La Cooperativa, dévoiler les terroirs colombiens

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Carolina Faure a fondé la Cooperativa pour valoriser les terroirs de son pays d’origine, la Colombie. Après le cacao et le café, elle a lancé en 2025 Feroz, une gamme de six sauces pimentées et de chips de fruits et de manioc fabriquées à la main sur les terres colombiennes. Entretien.

la cooperativa
Carolina Faure. Crédit : Feroz.

Pourriez-vous me raconter l’histoire de la Cooperativa ? 

Avant la Cooperativa, j’exportais des produits français vers les États-Unis pour un groupe américain. Je vérifiais l’étiquetage et la réglementation de chaque référence, pour trouver comment exporter de la moutarde, de l’huile d’olive ou de la confiserie.

Et puis, j’allais régulièrement rendre visite à mes parents et à chaque fois je constatais que la Colombie possédait des terroirs très variés, qui pouvaient compléter la gastronomie européenne. J’ai donc commencé à faire un travail de sourcing auprès de mon propre pays et j’ai imaginé comment ils pouvaient être exportés.

Une fois que tout était plus clair, j’ai décidé de lancer la Cooperativa avec du cacao. Je me suis formée au chocolat bean to bar et nous avons remporté un prix aux Prix Épicure. En Amérique latine, on exporte surtout de la matière première, et on met rarement en avant la possibilité de transformer sur place. Certains chocolats sont produits en quantités trop petites et sont trop fragiles : ils doivent être à tout prix être travaillés dans leur pays d’origine. Grâce au travail de la Cooperativa, on les retrouve aujourd’hui en épicerie fine, notamment aux Galeries Lafayette et au Bon Marché.

Puis, petit à petit, j’ai continué à chercher d’autres produits comme le café par exemple. Mon objectif étant de constituer une large gamme de produits d’épicerie fine en provenance de Colombie.

Quelle est la mission de la Cooperativa et comment fonctionne-t-elle avec les producteurs ?

La Cooperativa a deux activités. La première est l’import de produits déjà consommés en Colombie, comme le café et le cacao, que nous plaçons en épicerie fine. Ils viennent de petits fabricants et font découvrir des saveurs de cacao absentes du marché français.

La seconde est Feroz, une gamme de produits premium prêts à la vente en Europe. Les emballages sont colorés et pop. Je ne veux pas qu’on se dise “c’est colombien”, mais qu’on découvre des goûts colombiens.

Qu’est-ce que la gamme Feroz et d’où vient son nom ? Quels sont les produits phares ?

Feroz est née en 2025. C’est une collection de six sauces à base de piments cultivés depuis 2017 dans le sud-ouest de la Colombie comme le tabasco, jalapeño et d’autres variétés. Toute la transformation se fait dans un périmètre de dix kilomètres.

J’ai choisi le nom Feroz parce que ce que je fais est difficile. Il faut avoir la patte de la panthère et s’accrocher comme elle lorsqu’elle plante ses griffes pour grimper.

Comment avez-vous pensé ces différentes recettes ?

Je ne voulais pas proposer des sauces trop fortes mais des recettes plus douces, pour ceux qui justement craignent le piment. Il y a aussi des sauces plus tropicales.

La sauce Cacao est, contrairement à ce que l’on pourrait penser, une sauce salée et non une sauce sucrée. On y sent le cacao fermenté, et la pulpe d’ananas vient équilibrer l’amertume. Elle s’utilise par exemple avec des sushis, ou pour mariner un filet mignon de porc. La Savoureuse, plus douce, est faite avec des piments des Caraïbes et une pointe d’huile de tournesol. Elle est excellente sur une pizza ou pour accompagner des pommes de terre façon patatas bravas. La sauce Ananas est la plus sucrée. Elle est idéale avec des ceviches, de la mangue verte mais également avec des beignets de tempura ou du poulet pané et plus largement avec tout ce qui est croustillant.

Les sauces se marient aussi avec les fromages : celle à l’ananas avec le comté, celle au cacao avec le brie ou le camembert. On peut par exemple glisser de la sauce au cœur d’un camembert pour lui donner une pointe de piquant. La sauce jalapeño convient très bien à un Bloody Mary. Les chefs ont là un vrai terrain de créativité : il faut simplement les inciter à essayer.

Par qui sont fabriqués les produits Feroz et comment arrivent-ils en France ? 

Les produits sont fabriqués en Colombie par trois producteurs : un pour les sauces, un pour les chips et un pour le manioc. Tout est fait de façon artisanale, et nous ne souhaitons pas automatiser. Seul l’emballage peut l’être : le travail des piments et des fruits pour les sauces reste et restera entièrement manuel.

Pour ce qui est de l’acheminement vers la France, je suis en lien avec une personne en Colombie qui m’aide sur toute la partie logistique. Un camion s’arrête chez chacun des trois producteurs, puis rejoint le port, où les produits passent un contrôle de la police anti-narcotique. Un bateau les transporte ensuite jusqu’à Rotterdam, puis jusqu’au Havre.

Comment imaginez-vous l’avenir de la Cooperativa ?

Je vais continuer à développer la marque Feroz pour proposer une large gamme de produits fabriqués en Colombie. Je suis heureuse d’avoir trouvé trois partenaires d’exception pour la confection des références Feroz. Aujourd’hui, je regarde aussi du côté des plantations de macadamia, de cacahuètes et de noix de cajou, pour étoffer la gamme. J’aimerais enfin ouvrir la porte à d’autres artisans colombiens qui souhaitent exporter leurs produits. Mais chaque chose en son temps, je prévois tout cela pour la fin d’année 2027.

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