Le Gallia, la Bouteille d’or 2025

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Tradition du vin vient de désigner Le Gallia, un bar-tabac du 11e arrondissement de Paris comme lauréat de la Bouteille d’or 2025. Une distinction qui justifie une cuisine de qualité et une carte des vins où les grandes bouteilles restent à des prix très accessibles.

le gallia bouteille d'or
Crédit : Jean-Michel Dehais

La Bouteille d’or a refait surface au carrefour des rues Saint-Ambroise et Saint-Maur (Paris 11e). C’est dans ce quartier que Le Gallia a reçu, le 18 avril, le fameux trophée bistronomique. Et c’est une excellente nouvelle, car l’année passée, Tradition du vin (association qui réunit d’anciens lauréats) n’avait pu se mettre d’accord sur un nom. Mais en 2026, le jury, désormais coprésidé par Nicolas Decatoire (Gavroche) et Vincent Limouzin (Le Bistrot des Halles), a clairement tranché en faveur du Gallia.

Ce bistrot du 11e arrondissement de Paris fait depuis longtemps figure d’institution. En 2013, il s’était déjà distingué en obtenant la Coupe du meilleur pot, l’autre grande distinction des zincs de la capitale. Mais, à l’époque, le propriétaire de l’établissement était Jean-Pierre Lebrave, Aveyronnais et ancien président de la fédération Paris-Est des buralistes. Sa famille est restée près d’un demi-siècle à la tête de l’enseigne créée par son père, Jean, en 1964. Alors que beaucoup d’Auvergnats de Paris sacrifiaient leurs tabacs pour privilégier la restauration, Jean-Pierre Lebrave fut un des derniers à mener de front ces deux activités avec bonheur.

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Justine et Eric Ling avec la Bouteille d’or, entourés du jury de Tradition du vin (Paul Calvet, Michel Gineston, Eric Deconquand, Vincent Limouzin, Nicolas Decatoire et son fils). Crédit : Jean-Michel Dehais

Aussi, lorsque Justine et Eric Ling ont acquis cette adresse, il y a 11 ans, beaucoup estimaient que la légendaire convivialité de l’établissement allait disparaître. À l’époque – à Paris et plus largement en France – nombre de bureaux de tabac étaient repris par des familles d’origine chinoise, plus intéressées par l’activité de buraliste que par l’animation d’un comptoir. Justine et Eric déjouent les pronostics en s’inscrivant avec beaucoup d’humilité dans le sillage de leurs prédécesseurs. Sur les murs, on aperçoit encore des affiches vantant le terroir de l’Aubrac. D’ailleurs, force est de reconnaître que la communauté chinoise s’approprie progressivement la tradition du bistrot avec bonheur. Citons à cet égard, Le Monge de Nicolas Chen, vainqueur de la Coupe du meilleur pot en 2022.

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Eric Ling, le « chinois-aveyronais ». Eric Ling, 45 ans, est né et a grandi en Île-de-France. Ses grands-parents originaires de Wenzhou étaient arrivés à Paris dans les années 1960, et ses parents les avaient rejoints dans les années 1970 pour exercer une activité de commerçants dans les secteurs du vêtement, de la maroquinerie, mais aussi de la boulangerie. Depuis son enfance, Eric rêvait d’ouvrir un bistrot. Il s’est d’ailleurs orienté vers la restauration en devenant serveur au Train bleu (Paris 12e) au début des années 2000. Durant une dizaine d’années, il a ensuite exercé dans le commerce international de la chaussure. Cette période lui a permis d’être en mesure de racheter Le Gallia. Le bureau de tabac propose des produits de la FDJ et un coin presse : il est bien isolé entre deux salles. Le va-et-vient au guichet ne perturbe pas les clients attablés et le comptoir fait office de frontière entre les deux univers. Eric ne cache pas qu’à ses yeux l’activité de buraliste demeure « son coeur de métier ». Il estime que la présence d’un bureau de tabac est tout à fait compatible avec un bistrot à vins traditionnel : « Il faut savoir s’adapter aux deux clientèles, alterner des attitudes sérieuses et moins sérieuses. »

Une carte accessible

Rapidement après son arrivée, Eric Ling a pris en main les cuisines. Il travaille autour d’une pure carte de bistrot où trône en évidence l’œuf mayonnaise (4,50 €). Côté plats, la saucisse au couteau de chez Conquet avec aligot est facturée 18,50 €. On trouve aussi des spécialités d’autres régions comme l’andouillette 5A de Troyes (19,50 €) ou le poulpe grillé (21,50 €). Le patron explique veiller à maintenir une cuisine maison avec des prix très accessibles : « Nous sommes une petite équipe de cinq personnes et nous pouvons ainsi maintenir un rapport qualité-prix. »

L’accessibilité de l’établissement est encore plus manifeste sur les vins. Les amateurs de bonnes bouteilles sont ici à leur affaire. Le Gallia dispose d’une carte de 300 vins, avec une sélection très pointue. Mais chose rare, il propose ses bouteilles sur étagère, à emporter à prix caviste. À table, il se contente d’un droit de bouchon de 15 €. À titre d’exemple, une bouteille de Mas Daumas Gassac 2021 est affichée au prix de 60 €. Servie à table, elle sera facturée 75 €. « J’ai été inspiré par l’exemple du Lafayette Gourmet, explique Eric Ling. Cela favorise la découverte de grandes bouteilles et cela fait plaisir à beaucoup de clients. »

La sélection et les tarifs ont sans doute favorablement influencé la décision du jury de Tradition du vin. Mais la réputation d’Eric Ling n’est déjà plus à faire. Depuis 2025, il dirige parallèlement l’équipe de la brasserie Astair, passage des Panoramas. Il succède à ce poste au chef triplement étoilé, Gilles Goujon… Excusez du peu !

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« Le Gallia est sorti du lot dans un groupe de plusieurs finalistes. Cela résulte d’un choix collégial. L’établissement réunissait beaucoup d’atouts en sa faveur. Une très belle carte des vins, bien maîtrisée par un patron qui bénéficie d’une très belle connaissance de ses vignerons. La proposition d’assiettes de qualité, le fait de pouvoir boire des verres au comptoir a aussi joué. Il faut insister sur la convivialité apportée par Justine et Eric Ling. On caricature parfois le caractère aveyronnais de Tradition du vin. Certes, il y a beaucoup d’Aveyronnais, mais aussi des non-Aveyronnais, comme moi. D’ailleurs, le dernier lauréat d’origine aveyronnaise, Didier Madamour, au Bistrot Mélac, remonte à dix ans. » – Nicolas Decatoire Coprésident de Tradition du vin
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