Florence Carcassonne, dormir chez la Dame de Savoie
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Pionnière des femmes dirigeantes dans l’hôtellerie de luxe, Florence Carcassonne gère depuis 20 ans l’hôtel La Sivolière à Courchevel (Savoie). Elle a mis à profit sa grande expérience professionnelle pour personnaliser cet établissement de grand luxe, discret et spécifique, qui devrait bientôt s’agrandir.
Le 5 décembre prochain, Florence Carcassonne ouvrira les portes de la Sivolière, hôtel cinq étoiles de Courchevel (Savoie). Pour elle, la saison est déjà jouée : « Nous allons fonctionner pendant quatre mois avec un taux de remplissage de 90 %, puis nous fermerons les portes en avril ». L’hôtelière descendra alors dans la vallée pour préparer la prochaine saison. « Nous commençons déjà à enregistrer des réservations pour 2026 », indique-t-elle. Cette Parisienne est arrivée dans la station il y a 20 ans comme directrice de la Sivolière. Deux ans plus tard, elle en est devenue la gérante. C’est l’âme de la Sivolière. Elle incarne parfaitement ce petit établissement de luxe abritant 35 chambres et un restaurant fort justement baptisé « Madame ».
L’hôtel est situé à l’écart des autres établissements de luxe regroupés autour du quartier du Jardin Alpin. La communication de la Sivolière n’a rien de bling bling. Elle évoque «le secret le mieux gardé de Courchevel », la discrétion, le côté intime, l’expérience unique. «Ici, explique l’hôtelière, nous avons tous de jolies chambres et de jolies salles de bain. Il est indispensable de personnaliser l’accueil pour se démarquer. J’adore anticiper les désirs des clients. » C’est dans cet esprit que Florence Carcassonne a forgé la réputation dog friendly de la Sivolière. Elle a par exemple conçu une procédure d’accueil spéciale pour les chiens, où ils disposent d’un lit spécial dans la chambre de leur maître, mais aussi de cadeaux et de soins.
Courchevel, destination privilégiée
La Sivolière a accueilli par le passé, d’anciens chefs d’Etat comme Valéry Giscard d’Estaing ou le roi d’Espagne Juan Carlos. De nombreux princes apprécient le confort et la discrétion de l’établissement. L’hôtel, qui fait partie de la vingtaine de cinq étoiles de la station, prévoit de s’agrandir en créant 13 chambres . «Lorsque les travaux aboutiront, quatre nouveaux hôtels de luxe auront ouvert à Courchevel », indique Florence Carcassonne. C’est dire le succès de la station. » D’ailleurs, l’hôtellerie économique ou même moyenne gamme est quasiment absente dans le village. Vu les prix locaux du foncier, cette typologie d’hébergement ne serait pas rentable. À La Sivolière, les prix des nuitées sont soumis à un yield management (rendement) permanent et évoluent de 1 000 €, tarif départ pour une chambre, à 6 000 € pour une suite en période de forte demande. Un niveau qui explique que 90 % de nos clients soient étrangers et 80 % non européens.
Florence Carcassonne et une équipe de cinq cadres en CDI sont en train de préparer l’ouverture, en recrutant 70 employés en CDD. « C’est de plus en plus difficile depuis le Covid, assure-t-elle. Les jeunes ne reviennent plus d’une année sur l’autre. Nous devons reconstituer 70 % de l’équipe et faire de gros efforts de formation. » Bientôt un nouveau jeune chef devrait faire son apparition et le directeur de la restauration sera de retour après avoir effectué une saison d’été à Cannes. La restauration représente un exercice délicat, car difficilement rentable dans le contexte actuel selon l’hôtelière : « Ce n’était pas le cas par le passé, assure-t-elle. Les clients optaient systématiquement pour la demi-pension. Depuis la fin de la crise sanitaire, ils vont vers des formules “bed & breakfast » et préfèrent se diriger au déjeuner vers les restaurants de piste, et le soir vers des établissements festifs. »
Pourtant, Florence Carcassonne connaît bien la restauration. Alors qu’elle dirigeait l’hôtel Vernet à Paris 8e, elle collaborait avec le chef très réputé, Alain Solivérès. C’est aussi elle qui avait fait venir le premier Atelier de Joël Robuchon dans l’hôtel du Pont Royal (Paris 7e). Alors qu’elle dirigeait l’ouverture du Plaza Paris Vendôme, rue d’Alger (Paris 1er), elle convainc Alain Dutournier d’y installer son restaurant Pinxo.Elle a toujours su se démarquer en créant l’évènement. Formée au marketing, à l’université de Malibu (États-Unis), elle entre dans la vie active, en 1979, en tant que réceptionniste à l’hôtel de la Trémoille (Paris 8e), embauchée par Paul Bougenaux, directeur Plaza Athénée. « J’étais alors la première femme à occuper un poste à responsabilité dans l’hîotellerie. Mes collègues masculins ne m’ont pas fait de cadeaux », confie-t-elle Elle va toutefois gravir de nombreux échelons au sein du groupe Trusthouse Forte qui, outre les deux hôtels précités, possédait aussi le George V (Paris 8e) où elle accède à son premier poste de directrice d’hébergement. Elle va ensuite travailler successivement au Royal Mansour, au Maroc, puis au Martinez à Cannes (Alpes-Maritimes). Après avoir dirigé plusieurs hôtels de luxe à Paris, cette femme qui avoue « détester la neige » a posé durablement ses valises à Courchevel. À 67 ans, elle ne veut pas entendre parler de retraite et ne conçoit pas sa vie en dehors de la Sivolière.