Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Monsieur Paul

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« De sa cuisine il a fait un art, de son nom une légende et de sa vie un roman », cette phrase apparaît en sous-titre d’une biographie romancée du chef Paul Bocuse. Un livre qui dévoile de nombreuses facettes insoupçonnées de la personnalité du pape de la cuisine.

monsieur paul
Bocuse, par Gautier Battistella.

Un monstre ! Ce qualificatif revient à plusieurs reprises pour évoquer Paul Bocuse dans le « roman » que vient de lui consacrer Gautier Battistella. Ce livre passionnant vient éclairer sous un nouveau jour cette personnalité dont on célèbre le centenaire de la naissance. Le récit, romancé et étonnamment documenté, permet au lecteur de comprendre à quel point le chef lyonnais a marqué la cuisine pendant près de 60 ans. La forme ne rend pas moins crédible cette biographie qui a demandé quatre ans de travail et amené l’auteur à rencontrer une soixantaine de proches du chef. Mais grâce à « une pincée d’imagination revendiquée », il parvient à lier les épisodes d’une palpitante aventure. Sa vie durant, le chef s’en est tenu à sa devise : « Travailler comme si on devait vivre cent ans et vivre comme si on devait mourir demain ».

Personnage hors norme, il ne s’est jamais donné de limites dans la vie, ni dans ses ambitions entrepreneuriales, ses voyages, ou ses conquêtes féminines. « Un ogre impossible à rassasier », écrit Gautier Battistella. « Bocuse, explique-t-il, toute sa vie, aura eu la chance de côtoyer des monstres. Sa propre monstruosité lui paraîtra non seulement naturelle, mais légitime. »

Le petit Paulo de la Saône, né dans une modeste famille de restaurateurs, aura ainsi la chance de côtoyer les grands de ce monde et notamment tous les présidents de la République qui se sont succédé à l’Élysée. Engagé à 18 ans dans la première Division française libre, il est gravement blessé lors de combats en Haute-Saône. Gautier Battistella imagine que ce moment où Bocuse a frôlé la mort de près a constitué le ressort de sa formidable ambition. Il compare d’ailleurs cet événement à l’accident d’avion d’Alain Ducasse ou à la chute d’Olivier Roellinger, qui ont représenté des actes fondateurs pour ces deux brillantes carrières.

Infatigable globe-trotteur, Paul Bocuse semble doué du don d’ubiquité. On le retrouve en 1986 à Orlando assister à l’explosion dans le ciel de la navette challenger. Le 11 septembre 2001, il est toujours par hasard à New York au pied des tours jumelles en train de réaliser les premières photos de l’attentat. En 2004, il atterrit à Roissy au moment où un terminal s’effondre. Ses rencontres semblent aussi improbables, comme celle où il accueille plusieurs jours à Collonges Romain Gary, un peu avant le suicide de l’écrivain. C’est encore lui qui, la veille du suicide de Bernard Loiseau, envoie à ce dernier un message prémonitoire : « Ne t’en fais pas Bernard, la vie est belle ! » La mort semble tourner autour du chef en attendant patiemment son heure.

Jusqu’au bout, le maître de Collonges fait face. Il veut mourir sur scène. Bien que profondément diminué dans ses dernières années, il met un point d’honneur à faire le tour de son restaurant allant à la rencontre des clients. Il continue ainsi à écrire sa légende, celle d’un pape de la cuisine qui, selon Gautier Battistella, aurait seulement créé deux recettes en s’inspirant de deux de ses mentors : Eugénie Brazier et Fernand Point. Génie du marketing, il a réussi la performance d’incarner l’envol de la nouvelle cuisine en restant finalement un indémodable classique.

Gautier Battistella compare Paul Bocuse à « Orson Welles avec une toque » et on ne peut s’empêcher de penser au mot Rosebud dans Citizen Kane, prononcé juste avant sa mort par Charles Foster Kane, qui renvoie aux regrets de l’enfance. Pour Gautier Battistella, en effet, le petit Paulo des bords de Saône qui pêchait les grenouilles n’est jamais sorti de la tête de Monsieur Paul. Et c’est sans doute ce qui lui a donné la force d’aller au bout de ses rêves.

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