons la réalisation d’économies sur l’existant et la recherche de nouvelles recettes à l’échelle nationale et européenne. En matière de fiscalité, nous privilégierons la stabilité et minimiserons le recours à des évolutions fiscales ou tarifaires. Le cas échéant nous donnerons à l’écosystème économique une visibilité en amont, afin de permettre une anticipation maximale et de limiter les impacts pour l’activité. La redevance de l’occupation du domaine public a été réévaluée pendant le mandat qui s’achève. Le montant des redevances sera indexé sur l’inflation, en gardant les mêmes dispositions actuelles. À savoir la progressivité du droit de place pour les terrasses au-delà de 25m² . Aujourd’hui, 75% des terrasses font moins de 25m².

La taxe de séjour relève d’une décision à l’échelle de l’Eurométropole. Elle est essentielle pour financer les actions en faveur de l’accueil des touristes et la promotion de la destination. Son montant n’a pas d’effet dissuasif sur les visiteurs, elle n’est pas un critère de choix de la destination. Elle n’impacte ainsi pas les professionnels locaux. Aussi, à l’instar du mandat écoulé, nous demanderons à l’Eurométropole de la maintenir au plus haut niveau. Cela permettra d’optimiser les retombées, assurer la qualité d’accueil et développer les actions de STLC. En effet, sa dimension n’a pas encore rattrapé celle d’agglomérations françaises ou rhénanes équivalentes.

Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?

Les chiffres de la délinquance montrent un léger recul des actes de délinquance au cours des dernières années. En revanche certain·es Strasbourgeois·es, usagers et acteurs du centre-ville font état d’un sentiment d’insécurité, qu’il s’agit d’endiguer. Pour ce faire, nous continuerons le renforcement des effectifs de la police municipale. Nous avons déjà recruté 30 agents durant ce mandat. Nous renforcerons aussi l’éco-brigade et les équipes de médiation, afin de lutter efficacement contre les incivilités.

Aux côtés de la brigade de police cycliste, nous développerons une brigade pédestre. Elle aura la charge de réguler les conflits d’usage, de sanctionner les infractions au code de la route, notamment en zones piétonnes – de mettre en œuvre le Pacte pour l’usage des espaces publics partagés. Nous mettrons en place un poste mobile de police municipale. Il permettra de renforcer les actions de terrain dans tous les quartiers et d’assurer une meilleure proximité. Ce poste mobile sera complété par l’îlotage de la police municipale, assurant une présence et connaissance du terrain, et par des permanences. Les équipes de la police municipale renforcées seront appelées à collaborer encore plus efficacement avec les autres forces de sécurité.

Le renforcement des liens avec les commerçant·es, déjà engagé dans ce mandat, sera poursuivi. C’est notamment le cas sur les sujets d’éclairage public. Ainsi avait-il été décidé, en lien avec les acteurs de la sécurité, d’éclairer en continu l’ensemble des secteurs accueillant des activités nocturnes. À ce jour, plus de 70% des rues de la ville sont éclairées toute la nuit. D’autres secteurs (Neudorf, Neustadt, Montagne Verte) sont rallumés progressivement grâce à la combinaison technologie LED et télégestion. Elle permet en effet un abaissement à 25% plutôt qu’une extinction. Dans les faits, seule une petite partie de Koenigshoffen, de Cronenbourg, du Neuhof Stockfeld, de la Robertsau gardent l’éclairage éteint après 1h du matin.

L’objectif de notre pilotage est clair : intervenir sur le terrain, renforcer le dialogue avec les acteurs de proximité, faire respecter la loi et les dispositions locales. Notamment les arrêtés pris dans le mandat actuel sur la consommation d’alcool, l’ivresse publique, la propreté et la lutte contre l’abandon de déchets sur l’espace public avec mise en place de sanctions administratives.

Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?

Afin de s’assurer d’une maîtrise des typologies d’offres d’hébergement sur le territoire, la régulation des meublés de tourisme se poursuivra de manière volontariste. Le pilotage et la régulation des nouveaux projets hôteliers et d’hébergement s’appuiera sur la réalisation d’une nouvelle étude “hôtellerie et hébergements touristiques”. Elle détaillera les risques et opportunités en la matière.

De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ?

Depuis plus de 30 ans, le centre-ville de Strasbourg accueille toujours plus de visiteurs, et l’accès en voiture recule. La réforme du stationnement a permis de faire face à la pression constante sur l’espace public, inhérente à toute métropole dynamique. Elle vise à orienter les automobilistes, selon leur durée de stationnement, préférentiellement vers les parkings en ouvrage et les P+R. Cela afin de préserver les capacités de stationnement en voirie pour les déposes, achat rapides, artisans et professionnels en intervention, aides à domiciles, et les résidents.

La réforme du stationnement de 2023 a également permis d’étoffer les forfaits pour les professionnels en réduisant le coût. Il se montait précédemment jusqu’à 3.000 €/an. Désormais, ils auront accès à des forfaits mensuels à 60€ ou annuels à 600 € pour pouvoir se stationner de manière illimité dans toute la ville. De même que des forfaits pour les travailleurs à horaires atypiques (3 €/j).

Les zones violettes, réservées aux usages très courts, existent dans des zones disposant de nombreux commerces. Leur principe a rencontré une large adhésion des professionnels. Il pourra ainsi être étendu à d’autres secteurs, en concertation avec les acteurs concernés. Cette réforme globale sera maintenue, et des ajustements pourront être faits sur les périmètres actuels. Par exemple, en zone verte, nous ferons expertiser et mettrons au débat une possible augmentation de la durée maximale de stationnement (par exemple 12h au lieu de 5h). De même qu’un changement de zone à la marge pour des parkings en surface type « place de la Bourse » ou « rue du Ban de la Roche ».

Pour mieux organiser les flux, nous développerons de nouveaux parkings publics en ouvrage et des parkings relais aux entrées de la ville et de la métropole. Ces équipements permettront aux habitants des territoires voisins de stationner facilement et de poursuivre leurs déplacements en transports ou à vélo.

La création récente de la Société publique locale (SPL) dédiée au stationnement en voirie permettra d’agir plus directement. Parmi ses missions, figure l’expérimentation d’un dispositif pour mieux faire respecter les zones de livraisons. Leur disposibilité sera indiquée en temps réel. En ce qui concerne la logistique de livraison des établissements, la démarche de concertation avec les acteurs professionnels doit se poursuivre. Les représentations syndicales des CHR y seront les bienvenues. L’éventuelle évolution de la zone à trafic limité (périmètre et règles d’accès) y sera, comme convenu avec les partenaires, discutée en 2027.

Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?

Le regroupement de l’Office de tourisme et du Convention Bureau en une seule structure “Office de tourisme, loisirs et congrès – STLC” permettront de déployer de nouvelles actions qui soient à la hauteur de l’importance du tourisme sur le territoire. Parmi les missions du STLC figurent notamment le développement de nouvelles approches de communication. De nouvelles offres touristiques, la refonte de la City Card, et le développement de partenariats culturels, sportifs et transfrontaliers verront le jour.

Nous souhaitons encore poursuivre et étendre les actions afin d’assurer la prospérité de Strasbourg Capitale de Noël. Tout en préservant la qualité d’accueil et le fonctionnement de la ville durant cette période. Après la clôture du marché, la forte présence de touristes appelle à poursuivre le développement d’une programmation d’activités diversifiées. Des formes complémentaires de marchés et animations pourraient y trouver leur place.

Comment envisagez-vous les échanges avec la filière ?

Pour soutenir l’action du manager de centre-ville et des services municipaux, nous créerons un Conseil du commerce et de l’artisanat local. Cette instance pourrait notamment établir un programme de communication, d’animations et d’opérations de valorisation du commerce et de l’artisanat. Mais aussi, d’établir une stratégie commune pour lutter contre le recours aux plateformes en ligne. Cette instance pourrait imaginer une offre de services différenciante.

Ce conseil sera également l’occasion d’élaborer un plan de maîtrise du foncier commercial et de maîtrise des loyers commerciaux. Enfin, il constituera une opportunité d’étudier les projets pouvant concerner la vie commerciale. Notamment en ce qui concerne l’aménagement des espaces publics, l’implantation de nouveaux équipements et activités économiques. Il permettra aussi de définir des règles communes en matière d’information et de coordination des travaux. Sur ce point un poste de coordinateur général des travaux sera créé. Nous mettrons aussi en place une application mobile et un site Internet dédiés.

En matière d’instances, la mise en œuvre des préconisations de la démarche autour de la Vie nocturne sera réalisée. Un Conseil de la nuit chargé de suivre les politiques publiques liées à la vie nocturne se réunira régulièrement. En complément, l’établissement d’une Commission CHR – associant élus, services concernés de la Ville, Préfecture, partenaires et représentants de la profession est envisagée. Tout comme une Commission des usagers de la nuit ouverte aux habitants et acteurs plus largement.

Propos recueillis le 4 mars 2026 par retours écrits de l’équipe de campagne de la candidate.

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