Alain Fontaine : « Je laisse la place à d’autres énergies mais je reste très proche de l’AFMR »
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Alain Fontaine quitte la présidence de l’Association française des Maîtres restaurateurs après sept ans de mandat. Il dresse le bilan de son action et dessine les enjeux à venir pour le nouveau conseil d’administration. Entretien.
Pour quelle raison n’avez-vous pas renouvelé votre candidature à la présidence de l’AFMR ?
Je pense qu’il était temps de passer la main, après quatorze années à siéger au conseil d’administration et sept ans de présidence. Je l’ai d’ailleurs voulu ainsi en inscrivant dans les statuts l’impossibilité de se représenter au conseil d’administration après 68 ans. Ce qui est désormais mon cas. Je pense que dans toute association, il faut savoir partir pour laisser la place à d’autres énergies de s’exprimer. Je n’ai pas la même énergie qu’il y a sept ans et d’autres idées peuvent surgir. J’ai mené des combats, j’en ai initié d’autres. Désormais, le nouveau conseil d’administration et son président Stéphan Pey devront les poursuivre et eux-même en initier.
Quel bilan dressez-vous de vos mandats ?
En sept ans, l’AFMR a effectivement pris sa place dans le paysage de la restauration, vis-à-vis des professionnels, mais aussi des institutions, malgré le fait que nous ne soyons pas une organisation professionnelle représentative. Nous sommes très écoutés, notamment sur le fait-maison pour lequel une grosse partie du travail a été réalisée par les Maîtres restaurateurs. L’AFMR est légitime sur ce sujet puisque c’est inscrit dans notre cahier des charges. Nous avons initié et mené des combats sur l’immigration. Je crois avant tout que l’AFMR est devenu un incubateur d’idées. Nous sommes une boîte à outils pour les organisations professionnelles. Notre image nous dépasse. Elle va désormais bien au-delà du symbole du fait-maison et de la restauration traditionnelle.
Quelle place occupe désormais l’AFMR au sein de la profession ?
Nous sommes un pilier contre la malbouffe, pour dénoncer l’expansion de la restauration rapide. Rappelons quelques chiffres : 13.000 fast-food il y a 20 ans, 52.000 aujourd’hui. Avec les conséquences de plus en plus importantes que cela a sur la santé des Français. Nous devons le surveiller et je considère que nous avons là des problèmes de riches quand, parallèlement, 700 000 millions de personnes souffrent de la famine dans le monde. L’AFMR travaille à la lumière de ces chiffres redoutables. Si nous voulons sauver notre restauration traditionnelle, le bien manger, préserver notre souveraineté alimentaire et l’agriculture française, il va falloir travailler à des mesures fiscales, de charges sociales. Les pouvoirs publics doivent comprendre qu’on ne tiendra pas sur le long terme avec une restauration d’artisans qui est devenue une restauration d’investisseurs.
La restauration d’artisans coule, et il se met en place une dynamique à deux vitesses. D’une part des établissements destinés aux personnes aisées, et de l’autre ceux qui ne font que répondre à la crise du pouvoir d’achat au détriment de la santé. Et au milieu, les artisans, surnagent. Demain, nous devons récompenser les bons élèves en modulant les niveaux de charges les plus impactants. Il en est de même pour la baisse de la TVA. C’est anormal qu’un artisan restaurateur paye la même TVA qu’un fast-food.
Il faut reflécher la population française vers les gens qui travaillent bien. C’est un fait, cela coûte un peu plus cher, mais quelle valeur donnons-nous à notre santé ? Quelle valeur l’État donne-t-il à la santé des Français ? L’AFMR et Stéphan Pey devra porter ces questions au cours des prochains mois, et interpeller les candidats à l’élection présidentielle de 2027 sur leurs intentions vis-à-vis de l’alimentation.
L’AFMR a conquis une place importante dans le débat public autour de la restauration et vous avez été l’incarnation de ces combats durant ces années. Comment abordez-vous ce changement d’interlocuteur, dans un contexte avec autant d’enjeux ?
On ne change pas d’interlocuteur, j’ai promis à Stéphan Pey de demeurer à ses côtés durant l’année qui arrive. Je sais le challenge que cela représente pour lui, que la barre est haute mais je serai là pour l’aider à la franchir et, petit à petit, je lui laisserai la main. Je suis sûr qu’il y arrivera. J’ai l’avantage d’être parisien et d’avoir ainsi pu approcher plus facilement les institutions. Ce n’est pas son cas, c’est pour cette raison que deux vice-présidents, Nicolas El Hakim et Romain Vidal, l’accompagneront sur ce terrain.
Vous allez désormais concentrer votre énergie sur la défense des bistrots et cafés ?
Tout à fait. La donne est en train de changer dans le cadre du dossier pour l’inscription de ces pratiques sociales et culturelles françaises au patrimoine immatériel de l’Unesco. Il semblerait que des freins se soient levés depuis début mai, grâce au soutien du Président de la République. L’arrivée inopinée des savoir-faire de la haute couture dans la course ont amené de la complexité dans notre candidature. Mais nous avons fait en sorte de clarifier les intentions de notre dossier pour mettre à nouveau toutes les chances du côté de l’inscription des bistrots et cafés. Il faut que cela aboutisse car cela constituerait une bonne nouvelle à annoncer aux Français, aux agriculteurs, à la ruralité, aux quartiers. Nous avons besoin de cela dans le contexte actuel.