Léo Dugue-Perrin, chercheur de thé : « les herbes et les infusions ont donné naissance à un univers imaginaire qui ne m’a jamais quitté »
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Plongé dès l’enfance dans l’univers des herbes et des infusions, Léo Dugue-Perrin est parvenu à faire du thé son métier. Aujourd’hui chercheur de thé pour Palais des Thés, il parcourt le monde à la recherche de plantations rares, berceaux des grands crus de la marque.
Comment devient-on chercheur de thé ? D’ailleurs, pouvons nous ne serait-ce y songer ? Dans les livres et sur parcoursup, il existe nulle trace de cette trajectoire (ou si peu). Pourtant, ce métier, s’il semble uniquement exister dans nos rêves, est bel et bien réel. Pour vous le prouver, nous avons rencontré Léo Dugue-Perrin, chercheur de thés au sein de la maison Palais des Thés.
« Adolescent, je n’avais pas une idée précise du métier que je voulais faire… Et je ne me voyais pas choisir mon futur au hasard ! Un jour, j’ai pris un bout de papier et j’ai listé ce qui était essentiel pour moi. Je voulais voyager et travailler dans un univers qui me ressemblait. Dans mon esprit, cet univers, c’était celui du thé. Par chance, il allait pouvoir me permettre de découvrir le monde entier », explique simplement Léo Dugue-Perrin.
Les infusions de l’enfance
En plongeant dans ses souvenirs, il se remémore que lorsqu’il était enfant les thés incarnaient pour lui de véritables potions magiques. Dans sa Bretagne natale – aujourd’hui devenue maison mère de la production de thé en France – il s’amusait à « confectionner des petits mélanges » avec sa grand-mère et sa cousine dans le jardin. « Je crois que les herbes et les infusions ont donné naissance à un univers imaginaire qui ne m’a jamais quitté », déclare-t-il les yeux plein de lumière.
Quelques années plus tard, Léo Dugue-Perrin se met à écumer les blogs en quête de savoirs sur cette plante riche en théine. Presque par hasard, il tombe sur celui de François-Xavier Delmas, fondateur de Palais des Thés et futur mentor. « Le blog s’intitulait – et s’intitule encore d’ailleurs – Chercheur de thé. Je découvre alors qu’il existe un métier qui correspond exactement à celui de mes rêves. Je lis avec attention les articles de son auteur et je décide rapidement de lui écrire », déclare Léo Dugue-Perrin. Alors âgé d’une quinzaine d’années, le jeune garçon entame une conversation épistolaire avec François-Xavier Delmas abordant toute la sensorialité thé.
L’apprentissage libre
Convaincu, il se lance dans l’aventure avec un premier stage en tant que vendeur au sein de la boutique Palais des Thés de Rennes. Puis, il décide très vite de se frotter à la matière première, celle qu’il affectionne tant. Autodidacte, il entame un long voyage au sein de diverses plantations situées au Népal, au Vietnam, en Chine et à Taïwan. « François-Xavier Delmas m’avait donné quelques noms d’exploitants à qui rendre visite. À leur contact, je goûte et et j’apprends. Je me mets à travailler à leurs côtés en échange du logis car dans ce métier, il faut mettre la main à la pâte sinon il est impossible de progresser », lance le chercheur de thés.
Léo Dugue-Perrin se lie aux producteurs et sélectionne quelques échantillons de thé ayant attirés son attention pour les envoyers au fondateur de Palais des Thés. « Il s’est rendu compte que nous avions les mêmes goûts, que je comprenais le marché français alors il m’a proposé d’endosser le métier de chercheur de Thés », résume avec humilité Léo Dugue-Perrin.
Le goût de l’aventure
Aujourd’hui, s’il n’a pas encore trente ans, le jeune homme parcourt déjà le monde entier à la poursuite des plantations riches en théine. « La Thaïlande est un pays très touristique mais lorsque j’y vais, il n’est pas question de me prélasser sur les plages ensoleillées. Les théiers se trouvent loin des sentiers battus, explique-t-il. Mon métier, consiste tout simplement à aller où personne ne va pour chercher ce que personne ne cherche. » Léo Dugue-Perrin passe un tiers de l’année à l’étranger, un autre à sélectionner les thés reçus à Paris. « Hormis cela, je n’ai pas de journée de type et c’est ce qui me rend le plus heureux. Lorsque je voyage, je sais où je vais passer mes deux premières nuits et ensuite c’est l’aventure. Je vais où mes ressentis me mênent », précise ce dernier.
Les dégustations, elles, se font toujours à l’aveugle : « pour ne jamais être influencé par la sympathie d’un producteur. » Ce qu’il recherche ? « Des thés qui racontent une histoire mais aussi l’authenticité d’un terroir. » Il se remémore alors un récent voyage à Fang, en Thaïlande. Là, il découvre au milieu de l’humidité de la jungle des théiers géants, dont la génétique n’a jamais été touchée par l’homme. « C’est comme voir des dinosaures, raconte-t-il, émerveillé. Ce sont des arbres immenses dont les bourgeons possèdent un parfum d’origan, de rose et de basilic. » Des thés blancs d’une pureté exceptionnelle, qu’il sait rares et précieux.
Mais au-delà du goût et de la qualité, Léo Dugue-Perrin voit désormais son rôle comme une véritable mission. Avec Palais des Thés, il souhaite garantir aux producteurs une juste rémunération. « Chaque thé acheté doit avoir un impact positif. Quand un producteur me dit que grâce à cet argent il a pu envoyer sa fille dans une super école, c’est ma plus grande source de bonheur », confie-t-il. Aujourd’hui, Palais des Thés continue son développement. Les boutiques, fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Le jeune chercheur de thé doit sélectionner davantage de grands crus tout en restant fidèle à la philosophie de la maison : trouver les meilleures feuilles de thé. « Nous n’avons pas de tradition du thé en France. C’est une chance car nous sommes entrain de la créer », conclut-il.