Le matcha est partout. Son vert éclatant envahit les réseaux sociaux, ses vertus énergisantes séduisent les adeptes de yoga et ses origines millénaires fascinent les amateurs de rituels ancestraux. Cette poudre de thé vert japonais, autrefois réservée aux samouraïs et aux cérémonies du thé, est devenue en quelques années l’emblème d’un art de vivre bien ancré dans son époque. Sa tête d’affiche ? Le matcha latte, une boisson énergisante, fruit d’un savant mélange entre tradition nippone et culture occidentale du coffee-shop. Dans les salons de thé Shodai Matcha, Marc Zhuang observe une vraie montée en puissance : « Depuis 2021, la demande a explosé. On accueille surtout des jeunes entre 20 et 30 ans, majoritairement des femmes. »
La recette la plus demandée : le matcha latte au lait d’avoine. Il a pour avantages d’être crémeux, végétal, et moins calorique que de nombreux autres breuvages sucrés. « Nous utilisons du matcha cérémonial, issu d’un seul producteur. C’est une qualité noble, d’un vert intense », précise le responsable. Dans son établissement, à la déco épurée et sertie de fleurs de cerisiers japonais, Marc Zhuang propose un large éventail de recettes dont certaines de saison comme le latte fraise-matcha en été. Cependant, à la différence de certains de ses confrères, Shodai Matcha tient à conserver la référence historique : le matcha pur mélangé uniquement avec de l’eau. « Il est réservé aux vrais amateurs. C’est plus amer, mais c’est expérience à part entière », soutient-il.
Du Japon aux réseaux sociaux
Pour Léo Perrin, chercheur de thé chez Palais des Thés, le succès du matcha tient autant à son histoire qu’à sa visibilité sur les réseaux sociaux. « Pendant longtemps, personne ne s’y intéressait. Et puis, avec Instagram, les influenceuses se sont emparées de cette poudre vert fluo, et l’ont transformée en boisson lifestyle », déclare-t-il. Selon lui, le matcha, autrefois symbole d’un raffinement réservé aux geishas ou aux samouraïs, est devenu le carburant des personnes saines et sportives, surnommées « clean girls » sur les réseaux sociaux, entre deux séances de sport.
Pourtant, derrière cela se cache une histoire riche de traditions et de savoir-faire. « Au Japon, on ne boit pas de matcha avec du lait. Le matcha est utilisé dans la cérémonie du thé, le chanoyu, comme une excuse pour faire du beau, méditer, pratiquer la calligraphie. C’est l’essence même de la culture japonaise »,raconte le chercheur. Néanmoins, au-delà d’un quelconque effet de mode, Léo Perrin perçoit dans cet avènement une chance de transmission. « Avec ce type de boissons, le matcha est devenu un objet de consommation pop, mais cela permet aussi à de nombreuses personnes de découvrir le monde du thé. Pour les producteurs japonais – qui souffraient depuis des années – c’est un vrai souffle économique », note-t-il. Enfin, preuve de son incontestable succès, la demande en matcha est même devenue plus forte que l’offre, selon le chercheur. Grâce à ses différentes recettes – certaines contiennent même des paillettes comestibles – le matcha latte devient bien plus qu’une simple boisson. Il est une porte d’entrée vers un art de vivre entre énergie douce, esthétisme et retour aux racines.
Les secrets d’un bon matcha latte
Couleur : vert jade (et non un kaki ou un vert terne)
Origine : Japon uniquement, idéalement de Kagoshima ou Uji
Goût : végétal, sans amertume, légèrement umami
Texture : fine, mousseuse, pas granuleuse
Lait recommandé : avoine ou soja pour une belle onctuosité