Nicolas Peyresblanques, directeur général de Segafredo France : « Nous voulons faire du café un véritable levier de valeur pour les établissements »

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Dans un contexte marqué par une forte hausse du prix du café vert, Segafredo entend poursuivre son développement sur le marché du CHR. Entretien avec Nicolas Peyresblanques, directeur Segafredo Zanetti France.

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Nicolas Peyresblanques. Crédit : Segafredo.

Pour commencer, pouvez-vous présenter Segafredo et les grands axes de développement du groupe ?

Segafredo appartient au groupe italien Massimo Zanetti Beverage Group, fondé en 1973 par Massimo Zanetti. En avril 2024, un fonds d’investissement italien est entré au capital afin d’accompagner une nouvelle phase de développement.

Le marché du café a connu ces deux dernières années une situation inédite, avec un prix de la matière première multiplié par deux, voire quatre selon les origines. Malgré ce contexte très perturbé, le groupe a enregistré une progression de son chiffre d’affaires pour atteindre environ 1,3 milliard d’euros fin 2025. Les volumes ont légèrement reculé, mais les résultats restent solides, aussi bien au niveau international qu’en France.

Cette dynamique nous permet aujourd’hui de réinvestir dans l’ensemble de nos marques. En France, notre activité repose principalement sur trois circuits : le CHR, qui représente environ 30 % de notre activité, la grande distribution (41 %) et les distributeurs. Segafredo est avant tout une marque dédiée aux cafés, hôtels et restaurants, même si elle est également présente en GMS avec des références spécifiques. Nous développons également San Marco, davantage orientée vers la grande distribution.

Nous travaillons avec de nombreux groupes, tout en restant présents aussi bien dans les cafés de quartier que dans les établissements gastronomiques. Notre ambition est désormais de renouer avec une croissance durable sur le marché du CHR.

Vous lancez notamment le concept Gambrinus. De quoi s’agit-il ?

Gambrinus est l’un des cafés les plus emblématiques de Naples. C’est une véritable institution italienne qui accueille aussi bien les habitants que les personnalités politiques ou du monde culturel. On y sert chaque année des volumes très importants de café, dans un cadre historique, avec une véritable culture de l’espresso.

Nous avons souhaité reproduire cette expérience. Nous proposons le même assemblage de café que celui servi au Gambrinus, accompagné d’une tasse en porcelaine napolitaine et d’un ensemble d’éléments de communication qui permettent aux établissements de s’approprier cet univers. Il ne s’agit pas d’une franchise, mais d’un concept reposant sur quelques codes forts, facilement identifiables.

Aujourd’hui, plus de 350 établissements en Italie ont adopté ce concept. Nous commençons désormais son déploiement en France. Le premier établissement pilote est Il Parasole, à Toulon, un restaurant italien à l’identité profondément napolitaine. Nous souhaitons progressivement développer cette approche sur l’ensemble du territoire afin d’apporter une expérience italienne différenciante aux professionnels.

Parallèlement, Segafredo fait évoluer son image de marque à l’international. Quels sont les objectifs ?

Nous avons retravaillé notre plateforme de marque autour de la signature « Take your shot ». Cette nouvelle identité s’adresse à des consommateurs qui osent saisir les opportunités et recherchent l’excellence, même dans l’imperfection.

Cette évolution modernise notre communication tout en restant fidèle à notre héritage italien. Une campagne de communication internationale sera déployée à partir d’octobre, avec une présence en télévision et sur les réseaux sociaux.

Ces deux axes sont complémentaires : Gambrinus incarne la montée en gamme et l’expérience italienne, tandis que « Take your shot » porte le développement international de Segafredo et accompagne notre ambition sur le marché du CHR pour les prochaines années.

Le prix du café reste historiquement élevé. Comment convaincre un restaurateur que proposer un café premium demeure un investissement rentable ?

Le café occupe aujourd’hui une place essentielle dans les habitudes de consommation. Plus de neuf consommateurs sur dix en prennent lorsqu’ils sont hors domicile. Les coffee shops ont largement contribué à faire évoluer les attentes, tout comme le développement des capsules qui a élevé le niveau d’exigence en matière de qualité.

Aujourd’hui, les consommateurs attendent un café de qualité, au même titre qu’ils attendent une bonne entrée, un bon plat ou un bon dessert. Le café est devenu un véritable moment de consommation et de convivialité.

Le coût de la matière première a fortement augmenté et il restera probablement durablement élevé. En revanche, rapportée à une tasse, cette hausse représente seulement quelques centimes. L’impact est donc relativement limité comparé à la valeur perçue par le client.

Par ailleurs, la consommation reste globalement stable en France et en Europe, tandis qu’elle continue de progresser dans plusieurs régions du monde, notamment au Moyen-Orient et en Asie. Cela confirme que le café demeure un produit incontournable.

Vous estimez depuis plusieurs années que le café reste sous-valorisé en restauration. Que manque-t-il encore pour qu’il devienne un véritable levier de chiffre d’affaires ?

Les choses évoluent dans le bon sens, mais il reste encore beaucoup à faire. Le café demeure un produit particulièrement rentable pour les établissements, à condition d’être parfaitement maîtrisé.

Un bon café ne dépend pas uniquement du mélange utilisé. Tout compte : la qualité du moulin, le réglage de la mouture, l’entretien des équipements, la température de la tasse ou encore la qualité de l’extraction.

Nous réalisons régulièrement des démonstrations auprès de nos clients pour montrer l’impact de ces paramètres. Servir un café dans une tasse correctement chauffée, par exemple, change sensiblement la dégustation.

Lorsqu’un établissement propose un café de qualité, les clients ont davantage tendance à en recommander un ou à revenir. À l’inverse, une mauvaise expérience laisse souvent une dernière impression négative après le repas. Notre objectif est donc d’aider les restaurateurs à faire du poste café une source de valeur plutôt qu’une simple contrainte d’exploitation.

Pourquoi un restaurateur indépendant choisirait-il Segafredo plutôt qu’un autre torréfacteur ?

Notre première force est celle de notre marque. Segafredo est reconnue dans de très nombreux pays et offre une qualité constante à l’échelle internationale. Le même espresso que l’on déguste à Milan, Rome ou Bologne peut être retrouvé à New York ou dans de nombreux autres marchés.

Nous sommes également très proches de nos clients. Au-delà du café, nous les accompagnons sur les aspects techniques, le réglage des machines, la formation et le suivi quotidien. Cette proximité est essentielle pour construire une relation durable.

Enfin, notre identité italienne constitue un véritable facteur de différenciation. Avec des concepts comme Dambrinus, nous proposons une expérience authentique que peu d’acteurs sont en mesure de revendiquer.

Dans cinq ans, comment aimeriez-vous que les professionnels du CHR perçoivent Segafredo ?

J’aimerais qu’ils voient Segafredo comme un partenaire qui les aide réellement à développer leur activité. Une marque capable d’apporter de la qualité, du conseil, de l’accompagnement et de l’innovation, tout en restant fidèle à son identité italienne. Si les professionnels considèrent que nous les aidons à valoriser leur offre café et à créer davantage de valeur dans leurs établissements, alors nous aurons atteint notre objectif.

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