Pomelo de Corse, le parfait équilibre en acidité et sucrosité

  • Temps de lecture : 4 min

En Corse, la production de pomelo s’inscrit dans une agriculture diversifiée et encadrée par l’IGP, promesse d’un fruit au goût équilibré. Rencontre avec Lydia Casciani, agrumicultrice en Corse.

pomelo
Le pomelo de Corse. Crédit : Pixabay.

Quelles variétés de pomelo cultivez-vous et quelles sont leurs spécificités ?

Dans le cadre de l’IGP, nous cultivons uniquement la variété Star Ruby. Elle se distingue par sa chair rose foncée et c’est la seule variété autorisée dans ce label. L’IGP garantit un bon équilibre entre acidité et sucre, mais impose aussi des critères très précis. Par exemple, les vergers doivent être situés à moins de 300 mètres d’altitude et à moins de 15 kilomètres de la mer. Si l’on est trop éloigné du littoral, on sort du cahier des charges. C’est vraiment le climat méditerranéen et l’influence maritime qui permettent d’obtenir ce pomelo corse si particulier.

La saison s’étend généralement de la fin février jusqu’aux mois de mai ou juin. Sur le plan gustatif, ce sont des fruits très juteux, souvent plus que d’autres pomelos. L’équilibre entre sucre et acidité est naturel, ce qui fait qu’on n’a pas besoin d’ajouter de sucre pour les consommer. Ces fruits possèdent vraiment un goût caractéristique.

Quelles sont les principales étapes de culture, de la plantation à la récolte ?

Après la plantation, les arbres commencent à produire au bout de trois à quatre ans. Ce sont des arbres qui prennent de l’ampleur, donc la taille est indispensable chaque année, notamment pour limiter les parasites comme les cochenilles. En été, nous pratiquons aussi l’ébourgeonnage : cela consiste à enlever les pousses qui se développent au centre de l’arbre, car elles consomment de l’énergie sans produire de fruits. Cela permet de concentrer les ressources sur les pomelos.

Ensuite, il y a tout le travail d’entretien du verger. Nous broyons l’herbe entre les rangs et nous avons abandonné les herbicides au profit d’un désherbage mécanique. Lorsque les arbres sont bien développés, leur feuillage limite naturellement la repousse de l’herbe. Nous sommes en agriculture raisonnée, avec des pratiques proches du bio pour les traitements phytosanitaires, même si nous utilisons encore des engrais non biologiques. Nous mettons aussi en place des solutions naturelles, comme le lâcher d’auxiliaires avec l’introduction de cocinnelles qui vont permettent, grâce à leurs larves, de lutter contre les cochenilles.

Quels facteurs influencent le goût et la qualité de vos pomelos et comment garantissez-vous la fraîcheur et la qualité jusqu’au consommateur ?

Le terroir corse joue un rôle essentiel. Le climat, la proximité de la mer et la nature des sols, qui sont granitiques et schisteux, influencent directement la qualité du fruit. Ce sont ces conditions spécifiques qui permettent d’obtenir le pomelo corse tel qu’on le connaît.

Par ailleurs, dès qu’ils sont récoltés, les fruits sont rapidement envoyés à la coopérative. Ils y sont conditionnés, puis expédiés vers le continent. Tout se fait très vite : en moins de 48 heures, les pomelos arrivent sur le marché, ce qui garantit leur fraîcheur.

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée ?


Comme dans beaucoup de cultures, le principal défi concerne les parasites et les maladies. De nouveaux ravageurs apparaissent régulièrement, comme l’alternaria en ce moment (un champignon, NDLR) ou encore les cochenilles. Cela demande une observation constante des vergers et une capacité à s’adapter rapidement.

La question de l’eau est également essentielle. Nous avons la chance en Corse de disposer de retenues hydrauliques mises en place dans les années 1970, mais l’accès à l’eau reste un élément clé pour maintenir l’agriculture.

Comment le changement climatique impacte-t-il votre production ?

On observe surtout un décalage des saisons. Les récoltes ont tendance à commencer plus tôt, ce qui nous oblige à nous adapter et à être prêts en avance. Pour le moment, la culture du pomelo reste relativement stable, mais cela demande une vigilance accrue.

Comment voyez-vous évoluer la filière du pomelo corse ?

Nous avons la chance en Corse d’avoir une filière agrumicole bien structurée. L’IGP joue un rôle central dans l’organisation de la production. Les coopératives sont solides et accompagnent les producteurs au quotidien. Nous bénéficions d’un suivi technique avec des analyses de sol, des observations des vergers et des conseils pour les interventions.

L’image des agrumes corses est aujourd’hui bien installée, ce qui est très positif pour l’avenir. Cela permet d’envisager la suite avec confiance, même si certaines filières agricoles restent plus fragiles comme celle de l’amande par exemple.

PARTAGER