Cafés et bistrots : un patrimoine français à sauvegarder

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Cafés et bistrots : un patrimoine français à sauver. Un colloque relance leur inscription au patrimoine immatériel.

Café et bistrots patrimoine français sauvegarder.
Café et bistrots : un patrimoine français à sauvegarder. Au Palais Bourbon, un colloque a rappelé combien ces lieux du quotidien participent au lien social et à l’art de vivre français.

Le mardi 20 janvier 2026, le Palais Bourbon a accueilli le colloque « Cafés et Bistrots : un patrimoine français à sauvegarder », consacré à la reconnaissance de ces lieux emblématiques comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco. Organisé à l’initiative de l’Association des Bistrots et Cafés de France, présidée par Alain Fontaine, et invité par la députée Olivia Grégoire, l’événement a réuni élus, diplomates, journalistes et acteurs du secteur autour d’un même constat : les cafés et bistrots jouent un rôle essentiel dans la vie sociale, culturelle et démocratique française.

Lancée en 2024 par l’Association des Bistrots et Cafés de France, la démarche entre aujourd’hui dans une phase clé. Le 27 janvier 2026, la Commission nationale du patrimoine culturel immatériel examinera le dossier. Le ministère de la Culture décidera ensuite s’il présente officiellement la candidature des cafés et bistrots à l’Unesco. À travers ce colloque, les organisateurs défendent une conviction claire : Café et bistrots : un patrimoine français à sauvegarder, alors que ces lieux de convivialité se fragilisent partout sur le territoire.

Des retombées majeures pour la société française

L’inscription des cafés et bistrots au patrimoine immatériel de l’Unesco pourrait avoir plusieurs effets positifs : une attractivité touristique renforcée, en valorisant l’authenticité du modèle français ; la préservation d’un métier et de savoir-faire, en soutenant les patrons et patronnes de bistrots; sans oublier la promotion d’un art de vivre, fondé sur la convivialité, le partage et la rencontre.

Olivia Grégoire : patrimoine vivant et justice sociale

En ouverture du colloque, Olivia Grégoire a exprimé son profond respect et son admiration pour les métiers du CHR. Elle rappelle leur rôle central dans la transmission de la culture alimentaire française et du lien social.

La députée a profité de sa prise de parole pour rappeler son combat pour l’éducation au bien manger. Elle souhaite la rendre obligatoire, de la maternelle jusqu’à la terminale. L’enjeu est sanitaire. Il s’agit d’un véritable problème de santé publique. Selon l’Institut Montaigne, 6 % des enfants d’ouvriers sont en situation d’obésité. Ils sont moins de 1 % chez les enfants de cadres. Une inégalité criante, qu’Olivia Grégoire qualifie d’injustice sociale. Les conséquences sont lourdes : diabète de type II, insuffisances rénales et respiratoires. Le coût est estimé à 125 milliards d’euros par an. Déterminée à faire aboutir le projet, elle défendra le texte devant la commission le 28 janvier. Une présentation en séance est prévue le 2 février, avant le vote final.

Concernant l’inscription des cafés et bistrots au patrimoine culturel immatériel, Olivia Grégoire a réaffirmé son soutien à la candidature. Une position cohérente avec le message porté lors du colloque : Cafés et bistrots : un patrimoine français à sauvegarder, au nom du lien social et de l’intérêt général. « En France, l’excellence gastronomique ne se limite pas aux lieux d’exception. Elle se niche aussi dans de nombreux petits bistrots qui se battent pour maintenir des prix abordables et le fait maison. » Elle a rappelé l’importance de ces lieux face à la montée du virtuel.

Un soutien présidentiel affirmé

La candidature des cafés et bistrots bénéficie également du soutien du Président de la République.
Le 5 janvier 2025, Emmanuel Macron a plaidé pour l’inscription des cafés et bistrots à l’Unesco. Un soutien exprimé à l’Élysée, lors de la galette de l’Épiphanie.

Laurent Stefanini : une filiation avec le repas gastronomique des Français

Invité lors du discours d’ouverture, Laurent Stefanini, ancien ambassadeur de la France auprès de l’UNESCO, a rappelé que cette démarche s’inscrit dans une continuité historique.

L’inscription du Repas gastronomique des Français au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2010 a ouvert la voie à ce type de reconnaissance : « Le partage d’un repas est quelque chose d’essentiel. C’est à la fois une tradition et un mouvement populaire. Il est naturel que les cafés et bistrots soient reconnus à leur tour. »

Alain Fontaine : « le café est le parlement du peuple »

Prenant la parole à son tour, Alain Fontaine a défendu une vision profondément humaniste du bistrot : « Il est primordial de se retrouver autour de la table dans ces tiers-lieux. C’est une façon d’être et de vivre ensemble. Le café est le parlement du peuple, comme le disait Balzac. »

Il a rappelé le rôle historique des cafés dès le XVIIᵉ siècle, lieux d’échanges intellectuels, puis d’émancipation ouvrière au XIXᵉ siècle, avant de devenir des refuges durant les années 1940.
À l’exception de la période du Covid, ces lieux ont toujours été ouverts, traversant les siècles.

Aujourd’hui, la France compte moins de 40 000 cafés et bistrots. Or ils demeurent essentiels pour un vivre-ensemble apaisé, où naissent amitiés, engagements et histoires d’amour.

« Ce patrimoine vivant, il faut le préserver, non seulement parce qu’il nous est cher, mais aussi pour le transmettre à nos enfants. »

Une reconnaissance attendue pour un patrimoine vivant

Les modes de vie se fragmentent. Le virtuel s’impose dans les relations humaines. Dans ce contexte, la reconnaissance des cafés et bistrots comme patrimoine culturel immatériel prend tout son sens. Modestes en apparence, ces lieux restent essentiels. Ils accueillent, rassemblent et font dialoguer les générations et les milieux sociaux.

Après l’examen par la Commission nationale du patrimoine culturel immatériel, le ministère de la Culture devra se prononcer. La France décidera alors si elle défend la candidature des cafés et bistrots à l’Unesco. Au-delà du label, l’enjeu est clair. Reconnaître un patrimoine vivant. Un patrimoine fragile, mais essentiel au lien social.

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