Thématiser un restaurant autour d’une activité ludique permet d’attirer un public qui boude les tables classiques et souhaite de l’animation. De nouveaux concepts ont émergé et leurs exploitants parviennent à maintenir un équilibre financier, en n’oubliant jamais que la restauration demeure le nerf de la guerre.
Les sports et les jeux se prêtent à une consommation parallèle de boissons. Les clubs de foot ont leur bar officiel dans le village, ceux de rugby leur troisième mi-temps. Il n’y a pas un club de pétanque qui se respecte sans buvette à l’ombre des platanes. Dans un univers plus chic, comme le golf, les clubhouses permettent de prolonger autour d’une table l’expérience vécue sur les greens. Les exploitants de billards et les bowlings savent depuis longtemps combiner les deux activités.
On peut citer à cet égard l’étonnant Bowling du Rouergue, à Onet-le-Château, qui se positionne depuis longtemps comme l’une des tables les plus en vue de l’Aveyron. Forts de ce constat, de plus en plus de professionnels qui travaillent sur des concepts de loisirs ont vite remarqué qu’un bar et de la restauration pouvaient représenter des recettes additionnelles appréciables. Au Wildness (Paris 13e), où le public s’initie au lancer de hache, un petit bar a été prévu pour que les participants puissent se remettre de leurs émotions. La tendance commence même à gagner les escape games. Ainsi, Prizoners, présent dans sept villes françaises, propose un bar à vin dans son unité de l’agglomération grenobloise, à Gières (Isère).
Club-house en ville
Une tendance nouvelle se dessine. Des restaurateurs imaginent des concepts hybrides où activités ludiques et restauration sont étroitement imbriquées et représentent chacune une source de profit. Ancien restaurateur, Maxence Dumand a cédé l’établissement qu’il a créé durant la crise sanitaire pour lancer avec deux associés, Brice Gallon et Benjamin Guedj, le projet de Chill & Golf (Paris 17e), ouvert depuis juin 2025.
L’adresse dispose de trois simulateurs de golf provenant de la technologie Trackman. Les clients ont ainsi le choix entre 500 parcours sélectionnés dans le monde. Les étapes successives du parcours sont projetées sur un écran de toile. Les joueurs choisissent un club à leur convenance et frappent une balle réelle qui va s’écraser sur l’écran. Un radar calcule alors la vitesse de frappe et l’angle, afin de déterminer la trajectoire de la balle. Ces parties sont facturées entre 22,50€ et 37,50€ la demi-heure, quel que soit le nombre de joueurs autour de l’écran.
Chill & Golf possède en outre un restaurant de 75 places assises, dont 32 en terrasse avec un décor haut de gamme. Il offre une carte importante de boissons. Côté nourriture, les brunchs sont déclinés lors du déjeuner. Des tapas et des planches prennent le relais au dîner. Le ticket moyen global tourne autour de 50€, jeux et consommation confondus. Le CA de la restauration est légèrement supérieur à celui du golf. « Je pense qu’aujourd’hui les consommateurs viennent de moins en moins au restaurant pour manger et discuter, estime Maxence Dumand. Ils désirent une animation complémentaire. C’est aussi un moyen de sécuriser l’activité. Si j’ai un service un peu faible, je vais me rassurer en constatant que plusieurs groupes sont inscrits le soir. »
Le lieu privatisable s’adresse à une clientèle plutôt fortunée. Mais, revers de la médaille, l’activité est plutôt saisonnière. Si Chill & Golf affiche complet l’hiver, dès les beaux jours, les clients s’ébrouent vers des parcours naturels. Enfin, le restaurateur reconnaît que les charges demeurent lourdes. Il a fallu au départ investir 1,2 M€ pour aménager les 300 m2 de cette ancienne boutique de jeux vidéo (Micromania). Autre écueil, l’établissement doit aussi composer avec les loyers de ce quartier chic de l’avenue Niel.
Stands de tir et restauration
Cette considération immobilière n’est pas anodine. Pour ouvrir Pan, un concept lié au ball-trap, Jonas Henry et ses deux associés ont dû investir 2 M€ pour équiper les 500 m2 offerts par cet ancien supermarché de la rue de Paradis (Paris 10e). Heureusement, Pan, lieu de destination, ne requiert pas un emplacement de premier choix. Mais la surface indispensable pour installer un restaurant et neuf stands de tir apparaît hors norme. Pan dispose de 25 fusils de chasse, dont les percuteurs ont été neutralisés. Un laser a été intégré dans les canons. Le fusil est actionné par un système électronique lié à la gâchette et peut être rechargé en actionnant la clé de bascule.
Les tireurs, en grande majorité néophytes, ont le choix entre six jeux de ball-trap et trois jeux de Far West. Ces jeux vidéo inédits ont été conçus par un des associés. L’accès au stand est possible à partir de 10€/personne pour une séance de 60 à 90 min. Le tarif augmente ensuite en fonction de la disponibilité des stands.
Les consommateurs viennent de moins en moins au restaurant pour manger et discuter.
Chacun est équipé d’un écran et de deux fusils. Il accueille aussi des fauteuils et des tables basses où le groupe participant peut se restaurer. Une autre zone de restauration générale est installée face au bar, qui propose une sélection de boissons premium. La carte a été soigneusement élaborée. Elle décline des planches géantes, mais aussi des miniburgers ou des frites au fromage de brebis.
L’offre du bar et de la restauration a prouvé son attractivité. Elle représente la moitié du chiffre d’affaires. « Nous avons recruté un chef qui avait travaillé dans la restauration étoilée, mais aussi la collectivité, indique Jonas Henry. Il est capable de proposer des prestations de qualité tout en absorbant des volumes. Nous avons déjà accueilli 150 personnes le matin et 100 personnes le soir… Il est important pour nous d’inspirer confiance aux entreprises. La moitié de notre clientèle est constituée de groupes. » Globalement, le concept très digitalisé est peu gourmand en main-d’œuvre. Avec seulement cinq salariés, Jonas Henry parvient à faire fonctionner cet établissement ouvert au public 6 j/7 entre de 15 h et 1 h.
Si les jeux de fléchettes ont toujours eu leur place dans les bars, ils constituent la base du concept Les Petites Flèches, créé en 2019, et qui compte désormais trois adresses parisiennes. La dernière-née, celle de Pigalle (Paris 9e), dispose de sept pistes et 50 places assises, sur une surface de 130 m2. A priori, rien de révolutionnaire. Les joueurs tirent des fléchettes à pointes d’acier qui se plantent dans une cible. « Ce qui est nouveau, précise Matthieu Coat, un des trois associés dirigeant l’enseigne, c’est que nous avons intégré une caméra qui calcule immédiatement les scores. » Ce dispositif plus ludique et convivial attire les groupes de collègues, les familles, mais aussi les touristes de passage.
Nous avons intégré une caméra qui calcule immédiatement les scores.
L’accès aux pistes de fléchettes est facturé à l’heure (29€ les mardis-mercredis, et 39€ les jeudis-vendredis-samedis). Le dimanche et le lundi, un tarif attractif de 14€ a été mis en place pour dynamiser la période. Malgré tout, une grande majorité du CA est réalisée autour des ventes de boissons et de tapas du bar. Le jeu crée avant tout des conditions propices au loisir et à la détente.
Chez Loufoque (Paris 9e), le bénéfice des jeux apparaît également très secondaire. Chaque client qui pénètre dans l’établissement paie 6€ pour avoir accès « en illimité » à 300 jeux de société. Mais globalement le ticket moyen se stabilise à 25€, ce qui semble satisfaire le patron, Maxime Darras. Cet ancien ingénieur agronome a cédé à sa passion pour les jeux de société, en acceptant de travailler au Loufoque, concept de bars avec jeux de société, créé par Gandalf Gires, rue Galande (Paris 5e). Deux ans plus tard, Maxime Darras fondait la première franchise de l’enseigne qu’il exploite depuis lors. « Les jeux de société restent abordables, assure-t-il. Leur étagère de stockage n’occupe pas beaucoup de surface et je me contente d’étoffer le stock avec l’acquisition de 3 à 6 jeux par mois. »
Ainsi, cinq soirs par semaine dès 17 h, Loufoque accueille des clients. Le concept est porteur: l’hiver, les 40 places de l’établissement affichent souvent complet. Seule ombre au tableau, les convives qui ont payé pour jouer mobilisent les tables toute la soirée sans forcément consommer plus. Mais les jeux de société ont l’avantage d’attirer régulièrement du public dans l’emplacement improbable de la très tranquille rue Thimonnier. Dans ces conditions, Maxime Darras a pu créer une entreprise sans investissement immobilier excessif, avec seulement l’acquisition d’une Licence IV.
Gossima, le précurseur
Pionnier des combinaisons thématiques entre le sport actif et le bar, Gossima a été créé en 2013. Jérôme Guilbert s’est associé avec trois vedettes françaises du tennis de table – Jean-Philippe Gatien, Patrick Chila et Christophe Legoût (l’oncle des frères Lebrun) – pour s’installer dans un ancien garage sur deux niveaux, rue Victor-Gelez (Paris 11e). Gossima dispose ainsi de 600 m2 à travers lesquels sont positionnés deux bars et huit tables de ping-pong. Les tables sont louées 6 € la demi-heure, raquettes et balles fournies. « En fait, 80 % de notre CA proviennent du bar, souligne Jérôme Guilbert. Certes, quelques amateurs viennent s’entraîner. Mais dès le départ nous avons voulu nous ouvrir à un large public en créant un lieu ludique et festif lié à ce sport. C’est d’ailleurs la seule façon de rentabiliser l’occupation d’un si vaste espace à Paris. »
Un groupe peut ainsi, moyennant 100 €, privatiser un espace pour la soirée, une formule appréciée. Le lundi est consacré au beer pong. Jérôme Guilbert assure « privilégier la qualité des produits », en proposant la marque de jus de fruits Alain Milliat et les Bières pression de Deck & Donohue : « C’est important pour maintenir l’activité dans une période difficile. » Le succès des frères Lebrun peut lui laisser entrevoir un avenir radieux. Depuis les JO, le carnet de réservation pour les anniversaires d’enfants, organisés le samedi, affiche régulièrement complet.