Rebecca Lockwood, du Brésil à Paris

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Voilà un parcours qui force le respect. À seulement 44 ans, Rebecca Lockwood a déjà connu plusieurs vies. Celle qui désirait être journa-liste s’est finalement orientée vers la cuisine avec un certain succès. Cheffe de son propre restaurant, puis cuisinière particulière de Madonna, elle a finalement décidé de concourir au succès de L’Agapé, à Paris.

Rebecca Lockwood. Crédit Karine S. Bouvatier

Rebecca Lockwood a été sollicitée par Laurent Lapaire, patron du restaurant L’Agapé, afin de présider aux destinées des cuisines de ce restaurant étoilé. La cheffe brésilienne et le restaurant composent un duo atypique et complémentaire qui n’a qu’une feuille de route : l’excellence culinaire. Originaire des confins de l’Amazonie, la cheffe de 44 ans a grandi à Rio de Janeiro. Il en résulte une cuisine métissée et ensoleillée et dans ce melting pot culinaire, elle a su se créer une identité forte. Depuis 22 ans, elle manie, avec dextérité les couteaux et les casseroles.

Pour autant, la jeune femme ne se prédestinait aucunement à embrasser ce métier. En effet, elle souhaitait, plus jeune, se consacrer au journalisme. La Brésilienne avait même entrepris un cursus dans l’une des universités de Rio. Mais l’amour de la cuisine s’est révélé plus intense. «Au-delà du goût d’un plat, je suis attachée à la notion d’expérience, de souvenirs et de partage, du producteur jusqu’à l’assiette du client», explique-t-elle.

Perfection au Cordon Bleu

Aussi, déterminée à faire aboutir son projet et donc à réaliser son rêve, Rebecca Lockwood intègre une école de cuisine au Brésil, puis elle rejoint, en 2000, l’institut Le Cordon Bleu à Paris pour perfectionner sa technique. La cheffe avait à cœur de contribuer à un mouvement de fond à cette époque, au Brésil : sortir d’une cuisine du monde pour remettre à l’honneur les produits de cet immense pays. «Cela consiste notamment à utiliser du manioc, considéré comme un “ produit de pauvre ”, ou encore d’avoir recours à des techniques amérindiennes pour séparer l’amidon de la fibre de manioc. On trouve aussi beaucoup d’ingrédients fermentés et de fruits tropicaux», détaille la cheffe du restaurant Agapé.

Après le Cordon Bleu, la Sud-Américaine pose ses valises au Portugal durant plusieurs années. D’abord, elle mise sur le sushi, puis étoffe peu à peu sa partition en écumant différents restaurants gastronomiques. Forte de cette expérience, elle décide d’ouvrir son propre restaurant au Brésil, en 2010. «C’est à ce moment que je suis parvenue à me faire connaître», se félicite-t-elle.

Au-delà du goût d’un plat, je suis attachée à la notion d’expérience, de souvenirs et de partage. 
Rebecca Lockwood,

La cuisine de Rebecca Lockwood séduit à tel point que Madonna en personne la repère. Peu de cuisiniers peuvent se targuer d’avoir été le chef particulier d’une chanteuse mondialement connue. La Brésilienne fait pourtant partie de ceux-là. «À mon retour en Europe en 2016, j’ai ouvert un restaurant éphémère sur une plage au Portugal. Madonna figurait parmi les clients et a demandé à me rencontrer», se souvient Rebecca Lockwood. Un mois plus tard, la star fait appel à la cheffe et fait d’elle sa cuisinière attitrée. Ensuite, on retrouve Rebecca Lockwood à Paris en 2018, après avoir été au service de Madonna durant un an et conduit différents projets dans la capitale.

Mais c’est en 2022 que la cheffe fait de nouveau parler d’elle en intégrant les cuisines, en mars dernier, du restaurant étoilé L’Agapé. C’est le maître des lieux, Laurent Lapaire, qui a su convaincre la Brésilienne de diriger les cuisines de cet établissement affichant une étoile au Guide Michelin. L’Agapé représente l’œuvre de Laurent Lapaire. Ce dernier, qui fut le « bras gauche d’Alain Passard» pendant dix ans, a créé cette table intimiste il y a déjà 14 ans.

L’école Alain Passard

À L’Agapé, il insuffle une ligne directrice et a su s’entourer de nombreux chefs qui ont tour à tour mis à disposition leur talent pour faire de cette adresse un établissement de premier choix. Tous sont passés par les cuisines du mythique Arpège d’Alain Passard. Ainsi, après Bertrand Grébaut, qui par la suite a lancé Septime ; David Toutain, qui a fondé son restaurant éponyme ; Toshitaka Omiya que l’on a retrouvé à L’Alliance, ou encore Benoît Dumas, dernier chef de L’Agapé, c’est au tour de Rebecca Lockwood de se prêter au jeu. Celle-ci aura la lourde tâche de conserver l’étoile qui brille au-dessus de ce restaurant depuis de nombreuses années. Gageons que la cheffe brésilienne relèvera le défi, tant sa cuisine impressionne.

«Rebecca a carte blanche», souffle Laurent Lapaire. Ainsi, le restaurateur laisse entièrement le champ libre à la jeune femme, même s’il n’est jamais loin et prend plaisir à goûter chaque plat. Maintenir un macaron ne constitue pas sa seule ambition, Rebecca Lockwood entend égale-ment décrocher une étoile verte qui récompenserait le travail fourni en faveur d’une cuisine responsable.

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