Laferté, réinventer le whisky à la française 

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Fondé par le trio d’amis Anthony Davoigniot, Adrien Douady et Loys Vallon de Testa, Laferté propose des whiskys élégants et subtils. Pensés pour une dégustation libre, loin des carcans qu’on lui impose, ces spiritueux s’adressent à la fois aux connaisseurs de whiskys qu’aux non-initiés.

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Anthony Davoigniot, Adrien Douady et Loys Vallon de Testa. Crédit : Laferté.


Formé en agroalimentaire et inspiré par ses voyages et rencontres avec des distillateurs passionnés, Adrien Douady a su allier science et savoir-faire traditionnel pour proposer chez Laferté des whiskys accessibles, élégants et riches en caractère. Son ambition ? Valoriser la typicité de chaque étape de production, du maltage au vieillissement. Il souhaite également faire de la dégustation un moment simple et intelligible.

Quel a été votre premier contact avec le monde des spiritueux. Qu’est qu’est-ce qui vous a donné envie de vous y consacrer ?

Mon premier contact avec les spiritueux remonte à mes études d’ingénieur à Montpellier, où j’ai suivi une spécialité en agroalimentaire. J’ai effectué des stages à l’étranger, notamment dans la culture du cacao et de la canne à sucre, puis travaillé sur les arômes du cacao dans le cadre de ma double formation en nutrition et valorisation des produits agroalimentaires. C’est à ce moment précis que je me suis retrouvé chez Hennessy, sans formation préalable en viticulture ou œnologie. Là, j’ai découvert la passion des distillateurs.

Ce métier, manuel et empirique, est pratiqué depuis plus de 300 ans, mais reste en grande partie artisanal et basé sur le savoir-faire transmis de génération en génération. Enfin, ma thèse portait sur la valorisation des eaux-de-vie, avec pour objectif d’éviter le standard en utilisant la science pour créer des produits exceptionnels. Cette expérience m’a permis d’allier pratique et théorie, en mettant les mains dans le processus tout en conservant une approche scientifique. J’ai grandi dans la région de Tours, une zone viticole, ce qui a aussi nourri mon intérêt pour les spiritueux.


Qu’est-ce qui vous anime le plus aujourd’hui dans votre travail chez Laferté ?

Mon objectif est de proposer des spiritueux avec de grandes qualités organoleptiques, accessibles aussi bien aux connaisseurs qu’aux novices. Je ne cherche pas à plaire uniquement aux experts ou aux « whisky geeks », mais à créer un produit qui fédère autour d’un même univers. Aujourd’hui, mon rôle chez Laferté consiste à valoriser chaque étape de production — maltage, vieillissement, assemblage — pour créer la typicité du produit final tout en respectant le travail de chaque maillon de la chaîne.

Qu’est-ce qui influence votre façon de penser un whisky ?

Je pense que tout nous influence : voyages, rencontres, souvenirs d’enfance. Les spiritueux sont intimement liés au voyage — un rhum transporte vers les Antilles ou la Réunion, une tequila vers les champs d’agave. Ces expériences nourrissent notre imaginaire gustatif et participent à la création de profils aromatiques uniques. Je remarque aussi que beaucoup de whiskys sont pensés pour des niches, avec des profils très techniques et peu fédérateurs. Chez Laferté, nous voulons créer des produits qui séduisent un large public tout en restant raffinés et inspirants.

Comment définiriez-vous l’ADN de Laferté à quelqu’un qui ne connaît pas encore la marque ?

Laferté ne cherche pas à se conformer à un style classique de whisky écossais, japonais ou irlandais. Notre ADN est hétérogène et reflète une mosaïque de producteurs. Ce qui définit Laferté, c’est la finesse, l’élégance et l’accessibilité. Nous souhaitons que nos whiskys puissent se déguster librement : pur, allongé ou en cocktail. Nous voulons contribuer au style français du whisky, le rendre universel et désaisonnalisé, tout en restant complémentaires aux whiskys classiques. L’innovation se retrouve dans notre façon d’assembler les whiskys et de les présenter pour les rendre attractifs aux nouvelles générations.


Qui est le consommateur actuel de Laferté et celui que vous aimeriez séduire demain ?

À l’origine, nous visions des consommateurs plutôt urbains et capables d’investir plus de 50 € dans une bouteille. En réalité, notre clientèle – si nous devions la qualifier – est masculine et déjà passionnée par le whisky. Aujourd’hui, nous souhaitons continuer à séduire ce public tout en attirant de nouveaux consommateurs.


Quelles tendances observez-vous sur le marché des spiritueux et comment vous y adaptez-vous ?

Le marché est très saisonnier : les ventes se concentrent en novembre et décembre, avec une faible consommation estivale. Nous voulons démontrer que nos produits peuvent se consommer toute l’année, et pas seulement lors des périodes festives.


Si vous deviez imaginer le futur de Laferté dans cinq ans, quel serait-il ?

Nous souhaitons rester sur une gamme courte mais identifiable, avec quelques références phares qui permettent de proposer des produits à la fois adaptés à l’export et au CHR (cafés, hôtels, restaurants). Nous avons déjà un deuxième produit tourbé, ce qui apporte de la profondeur à la gamme. L’objectif n’est pas de créer une dizaine de références, mais de garantir la qualité et la versatilité, en permettant à nos whiskys de se marier facilement dans des cocktails ou d’être dégustés seuls.

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