Le réveil du whisky a sonné
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Le 20e Whisky Live Paris a mis en scène la nouvelle planète de ce spiritueux à la Grande Halle de la Villette (Paris 19e). Un univers très créatif où l’âge du malt ne constitue plus le seul argument de vente, l’art s’invitant de plus en plus.
Le Whisky Live Paris a fêté son 20e anniversaire à la Grande Halle de la Villette. Cette édition a ainsi attiré 22 000 visiteurs (dont 9 000 professionnels), sans même comptabiliser les 30 000 invités accueillis en trois jours dans les 50 bars éphémères de la Cocktail Street. On est ici bien loin de la première édition, qui n’avait pas rassemblé plus de 2 000 personnes. Si le salon s’est étendu à d’autres alcools tels que le rhum, le gin ou le cognac, le whisky reste au centre de l’enjeu. Et l’engouement suscité par ce rendez-vous met en évidence l’émergence du second souffle de cette boisson.
En France, le whisky domine le marché des alcools. Pourtant, ses ventes avaient tendance à stagner ces dernières années. Il souffrait de son image d’alcool de boomer et la clientèle jeune se laissait davantage séduire par les rhums, vodkas et gins, plus faciles à transposer en version cocktails. On peut d’ailleurs remarquer que si les ventes de whiskies représentent toujours 37,9 % des volumes en GMS (43 % en valeur), leur part de marché en CHR reste limitée à 12,7 %. Si on en croit toujours les chiffres de la Fédération française des spiritueux, avec la crise sanitaire – entre 2019 et 2022 –, les volumes commercialisés en CHR ont chuté de 56,3 % et cette boisson peine depuis lors à retrouver sa place sur les comptoirs.
Le japon, un acteur de poids
Ce coup de mou indéniable sur le marché hors domicile contraste avec le dynamisme affiché par le Whisky Live. Force est de constater que cet événement met en évidence les nouvelles tendances du marché, et notamment une mondialisation. L’offre haut de gamme n’est plus seulement l’apanage des vénérables distilleries écossaises, mais émane désormais de nombreux pays comme le Japon. Ce pays possède un savoir-faire en la matière et depuis une trentaine d’années, ses whiskies se sont imposés sur le marché européen.
Ainsi Pernod Ricard vient d’annoncer qu’il venait de reprendre la distribution de la marque Fuji. Partenaire de longue date de LMDW, la distillerie Nikka fêtait ses 90 ans sur le salon et présentait une cuvée rare (4 000 bouteilles), Nikka Nine Decades, où sont assemblés 150 malts distillés entre 1940 et 2000. Sur l’île du Soleil-Levant, des distilleries beaucoup plus récentes s’imposent à l’instar de Chichibu. Créée en 2008, celle-ci présentait sa nouvelle cuvée Chichibu Paris, combinant des assemblages de malts et de finitions en fûts, très symptomatiques du travail des distilleries contemporaines, qui multiplient de plus en plus leurs créations.
Les whiskies français pris très au sérieux
Autrefois, la différence dans une même distillerie reposait sur l’âge de la cuvée. Aujourd’hui, le marché propose des whiskies plus jeunes avec beaucoup plus de combinaisons de paramètres et de variantes dans l’élaboration : mélanges de grains, assemblages, fûts, finition. Une offre qui satisfait un consommateur à la recherche d’expériences uniques. Les distilleries françaises s’inscrivent dans cette tendance. À l’occasion du salon, les premiers World Drinks Awards français ont été organisés. Le jury a ainsi couronné 15 cuvées françaises parmi les 257 proposées à la dégustation. Les whiskies français sont désormais pris très au sérieux. Selon la Fédération du whisky de France, les ventes de whisky français ont été multipliées par sept entre 2010 et 2023.
Autre tendance, la montée en gamme des cuvées se réalise aujourd’hui souvent en lien étroit avec l’art. Le traditionnel catalogue Créations de LMDW, présenté par Thierry Benitah, dirigeant de l’entreprise, est devenu au fil des années un ouvrage collector sous le titre Fondations. L’ouvrage rend hommage aux architectes de grandes distilleries, en mettant particulièrement en lumière le travail de l’ingénieur écossais, Charles Doig, à travers deux gammes de la collection Artist. En outre, LMDW affiche son intention « de créer en permanence des passerelles avec d’autres univers tels que la photographie, le design, la peinture, l’artisanat ou encore la gastronomie », qui débouchent sur des collaborations dans l’habillage de nombreuses cuvées.