Bragard : « Nous sommes au service de la gastronomie »

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Partenaire historique des plus grands rendez-vous culinaires – du Bocuse d’Or à la Coupe du Monde de la Pâtisserie – Bragard habille depuis près d’un demi siècle l’élite mondiale de la gastronomie. À la tête de la marque vosgienne, Alain Glehello détaille la stratégie, les innovations et la culture du service qui réaffirment Bragard comme référence du vêtement professionnel, de l’école de cuisine aux scènes internationales.

alain glehello bragard
Bragard accompagne de nombreux concours et prix, comme les compétitions du Bocuse d’Or. Ici, son P-DG, Alain Glehello, remet une veste personnalisée au vainqueur du Bocuse d’Or 2025, Paul Marcon. Crédit : Bragard

Sur quoi repose la légitimité de Bragard dans la gastronomie ?

Alain Glehello : « Elle s’est construite petit à petit, grâce aux chefs et au bouche-à-oreille professionnel. L’histoire avec Paul Bocuse a été déterminante. Il a inspiré la veste « Grand Chef » en 1976 et affirmé l’exigence d’excellence de Bragard. Ce lien perdure aujourd’hui avec l’Institut Lyfe [ex-Paul Bocuse, NDLR] les restaurants Bocuse et des chefs comme Olivier Couvin [chef à L’Auberge du Pont de Collonges de Paul Bocuse, NDLR], ambassadeur naturel de la marque. Nos partenariats avec les concours Bocuse ou des compétitions mondiales comme la Coupe du Monde de la Pâtisserie, confirment notre rôle d’accompagnateur de toute la gastronomie, du jeune élève au chef étoilé.

Comment définiriez-vous la philosophie produits de la marque ?

Nos produits doivent répondre à une double exigence. À la fois être des outils de travail performants et des pièces élégantes qui valorisent l’image du chef. Le confort est fondamental. En cuisine, la veste accompagne des heures de stress, de chaleur, de mouvement. Elle doit être respirante, ergonomique, mais toujours parfaitement coupée. Depuis l’avènement des cuisines ouvertes et des restaurants qui se vivent comme des scènes, la veste est devenue un élément visuel essentiel. Les chefs savent que leur tenue influence l’expérience client. D’où l’importance des finitions impeccables, même celles invisibles. La qualité des coutures, des tissus, des doublures… La veste « Grand Chef » incarne cette philosophie. Elle représente pour beaucoup une étape dans la carrière. Certains jeunes chefs nous disent qu’ils « n’en sont pas encore dignes ». C’est révélateur. Ce vêtement, aux boutons en tissu remplis et cousus à la main — trois minutes quarante-deux par bouton ! — porte une charge symbolique et artisanale unique dans l’industrie. Le marché évolue très rapidement : les nouvelles générations, les réseaux sociaux, les enjeux climatiques…

Comment Bragard se réinvente-t-elle sur ces questions ?

Nous avons remis la R&D au centre de notre stratégie. Nous voyons qu’une nouvelle génération de chefs veut affirmer son identité. Cela passe par des coupes plus modernes, par exemple des manches courtes. Mais aussi des couleurs plus variées, un style plus personnel. Nous répondons aussi à des demandes très créatives, à l’image du modèle hybride kimono/veste de cuisine réalisée pour le chef Danny Khezzar [finaliste « Top Chef » 2023, restaurant Bayview by Michel Roth* à Genève, Monsieur Claude à Rueil-Malmaison, NDLR]. Parallèlement, les contraintes climatiques et géographiques nous poussent à aller plus loin. Nos clients cuisinent à Dubaï, Riyad ou Doha dans des températures extrêmes, il faut des matières ultra-respirantes. Le climat se réchauffe aussi en Europe, et les vestes doivent s’adapter. Nous avons lancé en janvier une nouvelle veste ultra-technique, et au premier trimestre 2026 une gamme dédiée au lavage industriel, certifiée ISO, pour répondre aux besoins de groupes hôteliers et de restauration collective. C’est un tournant.

Enfin, la féminisation du secteur nous oblige à repenser les coupes pour qu’elles soient adaptées à la morphologie des cheffes. Notre modèle Garance, écho féminin de notre best-seller Garden, illustre bien cette approche.

Comment garantissez-vous qualité et responsabilité ?

Nous maîtrisons toute la chaîne. 70 % de nos tissus sont français, dont 58 % provenant des Vosges, près de notre siège, ce qui nous permet de contrôler et d’ajuster rapidement. Notre sous-traitant principal réalise 80 % du haut de gamme avec une précision artisanale, et la broderie est entièrement faite à Épinal par une équipe experte. Le contrôle qualité comporte quatre niveaux, de la fabrication au repassage final, et rien n’est expédié sans inspection. Parallèlement, nous progressons sur l’écoresponsabilité avec des fournisseurs certifiés et des audits réguliers.

En quoi le service constitue-t-il un véritable différenciateur pour vous ?

Nous sommes au service de la gastronomie. Cela signifie que Bragard ne vend pas seulement des vestes, nous accompagnons les chefs. Et cela se voit de manière spectaculaire sur les concours. Pour la sélection France du Bocuse d’Or, par exemple, nous fournissons plus de 200 vestes. Pour la finale mondiale, plus de 700. Nous sommes présents sur place, dès 5 heures du matin, avec une couturière pour les ajustements de dernière minute, et une équipe pour repasser chaque veste. C’est une logistique titanesque, il faut anticiper les tailles, les drapeaux, les broderies spécifiques à chaque pays et à chaque étape du concours. Une veste mal ajustée ou livrée trop tard peut créer un stress énorme pour un candidat déjà sous pression. Nous le savons, et nous agissons comme une véritable conciergerie. Cette culture du service vient de la restauration. Comme un chef, nous devons être capables de tout remettre en question chaque jour.

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