Tenu par une famille aveyronnaise depuis plus d’un demi-siècle, L’Imprévu regroupe tous les éléments du bon bistrot parisien… en banlieue. Accueil bon enfant, clientèle d’habitués, plats alléchants et carte de vins tout-terrain. Avec son cousin et son fils, Laurent Roucous mène la barque de ce réjouissant établissement de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).
La chaleur est écrasante depuis quelques jours. Les températures caniculaires de début juillet font transpirer les corps, et le patron du restaurant ne s’embarrasse pas pour nous le faire comprendre: « Sale temps pour les gros ! » Toujours de bonne humeur derrière son comptoir, Laurent Roucous note effectivement que cette météo n’invite pas forcément à se plonger dans sa carte de vins. « Les gens mangent moins et à partir de 30 °C, c’est la bière qui prend le dessus. Ou sinon des vins légers un peu frais, style Beaujolais. Mais quand il fait chaud, ça monte plus vite », constate le patron de cette enseigne de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).
L’Imprévu – établissement tenu par ses parents (aveyronnais) dès 1968 puis repris par Laurent Roucous au début de ce siècle – s’est fait une réputation de choix, notamment pour son offre de vins. Le restaurant a décroché, en 2004, la Bouteille d’or: le trophée décerné au Meilleur bistrot à vins d’Île-de-France. Car oui, l’épaisse carte de la maison est le fruit d’un travail de passionné. Des cuvées de plus d’une centaine de vignerons indépendants, des domaines prestigieux et des vins de soif sont proposés ici, le long de la départementale D155.
Natif d’une autre ville du Val-de-Marne, Villeneuve-Saint-Georges, le restaurateur retournera cet été, comme souvent, quelques jours en Aveyron. Mais aussi une semaine chez les Vignerons de la vallée du Rhône. « Saint-Joseph, Condrieu et en Ardèche ! Je vais déguster pour voir ce que j’aurai ici après, comme ça, tu peux parler du vin et c’est une belle région », précise-t-il. Depuis bientôt deux ans, Laurent Roucous est même devenu propriétaire d’une petite parcelle de 3000 m2 , à Juliénas, dans le Beaujolais. Mais cette année, « elle a grêlé à 90 %, regrette-t-il. Elle en a pris plein la gueule. L’an dernier à 50 % et là, 90 %. C’est comme ça maintenant dans l’agriculture. Et ça sera de pire en pire. »
En famille
À Vitry-sur-Seine, le patron est loin d’être isolé pour tenir ce bouclard familial. Il peut s’appuyer sur son fils, Jean-Adrien Roucous– 24 ans et déjà 10 ans de métier– mais aussi sur son cousin, Alain Roucous. « On s’est associés à la suite du départ à la retraite des parents de Laurent. On a chacun trouvé notre rôle dans l’entreprise, explique ce dernier. Je fais un peu la cuisine, le service… je suis un peu à tous les postes. Je suis autodidacte, mon vrai métier était menuisier- ébéniste et dessinateur industriel. J’ai vécu à Saint-Chély- d’Apcher en Lozère dans les années 1980 et en 1988 je suis monté à Paris. Je suis né dans l’Aveyron, mes parents étaient agriculteurs et grâce à mon frère, qui était déjà installé à gare de Lyon, je suis entré dans cette vie professionnelle. »
La jeune génération a également sa place à L’Imprévu. Elle est essentiellement incarnée par Jean-Adrien Roucous, dont la carrure, la présence et le verbe s’apparentent à son père. Le jeune homme, copropriétaire de la petite parcelle à Juliénas, est très impliqué dans la vie de la communauté auvergnate et aveyronnaise de Paris. « Je fais les fêtes de village, je vois mes copains. Il y a tous les gars de Paris donc on se retrouve là-bas [en Aveyron, durant l’été, NDLR]. On va chez l’un, chez l’autre, on mange ensemble le soir, confie-t-il. Je fais partie un peu de la Ligue [Auvergnate et du Massif Central, NDLR], je m’occupe surtout de la Nuit Arverne, tout ce qui est repas VIP. Ils trouvent l’école, moi je fais tout ce qui est mis en place. J’explique aux élèves le service et ensuite j’aide le bar. »
Mais les Roucous ne travaillent pas uniquement en famille. Depuis la fin d’année 2024, Sao Da Luz Correia est la nouvelle cheffe de L’Imprévu. « J’ai commencé par un boudin et du sang ramené du marché d’Aligre », précise celle qui possède « les bases de la cuisine traditionnelle de bistrot ». Avec plus de 30 ans en cuisine, la cheffe a ensuite fait ses armes en brasserie, dans des tables gastro puis en bistro- nomie, avant de s’intéresser à la cuisine du monde, nourrie en partie par ses origines capverdiennes et portugaises.
« À l’Imprévu, j’ai commencé à découvrir la cuisine aveyronnaise, qui est intéressante, et je suis revenu à la cuisine avec laquelle j’avais commencé: celle du terroir », déclare-t-elle, préparant du tartare d’avocat, proposé en entrée à côté de la terrine de campagne maison ou de l’œuf mayo. L’aligot n’étant pas à la carte en cette journée lourde, la brochette de poulet mariné au thym et au citron semble conquérir les clients attablés dans la cour intérieure.
Micro-comptoir
« Je suis toujours bien accueilli. » « Je livre L’Imprévu depuis une quinzaine d’années. On m’offre le café dès que j’arrive, je suis toujours bien accueilli. Généralement, je n’ai pas trop le temps d’y déjeuner. J’arrive de notre boulangerie de la rue du Cherche- Midi (Paris 6e ), on fait des livraisons essentiellement dans Paris et après on a quelques clients, quelques restaurateurs qu’on livre en banlieue. Aujourd’hui, on a beaucoup moins qu’avant de clients en banlieue. Mais oui, L’imprévu est un historique. C’est un client très ancien. »
« Rapport qualité-prix, il n’y a pas photo. » « Depuis à peu près deux mois, je viens deux à trois fois par semaine. Je fais pas mal de télétravail dans le 13e arrondissement, à côté, ça vaut le déplacement. En plus, ils sont sympas niveau service. Le patron est merveilleux ! Ils ont, par exemple, un excellent café gourmand : je le prends à chaque fois. C’est agréable parce qu’il y a toujours une petite crème brûlée, souvent un peu de mousse au chocolat, un petit bout de tarte… Et honnêtement, rapport qualité-prix, au niveau de la formule midi (19,50 € : entrée, plat et dessert) il n’y a pas photo. J’avais vu des reportages à la télé disant que c’était le Meilleur bistrot de la région parisienne [prix BFM Paris Île- de-France, NDLR], donc ça m’a donné envie de venir… et de revenir. »