Alimentation fonctionnelle, dimension citoyenne, recherche d’intensité : le futur de nos repas selon le SIAL 2026
- Temps de lecture : 6 min
En marge de sa 30e édition, en octobre prochain, le Salon international de l’alimentation et de l’agroalimentaire a présenté les dix tendances structurantes pour les marchés cette année.
À quelques mois de son édition 2026, le Salon international de l’alimentation (SIAL) dévoile les principales tendances de l’année. Ces observations se basent sur de nombreuses études menées par des observateurs mondiaux de l’alimentation et de la restauration, notamment Kantar, ProtéinesXTC et Circana.
Cette édition du SIAL Insight confirme notamment l’installation de l’alimentation fonctionnelle, l’essor du végétal et la montée en charge du snacking. Elle observe également plusieurs tendances émergentes, moins liées au contenu de l’assiette qu’au contexte. Ainsi, le principe de valeur ajoutée accessible prend de l’ampleur, tout comme le poids des réseaux sociaux. Une alimentation inclusive, capable de s’adresser à tous, prend aussi de l’ampleur.
Plusieurs mutations sont également observées. L’engagement écologique glisse vers une dimension d’acte citoyen, marqué par la proximité. Par ailleurs, le consommateur ne se contente plus de considérer l’origine naturelle des produits, il scrute aussi leur empreinte carbone. La qualité prend aussi le pas sur l’impact environnemental.
La nourriture santé, carburant d’un corps performant
Cette tendance s’installe dans les segments de marché. En France, 5 personnes sur 10 privilégient la santé digestive et métabolique, l’énergie, l’immunité et la vitalité dans leur décision d’achat de produits fonctionnels. Ce qui amène un nouveau cadre dans la lecture des achats. L’argument du bénéfice santé prend le pas sur la naturalité, en forte baisse (-12,5 pts en France selon ProtéinesXTC) et sur la sécurité alimentaire (38% vs. 35% Kantar). Cette recherche d’aliments en phase avec la biologie et le rythme de vie conduit aussi à une nouvelle forme d’individualisme.
L’alimentation fonctionnelle n’est plus seulement une tendance, c’est un nouveau cadre de lecture des achats. Les consommateurs arbitrent désormais en fonction de bénéfices mesurables pour leur corps, ce qui redéfinit profondément les hiérarchies de valeur au sein des catégories.
Les produits à forte teneur en protéines bénéficient d’une forte popularité. En France, ces produits ont connu une augmentation fulgurante de 86 % entre 2021 et 2025 (source ProtéinesXTC). Une personne sur 4 dit rechercher des apports spécifiques en protéines pour accompagner le développement musculaire ou améliorer son tonus.
La notion de santé et de bien-être sort du cadre strictement médical pour venir chercher des solutions du côté de l’alimentation. Notamment sur les questions de bien-être mental ou autour de la santé féminine. L’argumentaire sur les teneurs en nutriments et en oligoéléments de tel ou tel aliments trouve un écho.
Le plaisir de manger change de prisme
La notion d’expérience s’impose à tous niveaux. Il en est de même pour la sensation gustative. Le simple plaisir ressenti lors d’un repas laisse place à la recherche d’une forme d’intensité nouvelle. Le client cherche de l’innovation, de l’inconnu. Cela conduit à une hausse non négligeable (+4,2 points) de l’appétence pour des produits exotiques issus de régions du monde confidentielles. 54 % des Français disent essayer de nouveaux goûts et sensations alimentaires. Les centres d’intérêts sont plus précis (gastronomie balinaise, spécialité de villes précises…) et se matérialisent notamment à travers l’offre en restauration.
Le local à double sens
L’origine des produits est largement plébiscité comme un facteur de confiance. En France, 63 % des consommateurs disent privilégier des produits fabriqués dans leur région. Mais dans le même temps, ils s’ouvrent également au « local d’ailleurs », en s’intéressant à la valeur de savoir-faire et de productions lointaines. « L’origine reste un repère clé, fortement associé à la qualité et à la confiance via le local, confirme Karin Perrot chez Kantar. En parallèle, l’ouverture aux cuisines du monde est très large, traduisant une curiosité installée. Plus qu’un arbitrage, les consommateurs naviguent entre ces deux registres : sécuriser leurs choix via l’origine proche tout en recherchant du dépaysement et de la valeur via les origines lointaines. »
Par ailleurs, les consommateurs font évoluer leur manière d’être attentif à l’environnement. La prise en compte de l’empreinte carbone gagne des points face au bio, notamment. Les produits écologiques accusent une baisse de 6,3 points (ProtéinesXTS). 55 % des Français considèrent l’alimentation comme un geste citoyen (source Kantar).
Le végétal n’est plus une étiquette
En 2026, l’alimentation végétale s’affranchit des courants végétariens et vegans pour trouver une place dans la diversification alimentaire de chacun. Le régime n’est plus restrictif mais choisi. Que ce soit pour des questions de régimes spécifiques, de prix ou d’environnement. La vague des substituts sans viande semble également s’atténuer, avec une offre plus resserée et mieux formulée. La notion de substitution s’atténue au profit d’une logique de coexistence des modèles alimentaires. Dans les assiettes, cela se traduit par une hausse notable de la consommation des légumineuses. 1 personne sur 3 en France s’est tournée vers un produit qui en contient. En restauration, la demande pour les substitus végétarien a progressé de 20 %. Le rapport à la viande se fait plus ambivalent qu’auparavant. Trop chère pour 68 % des Français interrogés, alors que 8 % (+3 points vs 2024) disent avoir augmenté leur consommation. La cause animale s’immisce dans le débat pour 1 personne sur 5.
La fin du repas à table ?
En France particulièrement, le rituel du repas résiste. Pour autant, les observateurs constatent une nouvelle cohabitation des pratiques, avec une recherche de formats plus flexibles. Le snacking répond directement à cela, raison pour laquelle ce segment se porte mieux que la restauration traditionnelle.
La fragmentation des repas reste partielle, mais la recherche de praticité est déjà largement installée, ouvrant la voie à des formats de consommation plus flexibles et fonctionnels.
En France, seuls 4 % des consommateurs ont pris l’habitude de remplacer les repas par des collations tout au long de la journée. En Europe, le snack est plutôt pris en matinée. Dans ce segment, l’aspect santé prend également de l’importance. La catégorie des snacking sains se montre la plus dynamique, malgré un niveau de prix parfois supérieur.
La recherche de « valeur ajoutée accessible »
Au-delà du prix et du plaisir que procure le produit, les consommateurs cherchent désormais l’innovation dans les petits plus. Sans forcément dépenser plus, ils cherchent des offres qui proposent du bio, un label d’origine, un geste pour l’environnement (anti-gaspillage). « La valeur ajoutée accessible constitue une véritable réserve de leviers d’innovation, souligne Xavier Terlet, directeur général de ProtéinesXTC. Alors que les offres de bio plus abordables redémarrent, on voit apparaître des produits en formats réduits pour limiter le gaspillage et permettre une consommation individuelle, ainsi que des recettes simplifiées, sans fioritures, et donc moins onéreuses. » Ce constat est particulièrement vrai pour le bio, mis à mal par l’inflation. S’ils s’en sont détournés pour des raisons consommateurs
Le pouvoir du digital en progression mais encore limité
Le digital prend de plus en plus de place, à la fois d’un point de vue fonctionnel (commandes, réservation) que de recommandation. En France, le recours à ces canaux reste tout de même contenu par rapport à l’étranger (39 % vs 60 %). « L’influence digitale ne crée pas encore des volumes massifs, mais elle redéfinit les règles du jeu: la visibilité et la désirabilité d’un produit se construisent en amont du point de vente, dans les écosystèmes d’influence », souligne Emily Mayer chez Circana. Ainsi, 53 % des consommateurs français se disent influencés par des contenus digitaux dans leurs achats alimentaires.
La recherche d’offres inclusives
C’est un terrain à exploiter pour la restauration. 56 % des consommateurs français attendent des restaurant un menu compatible avec une diversité de régimes alimentaires (source Circana). Il s’agit d’une nouvelle forme de solidarité alimentaire.
Cette tendance peut générer un impact sur la fréquentation en restauration, car se joue un effet d’entraînement lorsqu’il s’agit d’un groupe de convives.