Faire le choix des familles

  • Temps de lecture : 2 min

L’édito d’Alice Mariette, rédactrice en cheffe de Au Cœur du CHR, revient sur la question de la place accordée aux enfants dans les restaurants.

alice-mariette
Alice Mariette. Crédits : DR.

Les enfants ont-ils leur place dans nos restaurants ? La question peut sembler provocatrice. Pourtant, la multiplication des établissements affichant un positionnement « no kids » révèle une évolution qui interroge. Au point que la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’en est saisie.

Dans un rapport publié au début de l’été, elle appelle à interdire les espaces « sans enfants » dans la sphère publique, estimant que cette tendance participe à leur « exclusion plus systémique » de notre société. Le constat est partagé par la Haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry, qui défend une vision résolument inclusive. Si le phénomène reste encore limité, il progresse bel et bien. La CNCDH rappelle notamment que le nombre d’hôtels « adults only » a doublé entre 2016 et 2023. Au delà d’un simple concept, l’absence d’enfants est devenue un argument commercial permettant de valoriser une offre et d’en augmenter le prix.

Cette logique gagne la restauration. Il est vrai que tous les établissements ne disposent ni des espaces, ni des équipes, ni du positionnement permettant de répondre aux attentes d’une clientèle familiale dans les mêmes conditions. Ces contraintes sont réelles et personne ne les nie. Mais doivent-elles conduire à faire de l’exclusion un argument marketing ? La restauration est avant tout un métier d’accueil. Et les enfants font naturellement partie des personnes à recevoir. Certes, ils ne représentent pas le ticket moyen le plus élevé, mais ils influencent fortement les décisions de leurs parents, participent au choix des établissements et deviendront, demain, les clients qui feront vivre les restaurants. Cela ne suppose pas de transformer tous les établissements en aires de jeux. Un accueil adapté ne passe pas nécessairement par de lourds investissements. Une chaise haute disponible, un menu enfant soigné, une équipe sensibilisée aux besoins des familles…

Il suffit souvent de peu pour améliorer l’expérience de tous, sans dénaturer l’identité du lieu. L’exclusion ne devrait pas être un signe distinctif. Car accueillir les enfants, ce n’est pas seulement répondre aux attentes des familles, c’est défendre une certaine idée de l’hospitalité.

PARTAGER