Cafés et bistrots, un théâtre social devant l’Unesco
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Les Bistrots et cafés de France seront-ils inscrits sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco ? En marge de la présentation du dossier, le 27 janvier, des ethnologues et historiens ont rappelé le rôle fondateur de ces établissements dans notre société, à l’occasion d’un colloque organisé à l’Assemblée nationale.
L’association des Bistrots et cafés de France défendra le 27 janvier, devant la Commission nationale du patrimoine culturel immatériel, le dossier pour que cet art de vivre français soit inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco. Pour appuyer cette candidature, des ethnologues, historiens et anciens ambassadeurs ont offert plusieurs tables rondes, le 20 janvier, à l’Assemblée nationale, pour démontrer le rôle social et culturel fondateur de ces établissements dans l’histoire.
Seize ans après l’inscription du repas français à ce répertoire, il est désormais question de protéger le patrimoine vivant, l’identité profonde de ces établissements. Les bistrots et cafés sont en effet menacés. Leur nombre a dégringolé en un siècle, passant de plus de 500.000 à moins de 40.000 aujourd’hui. «L’enjeu de l’inscription au patrimoine immatériel c’est d’endiguer la perte de sociabilité entraînée par ces fermetures, a rappelé à la tribune le président de l’association, Alain Fontaine. Les cafés sont l’incarnation même de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ce sont des lieux où la parole circule, où chacun peut aller et venir et qui apporte du réconfort. Pour continuer à vivre ensemble de façon apaisée, il nous manque beaucoup de cafés.»
Un lieu de parole
L’Histoire s’est en effet bâtie dans les cafés. L’historien Laurent Bihl rappelle que «nombre de mouvements politiques, artistiques, littéraires, ont vu le jour dans des salles et des sous-sols de cafés.Le bistrot est le lieu médiatique par excellence, l’endroit où la parole a la parole ».
Les rapports sociaux induits par les bistrots et cafés étaient au cœur des premiers échanges du colloque à l’Assemblée. L’ethnologue et conservateur honoraire du patrimoine Zeev Gourarier rappelle le caractère rituel de ces lieux, dès les prémices de leur existence. « Les cafés français jouent un rôle essentiel comme rite de passage entre le foyer et la ville. C’est un entre-deux, un lieu de transition.»
Tel un théâtre, les espaces du café et du bistrot s’organisent dans des fonctions bien définies : le bar, la salle, la terrasse. Chacun répond à des codes et des attentes sociales. Le comptoir, ce fameux zinc, en est le centre de gravité. Ce savoir-faire artisanal est d’ailleurs également menacé, par ricoché. Il ne reste plus que quelques fabricants, dont les Ateliers Nectoux, fervent soutien du dossier pour l’Unesco. On s’y accoude à la volée ou au contraire pour chercher le contact. La salle invite à prendre son temps, « une forme de résistance à l’heure de l’immédiateté», souligne l’ethnologue. La terrasse expose davantage, plus en prise avec l’espace public que la sécurité de la salle.
Le patron, garant du lien social
« Cette routine se perpétue depuis des générations, par imitation et par observation. C’est ce qui en fait un patrimoine vivant essentiel à l’équilibre d’un quartier, d’un village, analyse Catherine Virassimi, consultante en patrimoine culturel. Franchir le seuil d’un bistrot, c’est entrer dans un cadre où se construisent des relations particulières. On y va pour ne pas être seul. Et cela existe seulement grâce aux interactions sociales entre le personnel et les clients. Le patron de café et de bistrot est à l’origine de ce climat convivial. Il incarne la mémoire du lieu, de la communauté, du quartier. Il accueille sans discrimination et écoute. » Cette forme de sociabilité évolue en même temps que la société. Elle adopte de nouveaux rituels et participe, de fait, à maintenir la cohésion. Le patron de café doit donc, lui aussi, être protégé.