Design : les restaurants se mettent au vert

  • Temps de lecture : 5 min

De plus en plus de lieux cherchent à ramener un peu de « nature » dans leurs intérieurs. Bien au-delà d’une simple tendance, la végétalisation des restaurants apporte de multiples avantages.

restaurant design vert
Le restaurant Jungle Palace plonge sa clientèle dans une jungle tropicale, immersive et spectaculaire. Crédit : Fred Durantet

Murs végétaux, arbres d’intérieur, compositions florales… Chacun l’a ressenti, la présence de plantes et de fleurs rend un espace chaleureux et aide à créer un environnement calme et convivial. Ainsi, le végétal s’invite de plus en plus fréquemment dans tous les types de restauration. Et les clients redemandent de ce chaleureux « biophilic design », une expression utilisée lorsque la nature est intégrée de façon structurelle dans l’espace intérieur.

Au-delà de l’aspect décoratif, les végétaux filtrent l’air, réduisent les poussières et peuvent même améliorer l’acoustique d’une salle. Enfin, ils participent à la création d’une forte identité visuelle, enrichissent l’expérience client et ne manquent pas d’attirer l’oeil des réseaux sociaux en étant « instagrammables ».

Bien choisir ses végétaux

S’il existe de nombreuses façons d’apporter une touche de nature dans son restaurant, le choix d’un design floral et végétal réussi ne va pas sans contraintes et sans entretien. D’abord, le restaurateur doit choisir des végétaux qui reflètent son identité et répondent donc à l’ambiance qu’il cherche créer : exotique, romantique, forestière, scandinave, minimaliste… Le choix dépend aussi, et surtout, de la capacité et du temps des équipes pour assurer un entretien efficace.

Pour qui n’a pas la main verte, mieux vaut se faire conseiller par des professionnels et prendre un forfait entretien. « Les plantes artificielles sont à éviter pour des raisons écologiques, mais la gestion de fleurs coupées présente de nombreuses contraintes étant donné la fréquence de renouvellement imposée par la gestion du frais. En revanche, les végétaux stabilisés offrent une solution idéale : 100 % naturels, ils permettent des économies de temps et d’argent », détaille Lucie Corbière, directrice générale de Second-Flor (Castries, Hérault).

Les fleurs stabilisées ont la cote

La stabilisation végétale est en effet un procédé consistant à remplacer la sève par un produit de conservation. Cette substance, proche du sucre, est 100 % biodégradable. « Les plantes et fleurs stabilisées conservent leur souplesse et leur fraîcheur naturelle sans aucun entretien. Elles ne nécessitent aucun arrosage, aucune luminosité ou traitement particulier. Durable et respectueux de l’environnement, c’est le végétal écologique de demain », ajoute-t-elle. Autre point fort : contrairement aux fleurs coupées, les végétaux stabilisés sont dépourvus de substances allergènes (pollen actif). Ils ne dégagent pas non plus d’odeur… un risque en moins à gérer.

Les végétaux s’imposent aujourd’hui comme un véritable levier de mise en scène dans les restaurants. Bien plus qu’un simple élément décoratif, ils participent à l’identité du lieu et au bien-être des clients. « Le végétal apporte du style et crée une sensation de mieux-être, même inconsciente », souligne Céline Larrat, spécialiste en végétalisation chez Flow’Up (Saint-Antoine-du-Rocher, Indre-et-Loire). L’entreprise multiplie les installations spectaculaires, comme un cerisier semblant jaillir du bar. Ou encore des plafonds végétaux à l’esprit jungle, pensés pour sublimer verrières et volumes.

Soigner la mise en scène

Pour répondre aux contraintes des restaurateurs, Flow’Up privilégie des solutions en hydroculture, faciles d’entretien. Ou des végétaux artificiels lorsqu’il s’agit de décoration pure. Longtemps décriées, ces dernières ont fortement gagné en qualité de rendu. L’éclairage est également un point clé du dispositif, notamment pour les suspensions végétales, afin d’apporter profondeur et légèreté à l’ensemble. De quoi laisser libre cours à la créativité, avec un effet « waouh » assumé.

Solution plus simple, certains restaurateurs optent pour les fleurs séchées pour les centres de table. « Nous en proposons, mais la tendance s’essouffle et le stabilisé offre une texture et une vibrance fraîche, qui apportent un ressenti plus agréable pour les clients », constate Lucie Corbière.

Guillaume Lebrun Breton, responsable du bar à cocktails Le Parfum à Montpellier, avait, lui, commencé par des fleurs fraîches. « La gestion des éléments végétaux de ma décoration mobilisait énormément de temps et d’énergie pour mon équipe ; cela devenait ingérable. J’ai d’abord envisagé de remplacer par de l’artificiel, mais je n’étais pas très emballé. En découvrant les stabilisés, j’ai trouvé la solution. On a commencé par les centres de table puis ajouté des éléments végétaux dans d’autres espaces : sur le bar, aux murs, dans les espaces sanitaires… D’un point de vue économique, il n’y a pas photo et le temps gagné lors de la mise en place du service est aussi un énorme avantage. »

Outil de narration

L’intérieur d’un restaurant se prête donc à de multiples possibilités d’intégration de végétal. Si le lieu le permet, des plantes de grande taille et des arbres en pot, type ficus et olivier, structurent l’espace. Ils délimitent certaines zones sans cloisonner physiquement. Le restaurant Jungle Palace (Ephemera Group) (Paris, 10e) va plus loin en garantissant une immersion totale dans une ambiance végétale. Le végétal y dépasse largement la fonction décorative pour devenir un outil de narration et de mise en scène. Pensé au même niveau que la lumière ou le son, il structure l’expérience client et participe à l’immersion globale. « Notre approche est narrative et scénographique : l’objectif est de plonger le client dans une jungle tropicale, immersive et spectaculaire, sans jamais tomber dans la caricature », explique Jade Frommer, cofondatrice du groupe. Pour répondre aux contraintes de sécurité propres à l’univers CHR, le choix s’est porté sur des plantes synthétiques haut de gamme, offrant une grande liberté créative. « Les clients ne viennent pas seulement manger, mais vivre une expérience dont ils se souviennent et qu’ils ont envie de partager », souligne Jade Frommer. Ainsi, le végétal devient un vecteur de dépaysement immédiat et d’évasion.

PARTAGER