Thina Cadierno, directrice générale du groupe Retif : « Acheter des produits responsables, c’est aussi agir pour que l’impact environnemental soit le plus faible possible »
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Fondée il y a plus de 61 ans par un entrepreneur français, Retif s’est donné pour mission de fournir aux professionnels du CHR un accès de proximité aux meilleurs produits. Entretien avec Thina Cadierno, directrice générale de la marque.
Vous avez pris la direction générale de Retif en juin 2024. Qu’est-ce qui vous a attirée vers un acteur historique de l’équipement et de l’agencement des commerces comme Retif ?
Ce qui m’a attirée, c’est d’abord la force de la marque. Retif est une marque possédant une belle notoriété, synonyme de confiance et de professionnalisme. Mais au-delà de ça, il y a tout son patrimoine : un savoir-faire, une data précieuse, une culture entrepreneuriale historique, portée par une vraie mission. En 2024, cette maison était référente, mais pas vraiment connue du plus grand nombre. Lorsque j’ai repris les rênes de Retif, j’ai hérité d’un bel actif, d’un beau potentiel, d’un marché au développement incroyable. Mais il fallait mettre cette belle maison en trajectoire, en s’appuyant sur ses piliers stratégiques.
Aujourd’hui, nous avons 90 magasins en Europe. C’un très beau maillage, une force importante pour servir nos clients avec le plus de rapidité possible. Nous comptons 220 acteurs sur le terrain.
Retif a rejoint le groupe Raja fin 2024 — comment ce rapprochement a-t-il fait évoluer votre feuille de route, notamment sur le volet magasins physiques et omnicanal ?
Retif est un distributeur leader dans sa catégorie, avec un point d’ancrage fort. Nous sommes forts sur certaines catégories et Raja l’est sur d’autres. Ce rapprochement nous permet une vraie et nette accélération de notre plan de transformation. Raja nous fait confiance dans cette mutation, dans ce plan que nous appelons « Retif 28 ». Nous avons déjà renouvelé 80 % de notre assortiment sur quasiment tous les produits destinés aux CHR, et beaucoup travaillé sur les produits de vente à emporter. Une grande modernisation de l’offre s’est mise en œuvre.
J’ai aussi beaucoup travaillé sur notre marque Design by R, avec un certain nombre de produits exclusifs qu’on ne trouve que chez Retif. Nous avons voulu nous différencier par la qualité de l’offre, sa singularité, par nos partenariats avec nos fournisseurs. Nous sommes une maison française, et notre sourcing est réalisé principalement en Europe et en France.
Quels sont les besoins spécifiques en matière d’agencement et d’équipement des CHR ?
Je pense que les enjeux évoluent grandement vers des pièces plus durables et plus modulables, avec des matériaux mieux sélectionnés, plus nobles — c’est un point que nous soulevons et que nous constatons. Nous voulons aussi proposer des produits réalisés avec des matières recyclées, plus durables dans l’ensemble. Acheter des produits responsables, c’est aussi agir pour que l’impact environnemental soit le plus faible possible. L’autre enjeu, c’est de devenir un partenaire privilégié, de confiance, qui accompagne les CHR.
Sur l’emballage par exemple, nous avons développé des produits biodégradables, recyclables, compostables — même si le sac plastique reste un produit massivement consommé. Nous agissons sur tout ce périmètre : pour la vaisselle, nous avons travaillé sur le renforcement des produits, avec de la vaisselle incassable. Nous essayons de couvrir toutes les catégories de produits d’emballage et de contenants. Et nous travaillons avec Valdélia pour gérer l’ancien mobilier et les équipements de nos clients. C’est une approche holistique que nous voulons développer pour le CHR, qui permette vraiment à nos clients de gagner du temps — et surtout de ne pas en perdre.
Vous évoquez l’intelligence artificielle comme catalyseur de performance — quels usages concrets développez-vous, et en quoi peuvent-ils bénéficier à vos clients restaurateurs et commerçants ?
Nous avons un plan technologique IA depuis mon arrivée. Dans des contextes de changement, l’IA nous donne la possibilité d’accélérer. Quand nous n’avons pas une compétence complète en interne, elle nous permet d’envisager notre feuille de route autrement — à quel endroit place-t-on l’IA, etc. Nous la plaçons là où elle crée de la valeur pour nos clients.
Concrètement, cela passe par un outil qui s’appelle Genius — un peu le « Rufus » d’Amazon, du moins nous l’espérons. Chez nous, vous interrogez Genius, il vous accueille, vous pouvez décrire qui vous êtes, votre restaurant : « je veux un style contemporain, design, pour une restauration raffinée, proposez-moi un type d’agencement » — et Genius vous propose des solutions.
Nous avons plusieurs IA au sein de la maison Retif, et nous utilisons celles qui sont adaptées au cas d’usage que nous voulons développer. Quand nous n’avons pas la compétence en interne, nous pouvons placer un agent IA dans notre manière de nous adresser à nos clients. Avoir la réponse, c’est ce qui compte pour le client, pour répondre plus vite à ses besoins. Nous faisons tout pour ne pas leur faire perdre leur temps.
Retif fête ses 60 ans cette année : qu’est-ce qui, dans l’ADN de la marque, reste selon vous intact malgré toutes ces transformations récentes ?
D’abord notre culture entrepreneuriale. C’est une maison qui bouge, mais nous n’avons pas perdu de vue pourquoi nous avons été créés : notre enjeu, c’est de servir les commerces de proximité. Nous restons une maison française — le groupe Raja est français aussi, c’est cohérent.
Je crois que cet ancrage européen, cette culture entrepreneuriale, nous nourrissent et stimulent notre capacité à nous renouveler. Et cette proximité fait notre ADN, grâce à notre large panel de magasins — une proximité à la fois physique et digitale. Ce que nous mettons en place va nous aider à renforcer encore cet ancrage : un ADN vraiment fort, une culture du progrès, car le commerce, c’est du vivant. Certes, on peut voir le verre à moitié vide, mais il y a aussi beaucoup de création chaque année — c’est un marché résilient, qui se réinvente beaucoup.
Nous sommes une maison d’entrepreneurs qui œuvre au quotidien auprès des entrepreneurs. Nous aimons être proches de nos clients, nous les aimons — et ça se sent, ça se voit.
Quels sont vos projets pour les prochains mois, en particulier pour votre réseau de franchise et votre présence à l’international ?
Nous allons probablement développer des partenariats stratégiques, et des concepts plus courts, plus petits. À l’international, nous avons déjà une présence dans les DOM-TOM : nous sommes très présents en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, avec des partenaires qui nous font confiance, qui croient au projet et qui sont très positifs sur la qualité de l’offre. C’est un beau projet, et avec nos partenaires, nous allons probablement nous étendre très rapidement pour servir la performance de nos clients.
Je dirais que la technologie n’est pas une fin en soi. Ce qui nous anime, c’est notre point d’ancrage.